11 ème journée : FC BALE – SERVETTE FC : 3-0 (2-0). Le match sous la loupe!

Encore une défaite, une de plus… Le FC Bâle est décidement la bête noire d’un SFC en perte de vitesse depuis quelques renconres. Retrouvez l’analyse du match de Grenat DC…

Retour à la réalité…

Cette 11e journée promettait d’être celle de tous les dangers pour un Servette moribond depuis quelques matches. Un déplacement chez le champion en titre, de surcroît véritable bête noire des Grenat, s’apparentait avant même le coup d’envoi à une mission proche de l’impossible. Seul le président Pishyar, adepte de la méthode Coué et des beaux discours prometteurs, y croyait réellement. Car le terrain dévoilera très vite ce que les différents constats ou analyses de ce début de championnat le laissaient présager : il demeure une différence importante, pour ne pas parler d’un fossé conséquent, à ce jour, entre le FC Bâle et le Servette FC. La réalité de ces deux clubs n’est pas la même. Un monde d’écart qui s’est traduit par une victoire locale sur un score sans appel, mais également par une lente et sûre suppréematie sur le déroulement d’un match finalement à sens unique.

Et pourtant. Et pourtant les Grenat avaient réalisé une très belle entame de match. Bien disposés, quadrillant parfaitement le terrain avec leur fameux rideau à trois axiaux à mi-terrain, les servettiens furent capables de rendre une copie intéressante. Jusqu’à ces deux dernières minutes de la 1e mi-temps, à un moment où la pression bâloise battait son plein. Cela était trop pour d’encore trop jeunes et inexpérimentés Grenat, incapables de passer l’orage sans ombrage, subissant deux buts synonymes de défaite péricipitée. Les différents changements apportés, tantôt à la mi-temps, tantôt en fin de partie, n’y feront rien. L’écart se creusera encore d’une unité. M. Pishyar voyait son Servette plus proche des ténors du championnat. Il en est quitte pour revoir son jugement et pour se poser, en collaboration avec ses techniciens portugais, les bonnes questions.

L’enjeu est primordial. Il en dépend de l’avenir, à moyen mais aussi et surtout à court terme, de l’avenir du Servette. Car s’il reste encore du temps avant d’espérer soulever le trophée en 2014, l’objectif du maintien avancé pour cette saison est plus que jamais d’actualité. Redescendu de son nuage après un début de championnat tonitruant et euphorique, le club va devoir s’y attaquer sans plus tarder, et tenter d’optimiser les différents éléments et paramètres qui lui font encore cruellement défaut. Tout n’est pas mauvais, loin de là. Des bases intéressantes et solides existent. C’est une certitude. Il convient maintenant de les consolider et de les renforcer. Mais quels sont donc ces éléments encore manquants? Les EdS vont tenter, au regard du match disputé au St. Jakob-Park, match-test par excellence, de les relever en partie, tout en passant au crible les différents secteurs du jeu.

Le système de jeu

4-2-3-1, 3-5-2 ou encore 4-5-1? Là demeure toute la question. Hésitant entre différents systèmes, mais aussi trop souvent contraint de changer le dispositif tactique de son équipe en fonction des absences, Joao Alves semble ne plus savoir réellement à quel saint se vouer pour composer son 11 de départ. Sans Ruefli, suspendu pour ce match, il avait ainsi décidé de modifier à nouveau ses batteries. Soit repasser à 4 derrière, au lieu de 5, pour articuler son groupe dans une sorte de 4-3-2-1. Lequel se transforma très rapidement en un 4-3-3-0, par la présence de l’habituel demi offensif De Azevedo en attaquant de pointe, qui en fait fut amené naturellement à jouer plus en retrait et à venir même souvent occuper le sommet du milieu de terrain grenat. La conséquence : une incapacité chronique de la part des servettiens à créer du danger offensif. Pire, à se créer ne serait-ce que la moindre occasion dangereuse devant les buts adverses. Logiquement inviolés en fin de match. Le druide portugais a probablement recherché un joueur en pivot pour garder le ballon et dévier sur les extérieurs en positionnant son brésilien aussi haut dans le terrain. Or, si l’idée apparaissait intéressante de prime abord, elle se sera révélée finalement improductive. Pire, elle aura installé le Servette trop bas sur le terrain, propres dès lors à s’exposer défensivement et à subir le jeu adverse.

La défense :

L’inexpérience…

Mais ce problème n’est pas le seul de ce système : le retour à 2 défenseurs axiaux aura à nouveau considérablement fragilisé une défense manquant cruellement d’expérience. Jugez plutôt : la paire Roderick (20 ans) – Routis (21 ans) totalise 20 ans de moyenne d’âge., soit une génération de moins que la paire d’attaquants adverse. Le français, peu à l’aise dans le marquage et le positionnement défensifs face aux deux attaquants les plus redoutables et expérimentés de Suisse, n’aura de loin pas tenu la distance, dévoilant du même coup tout le chemin qu’il lui reste encore à parcourir à ce niveau. La sanction fut immédiate. A un moment crucial. Guère étonnant, car c’est logiquement en fin de première mi-temps, dès les premiers signes de relâchement des Grenat, que les bâlois ont décidé de mettre l’accélérateur. Cela aura été suffisant pour ouvrir le score, puis doubler la mise dans la foulée, pour plier le match littéralement. 2 buts en 2 minutes. N’en déplaise à M. Pishyar : si le Servette perd ce match, ce n’est pas dans un manque de volonté de ses troupes ou dans d’éventuelles erreurs tactiques qu’il faut aller en chercher les causes premières.

C’est d’abord sur ce premier constat qu’il faut s’arrêter. Comment se déplacer sereinement et espérer s’imposer chez le champion en titre lorsqu’il manque autant d’expérience à des postes pourtant clés? Alors que Frei totalise des dizaines de buts, qu’il fut meilleur buteur du championnat de France, qu’il fut classé 2e meilleur buteur du championnat en France et en Allemagne, et qu’il fut sacré meilleur buteur en Suisse, Routis, lui, ne totalise que 10 matches en Super League suisse. La Suisse n’aime peut-être pas Frei. Mais que cela plaise ou non, il demeure du haut de ses 32 ans, ni plus ni moins qu’un grand et redoutable buteur. Quand Marco Streller totalise 37 sélections en équipe nationale pour 12 réalisations à son compteur, Roderick, lui, n’a encore jamais porté le maillot national des grands. Le fossé des chiffres se traduit sur le terrain par 2 buts. 2 buts en… 2 minutes.

Mais cette défense à 4 comprenait également 2 latéraux. A droite, Alves avait accordé sa confiance en l’excellent Diallo. Très bon dans le geste défensif et puissant dans les duels athlétiques depuis plusieurs matches, le français a su faire taire les critiques initiales à son égard. Bien qu’à nouveau à créditer d’un bon match, ce n’est pas lui qui put apporter à son équipe l’expérience défensive lui faisant défaut. Après tout, ce joueur, âgé de 24 ans, n’avait disputé que 5 matches à ce niveau avant d’aller défier les bâlois dans leur antre. A gauche? L’espoir servettien Moubandje. Auteur d’une magnifique entame de match, et toujours en constant progrès, le latéral n’en demeure pas moins encore un jeune joueur âgé tout juste de 21 ans, qui n’a, à son actif, que 7 match de titulaire en Super League.

