Les Enfants du Servette


Servette barre la route de la LNA au FC Bâle by Germinal Walaschek
4 octobre 2012, 17:41
Filed under: Chroniques partenaires, Un peu d'histoire...

Un Servette FC fébrile à la vue du sceptre de la relégation se matérialisant de rencontre en rencontre se rend à Bâle. A la tête du club grenat depuis peu : un ancien joueur au caractère bien trempé. Au programme : une opération commando pour sauver sa peau dans l’élite du football suisse.

Un retour en forme de raté

Lorsque le regretté Peter Pazmandy, l’ancien footballeur grenat de talent et père de la mythique équipe 1979, reprend les rênes du club grenat lors de l’été 1989, la saison du centenaire se présente d’emblée sous le signe de l’incertitude. Abandonné par le feu sacré, le tandem Lavizzari-Tornare, qui avait porté à bouts de bras le club durant presque une décennie, passe la main. Dominique Warluzel est élu à la présidence. L’héritage est lourd et le nouveau venu ne saura répondre aux attentes des fans de Servette ni sportivement ni politiquement. De nombreux joueurs importants pour  le collectif étaient partis ailleurs ou avaient pris  leur retraite dont Rummenigge, Eriksen, Hasler, Kok ou Bamert. Les nouveaux, pour différentes raisons, ne pourront tout d’abord pas se mettre en évidence : Bosko Djurovski et Heinz Hermann en raison de difficultés d’adaptation, Kubilay Türkyilmaz par la faute du surcroît de fatigue engendré par son école de recrues, Oscar Acosta et Shane Rufer tout bonnement par manque de talent. En dépit d’un effectif de qualité (Favre, Schällibaum, Sinval, Bonvin, Fargeon…), Servette bredouille plus d’une fois son football. Ce ne sont pas les individualités qui font défaut, mais plutôt l’esprit de corps. Le club grenat est contraint de batailler jusqu’au bout de l’automne pour s’efforcer de décrocher son ticket pour le tour final à huit équipes. Après un succès encourageant à Lucerne, Servette s’empêtre à domicile contre Lugano lors de l’avant-dernière journée et, humiliation suprême, va finalement s’incliner à Tourbillon. Le FC Sion monte ainsi dans le bon wagon alors que Servette est condamné par la faute d’une différence de but légèrement moins bonne que celle des Young Boys…

Warluzel-Pazmandy : l’attelage durera moins qu’une saison…

8 équipes pour deux places

Dans les oubliettes du tour de promotion-relégation, le SFC retrouve comme compagnon d’infortune venu de LNA l’AC Bellinzone. Six équipes de LNB complètent le tableau : Coire, Schaffhouse, Yverdon et Fribourg, dont les ambitions sont modestes, et surtout deux vieilles gloires alémaniques qui avaient battu de l’aile au milieu des années 1980 et attendaient avec une impatience non-dissimulée de pouvoir reprendre leur envol : le FC Zurich et le FC Bâle. Dans ce groupe, Servette fait en principe figure d’épouvantail et si les premières rencontres à domicile (Coire et Schaffhouse) sont des formalités, les rencontres à l’extérieur débouchent sur de cruelles surprises : défaite à Bellinzone et match nul à Fribourg. Après quatre rondes, Bâle et Zurich caracolent en tête et le SFC est en bien mauvaise posture…

Le sauveur batave

Le nul concédé à Saint-Léonard est fatal au Genevois de Budapest : Peter Pazmandy, dont le retour du Valais avait ressuscité bien des souvenirs et fait naître de nouveaux espoirs, perd son poste au profit d’une ancienne star du football : l’élégant Ruud Krol, partie prenante des belles épopées d’Ajax et de la Hollande durant la décennie 70. Personne ne se méprend sur le sens de la manoeuvre : on attend du Batave, qui débute quasiment sa carrière d’entraîneur, qu’il inculque la discipline et la rigueur nécessaires au maintien, en haranguant ses troupes et en colmatant le secteur défensif. Son premier match officiel sur le banc grenat se déroulera à Bâle…

