Les Enfants du Servette


Trello : un des plus grands ! by Germinal Walaschek
11 août 2012, 10:42
Filed under: Chroniques partenaires, Un peu d'histoire...

A l’occasion de l’énième confrontation entre les deux grands rivaux historiques du football suisse Grasshoppers et Servette, revenons sur une des figures les plus douées du football suisse, un joueur qui s’est illustré tant chez les Grenats que chez les Bleus et Blancs : André « Trello » Abegglen. Nous verrons aussi qu’il vaut mieux se faire promettre une Peugeot qu’une Porsche !

Né en 1909, Trello, après ses débuts à Cantonal Neuchâtel, devient déjà champion à l’âge de 18 ans sous les couleurs de Grasshoppers. Cet avant-centre si précoce a de qui tenir : ses frères aînés Jean ( 3 fois international) et surtout Max (68 fois international) sont déjà des footballeurs de talent. Le titre en poche, il rejoint Etoile Carouge et décroche une première sélection en équipe de Suisse alors qu’il n’a pas encore fêté ses 19 ans. Il fait de courtes haltes à Neuchâtel puis à Saint-Eugène (Algérie) avant de renouer avec le grand club des bords de la Limmat. En 1931, il ajoute ainsi un second titre de champion suisse à son palmarès puis quitte Zurich en 1934. Il marque un but lors de la victoire inaugurale de la Suisse contre les Pays-Bas lors de la Coupe du monde 1934.

Les frères Abegglen (Trello, Jean et Max) sous le maillot de Cantonal Neuchâtel (1925)

L’aventure sochalienne

Après la Coupe du monde, Trello rejoint le FC Sochaux. Les Doubistes étaient alors une grosse pointure du championnat de France, né à l’instigation des industriels de l’Est de la France, la famille Peugeot en tête. D’emblée, le « Petit Suisse » frappe très fort : avec 30 buts à son actif, il est roi des buteurs et contribue grandement au sacre national des Sochaliens. Pour la seconde saison, il est nommé entraîneur-joueur. Le 25 août 1935, il inscrit 7 buts contre Valenciennes, ce record pour un match de championnat de France tient toujours… Cela n’empêche toutefois pas les résultats de son club d’être insuffisants et Trello est démis de son poste d’entraîneur dès décembre 1935. Jouant de malchance, il se blesse en Coupe au printemps 1936 et deviendra ainsi le premier footballeur opéré du ménisque. Son bilan personnel s’élève à 16 buts pour cette saison-là. La suite de l’épopée sochalienne du stratège-buteur est gâchée par sa blessure, il remporte tout de même la Coupe de France en 1937 (et reçoit en prime une Peugeot 201 ! le président sochalien, lui, n’avait qu’une parole…) mais décide d’accepter une offre de Servette en décembre 1937. Ses coéquipiers deviendront à nouveau champions de France, mais sans lui…

Trello (accroupis, second depuis la droite) avec ses coéquipiers sochaliens (1937)

Un transfert sensationnel

A Genève, l’arrivée de Trello fait sensation. Ses exploits outre-Jura sont connus de tous et on attend beaucoup de lui dans un rôle d’entraîneur-joueur. En championnat, Servette est rentré dans le rang après sa flamboyance du milieu de la décennie. Fraîchement nommé,  l’entraîneur hongrois Otto Hoess, n’était pas parvenu à reconstruire une grande équipe. L’arrivée de Trello coïncide avec les retours de l’international Guinchard et du Viennois Marad, sauront-ils sortir Servette de sa mauvaise passe ? Les attentes sont grandes et 5 000 personnes se pressent aux Charmilles pour les débuts de Trello (2:2 contre Young Boys). Servette finit la saison au sixième rang, un peu victime de la débauche d’énergie de ses internationaux pour la Nati : aux côtés de Trello, qui a réintégré la sélection nationale après trois ans de disette, Aeby, Loertscher, Guinchard et Walascheck partent également défendre les couleurs suisses en France pour la Coupe du Monde 1938.

L’épopée de la Coupe du monde 1938

Ces cinq joueurs et leurs coéquipiers écriront à Paris une des plus belles pages de la Nati : l’élimination de la « grande » Allemagne à l’issue de deux confrontations épiques. Alors que les bruits de botte hitlériens commencent à retentir en Europe, cette victoire  helvétique a un retentissement considérable. Trello en est un des artisans majeurs : auteur du seul but suisse lors de la première manche, il en inscrit 2 lors de la seconde, permettant à la Suisse de l’emporter 4:2. De retour au pays, les joueurs helvétiques sont accueillis en héros. Ils se retrouvent sur la pelouse du Wankdorf à l’enseigne de la finale de la Coupe de Suisse à rejouer. L’exercice ne réussit pas aux Grenats qui s’inclinent 5:1 contre les Grasshoppers de Huber, Minelli, Lehmann, Springer, Vernati et Bickel.