Faut-il pousser la réflexion plus loin? Alors, certes. Ces joueurs ont des qualités. Un potentiel aussi, même prometteur pour certains d’entre eux, c’est un fait. Mais ils ont encore tout à apprendre. Aussi, dans l’immédiat, cela peut passer. Face à un adversaire plus faible. Ou alors, dans un jour béni des Dieux, porté et bercé par l’euphorie, face à l’un des favoris du championnat (cf. Sion, Zürich). Mais sur la distance, l’espoir ne peut subsister. A moins de se bercer d’illusions. Aussi, même si on peut apprécier la confiance témoignée en son équipe du président Pishyar, on aura bien de la peine à le suivre dans son raisonnement aussi confiant. En prenant même le temps de nous pencher sur ces différentes statistiques, on prendrait même peur en parlant de décalage dans les propos. Voir d’un manque de discernement…

Mais ce manque d’expérience ne se traduit par que par des fautes de placement ou par des erreurs individuelles trahissant des défauts de jeunesse. Il se matérialise aussi cruellement par des hésitations, des errements tactiques proprement suicidaires. Que d’erreurs et de manquements sur les balles arrêtées défensives! Si le Servette y laisse un but au final, il aurait pu s’en prendre pas moins de 4. Toujours aux abonnés absents sur les corners ou coups-francs. La sentence aurait déjà pu tomber après seulement 10 minutes de jeu. Face à un adversaire du calibre de ce FC Bâle, calibré justement pour se montrer redoutable dans le jeu aérien, il n’y a dès lors pas grand chose à espérer.

Le milieu de terrain :

Le triangle médian

Ce système présenta pourtant un élément intéressant. Il réside toujours dans son fameux triangle médian. On s’étonnera de la non-titularisation du seul joueur véritablement expérimenté (Pizzinat), mais on soulignera la volonté d’Alves de quadriller le terrain et de boucher les espaces bâlois par la mise en place de trois demis à vocation défensive. En introduisant dans le triangle Tibert Pont, l’entraîneur grenat a de toute évidence cherché à s’appuyer sur la potentiel physique et le puissant volume de jeu que peut livrer dans l’engagement le fils de Michel. Très à son affaire, celui-ci fut d’ailleurs à créditer d’un bon match. Gênant constamment la création du jeu des locaux. Longtemps, ce dispositif à trois axiaux permit de contenir les bâlois et de les empêcher de déployer leurs offensives. C’est là le seul élément tactique intéressant qu’il convient de retenir de ce match.

L’attaque en question…

Sur les cotés de ce milieu de terrain étaient placés Vitkiviez et Yartey. Guère suprenant au regard des compositions alignées lors des dernières sorties du Servette. On pouvait s’y attendre. Mais là encore, au fil des matches, les questions se multiplient. Les deux vifs ailiers devraient-ils être alignés plus haut sur le terrain, comme à Sion? Doivent-il être entourés d’un pivot et jouer plus bas? Des questions qui demeurent toujours sans réponse réellement pertinente. A essayer d’y répondre, c’est un peu comme se plaire à entrer dans la peau de Joao Alves. C’est en définitive croire qu’on détient la solution d’avant-match pour se rendre compte finalement, le jour J, que l’on tourne en rond. Sur le papier, cela semble toujours intéressant. Et puis, la réalité du terrain fait déchanter. Depuis le début de la saison, excepté le match de Tourbillon, le constat est souvent le même. Il semble manquer quelque chose devant. Comme si l’attaquant nominal errait, seul au monde, abandonné, l’âme en peine, à la pointe de l’attaque des Grenat. Si pour De Azevedo, cela était prévisible, le brésilien n’ayant pas la pointe de vitesse nécessaire pour réellement s’illustrer dans ce secteur de jeu, il en est de même pour tous ses acolytes déjà testés à cette place : Karanovic, Eudis, Esteban ou encore Saleiro.

Toujours cette impression de passer à côté du match. Toujours la même sentence : les premiers à sortir du terrain car sanctionnés par un rendement insuffisant. De toute évidence, quelque chose ne tourne pas rond à ce poste-là. A y regarder de plus près sur ce match, on peut s’apercevoir que le problème ne touche pas que l’attaquant nominal. Il semble manquer de constance et de rôles bien déterminés dans ce dispositif. Un manque de cohésion. Pour exemple, Yartey, placé extérieur gauche, aura régulièrement décroché, pour se retrouver souvent dans l’axe, parfois même à droite. Vitkiviez, pour sa part, ne sera resté que trop cantonné sur son côté droit. Et De Azevedo sera souvent venu se placer dans son rôle naturel, soit en demi axial offensif. Conséquences : un système offensif ne se trouvant pas, n’ayant pas de fluidité, pas de repères. Il n’est dès lors guère étonnant qu’Alves aura essayé, tout le long de la partie, d’y reméder. Faisant entrer dès la mi-temps Karanovic pour De Azevedo, puis Eudis pour Vitkiviez, après avoir encore introduit M’Futi. Des recherches de solutions vaines. A chaque fois.

Quel constat faut-il dès lors en tirer? Comment remédier à ce problème, d’autant plus important que le Servette ne marque plus depuis 4 matches? Le Servette doit maintenir son point fort : soit son triangle médian. Il devrait à notre sens, tant qu’il ne s’est pas renforcé derrière par un ou deux joueurs d’expérience, rester à 3 axiaux. Moubandje a bien tenu le coup et a réalisé un test encourageant face à Shaqiri. Il progresse et s’affirme. Tout n’est pas parfait, mais Alves semble avoir raison en lui maintenant sa confiance. Le choix est cohérent et s’inscrit sur la durée. De plus, Moubandje est capable d’un volume de jeu offensif intéressant, ce qui le rapproche naturellement du latéral moderne. Alors que faire? On pourrait proposer un système 3-5-2, avec trois axiaux derrière, 2 latéraux appelés à monter quand cela s’y prête (peut-être davantage à gauche pour s’appuyer sur els qualités offensives de Moubandje), un triangle médian avec trois demis axiaux (dont une pointe créative, comme De Azevedo par exemple), et 2 attaquants nominaux (Esteban-Yartey par exemple, ou encore Esteban(légèrement plus en retrait)-Saleiro ou Yartey(légèrement plus en retrait et électron libre pour décrocher souvent-Saleiro).

Dans la peau de João…

Mais cela serait-il pour autant garant d’une meilleure performance au final? Se poser la question revient à se mettre à nouveau dans la peau de Joao Alves avant un match. C’est également mettre en évidence toute la difficulté du coach grenat de composer une équipe réellement compétitive. C’est aussi, et surtout, mettre le doigt sur les carences et les lacunes existantes encore au sein du contingent grenat. Et oui, le constat de vérité est implacable. Le Servette est encore, à ce jour, trop court, sur le plan quantitatif et qualitatif. Il lui faut des renforts. Et pas n’importe lesquels. Il ne suffit pas de renforcer pour renforcer. De ne chercher que les bonnes affaires en terme de qualité-prix ou en terme de collaboration (cf. prêts). Il faut au Servette des renforts d’expérience. Des joueurs chevronnés. Ce sont ceux-ci qui permettront aux jeunes espoirs de progresser, qui favoriseront le développement de leur potentiel prometteur en leur apportant les conditions optimales pour se faire. Car les bases existantes sont intéressantes. Oui. Encourageantes et prometteuses aussi. Mais le Servette d’aujourd’hui est un élève qui apprend. Un jeune pouce qui ne demande qu’à mûrir. A ses dirigeants maintenant de fournir les efforts nécessaires pour lui permettre de continuer à grandir et de s’éclore pour s’installer réellement dans la cour des grands. Il en va de son avenir.

FC Bâle – Servette FC  3-0 (2-0)

FC Bâle : Sommer ; Steinhöfer, Abraham, Dragovic ; Park, Shakiri, Cabral (64e Xhaka Granit), Hüggel, F. Frei (78e Zoua) ; A. Frei (87e Andrist), Streller.

Servette FC : Barroca ; Diallo, Roderick, Routis, Moubandje ; Nater, Kouassi, Pont (61e M’Futi) ; Vitkiviez (71e Eudis), Yartey ; De Azevedo (46e Karanovic).

Buts : 42e Dragovic 1-0, 44e A. Frei 2-0, A. Frei 3-0.

Grenat DC

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