Ruud Krol reprend les Servettiens en main

Le nul de l’espoir

Une fort belle coulisse de 16 000 spectateurs (meilleure affluence de la journée toutes ligues confondues) accueille les deux équipes. Pour le club rhénan, ce soutien populaire met du beurre dans les épinards : il est financièrement aux abois. Pour l’aider, l’arbitre international Rolf Blattmann a même promis son soutien. Initiative originale censée rapporter 400 000 francs… Crispées par l’enjeu, les deux formations se ménagent peu d’occasions en première mi-temps. Les Bâlois dominent mais le dispositif défensif renforcé des Grenats tient le choc. En seconde période, les deux équipes se libèrent peu à peu mais les Servettiens sont incapables d’exercer une emprise sur le jeu. Au moment où l’on sent l’outsider bâlois en mesure de forcer la décision, l’Argentin Acosta alerte Bonvin qui dépose le ballon sur la tête de Lucien Favre. A 20 minutes du terme, les Grenats semblent ainsi avoir fait l’essentiel. Le public, déçu, déserte déjà les gradins lorsqu’à l’ultime minute, Rahmen obtient une égalisation méritée. Pour Servette ce point permet néanmoins de préserver l’essentiel. Profitant d’une pause internationale, les Servettiens peuvent partir pour un stage à Saillon. Il s’agira de forger un nouveau style pour affronter les redoutables échéances qui décideront du maintien ou non du centenaire dans l’élite…

La tête de Lucien Favre pour l’ouverture du score

Un nouveau visage

Quitte à renier certains fondamentaux, le Servette FC présente dès lors indéniablement un visage s’élevant au-dessus de la médiocrité si souvent constatée au cours de la saison. En forçant le trait, on pourrait dire qu’à défaut de vraiment savoir faire courir le ballon, les Grenats ont au moins le mérite de courir après le ballon. Au moment d’accueillir le FC Bâle début mai, le rapport de forces au classement s’est déjà inversé : c’est au tour des Rhénans de devoir refaire leur retard au classement. La machine servettienne, désormais à peu près huilée, peut même, de l’avis de son entraîneur, se passer des services du jeune retraité Rummenigge, que le président Warluzel, ultime lubie avant sa démission, s’était fait fort d’aller rechercher dans ses pénates munichoises. Le futur avocat de Majid Pishyar n’avait pas encore été happé par les sirènes de l’amateurisme féringien sur son étrange chemin de Damas… Venu aux Charmilles pour défendre, le FC Bâle n’a pas grand chose d’autre à offrir aux 8200 spectateurs des Charmilles que ces des anciens essoufflés (Mata et Maissen) et des jeunes au talent encore dépoli (Gottardi, Ceccaroni…). Vite abattus par des réussites de Fargeon puis Türkyilmaz, les Rhénans sont remis en selle par une bourde du jeune portier grenat Eric Pédat. Les Servettiens évoluent alors dans leur nouveau registre : retrousser les manches, défendre, travailler et éventuellement partir en contre. A ce petit  jeu-là, c’est José Sinval, quelques secondes à peine après son entrée sur le terrain, qui s’avère le plus malin et redonne deux longueurs d’avance aux Grenats. Au soir de cette victoire, le maintien semble virtuellement acquis. A la faveur du goal-average, les Grenats finiront premiers devant un FC Zurich tout heureux de retrouver l’élite. Pour les Bâlois, le purgatoire durera encore quatre ans.

Kubilay Türkyilmaz échappe à la défense bâloise

Tout reconstruire, une fois de plus…

Engagé avec une mission précise pour une durée de deux mois et demi, Ruud Krol quitte le club à l’issue d’une saison qu’une élimination en Coupe à Wettingen n’aura pas permis de sauver. Dominique Warluzel cède également sa place, Richard Ambrossetti le remplace. Le million et demi de dettes accumulé par le club fond quelque peu grâce à des abandons de créances. A l’aube d’une nouvelle décennie, Servette a perdu le contact sportivement et navigue en eaux troubles financièrement… Tout comme le FC Bâle d’ailleurs…

Jacky Pasteur et Germinal Walascheck

Dernière chronique : Un des épisodes de l’inusable derby lémanique

La semaine prochaine : sous le maillot grenat à croix blanche (4)

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Servette-Bâle : 17-15       

Le grand Servette met fin à quinze ans de disette au Stade Saint-Jacques


6 commentaires so far
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Bon, on fait quoi alors dimanche? On leur fait bouffer leurs läkerlis à ces Bâlois?

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Commentaire par Julian Karembeu

Noonnn, laisse moi un peu de Läkerlis… trop bon avec le Café !!!

Mais qui sais, peut être Bâle va sous-estimer notre équipe et nous prendre de haut … surprise ?

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Commentaire par Séb

Encore un bon article de Germinal et Jacky!
Au moins un nul pour pas prolonger la série de défaites! Mais je dis pas non à une victoire ;).

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Commentaire par Tom91

[…] La  dernière chronique : Servette barre la route de la LNA au FC Bâle […]

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