L’apothéose  

La saison 1938-1939 est un échec : les joueurs étrangers (Grosz, Pinter et Lukacs) n’ont pas le mordant attendu, Belli et Walascheck sont accaparés par leurs études et les internationaux sont émoussés par leurs sorties internationales. Trello doit lancer des jeunes, l’équipe flirte avec le dernier rang puis redresse la barre pour finir quatrième. Les choses sérieuses commencent alors …  La saison 1939-1940, perturbée par le déclenchement du second conflit mondial, est survolée par Servette qui ne perd pas le moindre match et est sacré champion avec 13 points d’avance. Agé de 30 ans, Trello n’est plus aussi mobile qu’avant sur  le terrain et se contente bien souvent de trottiner. Il demeure toutefois un virtuose des balles arrêtées et des reprises de volée. Son bilan parle pour lui : 25 buts marqués au cours de cette saison exceptionnelle. Surtout, il a su inculquer  à ses poulains la ferveur qui l’habite. A son talent de joueur se sont ajoutées ses capacités d’orienter le jeu et de communiquer son amour du ballon qui font de lui un brillant entraîneur.

Les champions servettiens de 1940, brillamment entraînés par Trello

Le départ pour La Chaux-de-Fonds

Les deux saisons suivantes sont un peu moins brillantes et Servette ne conserve pas sa couronne. Trello, qui ne s’accommode pas de la perspective de suivre ses protégés depuis le banc, décide alors de partir à la Chaux-de-Fonds. A la Charrière, les places sont moins chères qu’aux Charmilles : les Chaux-de-Fonniers viennent d’être relégués. Boulimique de football, Trello disputait les « quatre-quatre » jusqu’à l’épuisement avec la volonté absolue de gagner. Il arrivait que ses coéquipiers, complaisants, doivent faire exprès de perdre pour pouvoir enfin rentrer chez eux…

Trello contre son ancien club GC lors de son ultime saison à Genève

Le drame

Devenu entraîneur-joueur à La Chaux-de-Fonds, Trello est rappelé en équipe nationale au printemps 1943 après trois ans d’absence. Il est ensuite victime d’un accident de train lors d’un déplacement de son équipe au printemps 1944. Les suites sont fatales pour lui et il décède le 8 novembre 1944. 52 fois international (pendant plus de 15 ans !), auteur de 29 buts pour la Nati, Trello est sans conteste un des meilleurs attaquants que la Suisse sur laquelle a pu compter. Servette lui doit aussi une des plus brillantes saisons de son Histoire.

Jacky Pasteur et Germinal Walascheck

La semaine prochaine : une première victoire à la Praille !

Dernière chronique : Servette-YB, Brechbühl blesse Pfister


7 commentaires so far
Laisser un commentaire

Très belle histoire que celle de Trello, titre, rage de vaincre, guerre mondiale, décès tragique. Super article à lire!!

Merci Germinal et Jacky.

J'aime

Commentaire par RAMS

[...] Dernière chronique : Trello : un des plus grands ! [...]

J'aime

Ping par Servette-Zurich : une première victoire à la Praille ! « Les Enfants du Servette

[...] haut la main. Même le « vieil adversaire de tous les temps » doit s’avouer vaincu. La rage de vaincre de l’entraîneur-joueur Trello y est pour beaucoup. Au sortir de la guerre, c’est le « tourbillon grenat » qui souffle sur [...]

J'aime

Ping par Super-Servette et les Enfants du Servette : les noces de coton ! « Les Enfants du Servette

[...] Trello : un des plus grands ! Servette- Grasshoppers : le mano a mano du début des années 1980 [...]

J'aime

Ping par Servette se casse les dents sur la défense de Grasshoppers et dit adieu au titre « Les Enfants du Servette

[...]  Trello : un des plus grands ! [...]

J'aime

Ping par Servette l’emporte à GC sous les yeux de son meilleur espoir… | Les Enfants du Servette

[…] le valeureux Trello, ancien grenat, capitaine de la Nati, tire sa révérence (cf. notre chronique Trello : un des plus grands !), il avait commencé sa carrière internationale… 15 ans plus tôt ! A l’image d’une […]

J'aime

Ping par Sous le maillot grenat à croix blanche (7) | Les Enfants du Servette




Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s



Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 198 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :