Un entraîneur qui se perd, une cellule sportive qui n’en a pas l’étoffe.

Servette est aujourd’hui à la dérive, sans repères, sans idées, vide de substance. Tentative d’explication…

Le Servette FC réalise une saison proprement catastrophique. Les deux derniers matches, totalement indigestes, sont les derniers épisodes d’un naufrage collectif dans les sphères sportives du club.

L’entraîneur :

Jocelyn Gourvennec est arrivé fort d’un CV de grand joueur, et d’un parcours d’entraîneur marqué par des hauts et des bas. Choix de la celulle sportive, au détriment d’autres candidats suisses, il a posé ses valises à Genève sans connaître la Super League, ou si peu, et sans aucune expérience dans ce pays.

Immédiatement il a su imposer une forte impression, se montrant si à l’aise et dans son élément face aux médias. Ses propos, toujours cohérents, bien articulés, dessinent les contours d’un profil particulièrement intelligent et réfléchi. Le monde grenat adhère autant que les médias, qui trouvent là du pain béni pour leurs interviews, après les très distants René Weiler et Thomas Haeberli.

L’homme a besoin de temps. On lui pardonne donc ses débuts difficiles et peu concluants. Au pire, les beaux discours permettent de corriger le tir. De même, on excuse les mauvaises performances en mettant en avant le fait qu’il donne du temps de jeu aux jeunes, et qu’il parvient ainsi à les intégrer concrètement dans le groupe, comme sur le terrain. Il colle ainsi à l’un des axes-clés de la politique sportive prônée par la direction du club, et exigée par ses investisseurs.

Les semaines passent, les mois aussi. Et le constat est implacable : Gourvennec n’est jamais parvenu à définir une ligne directrice dans sa gestion. Aucune continuité dans ses organisations tactiques. Aucun schéma de jeu visible. Aucune stabilité dans ses choix de joueurs. Dégageant l’impression permanente de tester, d’expérimenter, de chercher, de changer, match après match.

Passage tantôt d’un 4-4-2 à un 4-2-3-1, puis à un 3-4-1-2, pour ensuite glisser vers un 4-3-3, pour passer à un 3-4-3. Le tout, en boucle. Peu importe les bonnes performances précédentes. Se perd-il dans le fait de vouloir constamment s’adapter à l’adversaire? Toujours est-il qu’il égare tout son monde avec lui, des joueurs en manque de repères, aux spécialistes, commentateurs et supporters qui ne s’y retrouvent plus.

Plus grave encore, ce perpétuel mouvement a cassé la dynamique construite tout au long de ces dernières années. Les leaders, ceux qui sont là depuis longtemps, n’y arrivent plus, ne sachant plus où donner le ballon, ne trouvant plus les zones, se confondant dans les erreurs et les cadeaux offerts. Passant subitement de joueurs essentiels à joueurs devenus trop vieux en quelques mois.

Gourvennec n’est pas parvenu non plus à établir une hiérarchie dans son collectif. Lequel se retrouve partagé en 3 catégories, les anciens, les nouveaux, et quelques M21. Le tout sans que certains se situent en dessus des autres, se remplaçant à tour de rôle.

Quelques exemples de ce foutoir ambiant :

  • Morandi. Recruté par Weiler, ce joueur n’a jamais été intégré dans l’équipe. Pourtant au bénéfice d’une solide expérience de Super League et ancien meneur de jeu efficace aux Grasshoppers. Il se retrouve néanmoins dans les tribunes, pendant que Mazikou, le latéral, joue milieu axial. Et au moment même où le SFC se cherche un jeu.
  • Magnin. Très décrié par de nombreux supporters, il présentait pourtant cet avantage d’être un vrai clubiste, amoureux de son club, et surtout très polyvalent. A aucun moment il n’a été aligné à une autre position que latéral droit, là où il a souffert de mille maux. Weiler lui avait pourtant trouvé une place de milieu récupérateur intéressante. Chassé du club, et remplacé par Mendes qui n’a pas le niveau. Pourquoi?
  • Antunes. Le club ne se serait pas aligné sur ses exigences. Mais à la place, il a dépensé pour des renforts qui n’en sont pas. A qui la faute? Gourvennec le voulait-il vraiment, ou lui préférait-il Jallow, recruté par la cellule sportive actuelle?
  • Mraz. L’attaquant qui marque le plus en fonction du temps de jeu. Remplaçant quasi à chaque fois, malgré ses buts. Il s’est même retrouvé sur le banc à Lugano, quand Atangana, 18 ans et aucune expérience à ce niveau, était aligné seul en pointe. Ce joueur qui est d’ailleurs retourné ensuite en M21. Incohérence quand tu nous tiens. Mraz n’a pas été recruté par la cellule sportive actuelle…
  • Mazikou. Latéral gauche depuis quelques saisons au club. A évolué bientôt partout, sauf latéral gauche. Comme défenseur central dans une défense à 3. Ou comme milieu axial hier à Winterthour.
  • Njoh. Passe de latéral à demi gauche. Selon où le porte le vent du moment…
  • Severin. Pilier de la défense centrale ces dernières saisons. Se retrouve sur le banc quand le Servette joue à 3 derrière, et redevient titulaire quand il se met à rejouer à 4.
  • Mendes. Titulaire indiscutable depuis son arrivée au club. Pourtant, le joueur montre des signes de faiblesse qui font de lui un joueur qui n’a pas le niveau, tout simplement. Il a cependant un avantage non négligeable en sa faveur : il a été recruté par la cellule sportive actuelle.
  • Fomba. Titulaire face à Sion pour remplacer Douline pourtant très bon. Puis, en l’absence de Douline, remplaçant à Winterthour, relégué sur le banc par Ondoua qui n’a plus joué depuis septembre et… Mazikou. Une incohérence de plus…
  • Ondoua. Ecarté au détriment du nouvel arrivé Fomba, qui n’est pas meilleur mais qui a été, lui, engagé par la cellule sportive actuelle. En manque de rythme. Toujours convoqué, mais jamais sur le terrain. Jusqu’à hier…
  • Allix. Défenseur axial de formation, il se retrouve à jouer latéral ou piston. Malgré ce contexte défavorable, il s’en sort assez bien, mais se retrouve souvent sur le banc, le transfert Mendes passant forcément avant…
  • Ishuayed. Eblouissant lors de sa première apparition en cours de match. Puis absent ensuite. Au point de ne plus être convoqué. Pour revenir ensuite…
  • Miguel. Idem qu’Ishuayed. En mieux. Car titulaire une fois. Mais en pire, car plus jamais rejoué depuis.
  • Lopes. Idem que Miguel… Brillant lors de sa première apparition. Titulaire logique lors de sa seconde. Puis plus une seule minute de jeu depuis.
  • Atangana. Titulaire à Lugano. Plus convoqué depuis. Comme quoi, faire jouer des jeunes c’est bien, mais inutile sans cohérence et vrai ancrage.
  • Guillemenot. Excellent joker pour commencer. Puis titulaire. Puis à nouveau sur le banc. Puis à nouveau titulaire et bon en étant associé en attaque. Depuis? Titulaire à nouveau, mais esseulé en attaque, et donc très certainement à nouveau remplaçant prochainement.
  • Stevanovic. A la peine à droite dans ce Servette perdu, mais excellent en 10 en soutien des attaquants, capable de marquer, de délivrer des passes décisives, de retrouver ses jambes de 20 ans et d’être meilleur que jamais, tout en redynamisant son équipe. Résultat? Retour à droite, pour laisser la place dans l’axe à Jallow, recruté par la cellule sportive actuelle.
  • Srdanovic. L’énigme. Passe du statut de blessé à celui de convalescent, à celui de convalescent à celui de blessé, et cela en boucle. L’air d’un disque rayé qui sonne faux. Pourquoi? La cellule sportive actuelle lui a-t-elle déjà réservé un bon de sortie intéressant? Et intéressant pour qui?
  • Kadile. A peine arrivé et déjà titulaire 90 minutes durant. Sans repère, mais engagé par la cellule sportive actuelle. Sera sans doute trimballé du poste d’ailier gauche à celui d’attaquant prochainement.

Tout cela ressemble à un beau foutoir qui n’aide pas à créer cohésion, esprit d’équipe, repères, confiance, et efficacité. A l’inverse, cela cultive un terrain fertile au doute, aux erreurs grossières, aux mésententes, à une dynamique de l’échec.

Le bilan est incontournable : Gourvennec ne fait pas l’affaire, et le Servette ne construit absolument rien en ce moment et, par truchement, rien non plus en vue de la saison prochaine.

La cellule sportive

Celle-ci a rencontré Haeberli en pré-saison pour préparer la saison. Les deux parties sont restées d’accord sur les points à aborder. Pourtant, Haeberli s’est retrouvé face à des changements d’orientation sans en être informé. C’est tout du moins ce qu’il a pu dire à un média. La cellule avait-elle déjà dans l’idée de s’en séparer pour engager son propre entraîneur?

Les joueurs qui étaient là en prêt avec option d’achat? Pas retenus. Pourtant, certains commençaient à s’intégrer et à monter en puissance. A la place de lever les clauses de transferts, pourtant peu élevées, la cellule a préféré puisé davantage dans l’argent du club pour aller chercher ses propres joueurs, tout en vendant ceux qui étaient là depuis un moment et qui constituaient un noyau. Pourquoi? En retire-t-elle des avantages de part et d’autre, dans ce mouvement à deux sens? Ces avantages répondent-ils à des intérêts purement sportifs?

Ces nouveaux joueurs qui, pour la plupart, ne représentent absolument pas des renforts, mais des joueurs de plus, qui ne font que d’élargir un contingent devenu trop important et surchargé de doublons, contribuant ainsi au foutoir qui y règne.

3 titulaires indiscutables, Tsunemoto, Kutesa, Crivelli, soit un par ligne, n’ont jamais été remplacés. Ces 3 joueurs qui étaient des leaders et qui apportaient chacun à leur manière un + pour l’équipe.

Le bilan est incontournable. La gestion de cette cellule est, au mieux, proche du néant et de l’amateurisme. Au pire, malhonnête et visant d’autres intérêts que ceux, sportifs, du club.

Les dirigeants d’en dessus doivent désormais réagir. Pour, dans un premier temps, maintenir le Servette en Super League. Pour, ensuite, préparer la saison prochaine dès maintenant, et pas en août. Pour, finalement, créer un contexte sportif à même de pérenniser l’avenir du club. Et cela ne pourra se faire qu’avec des gens compétents à ces différents postes-clés, qui oeuvrent dans l’intérêt unique du Servette FC.

Cela semble passer par un nouveau retour en arrière et par l’engagement d’un directeur sportif. Dont le profil devra être un professionnel qui connaît le football suisse comme sa poche, qui a l’histoire du Servette FC ancrée en lui et qui connaît ses traditions et son essence, qui s’inscrit dans le projet des dirigeants et qui dispose d’une solide expérience de directeur sportif. Cela pour définir enfin une ligne sportive cohérente, qui permettra de se séparer des éléments potentiellement perturbateurs qui travaillent pour des intérêts personnels et de créer une nouvelle cellule sportive, et pour mettre les nombreuses pièces du puzzle dans le bon ordre.

Un vaste chantier l’attend, mais ce n’est qu’à ce prix que le Servette FC retrouvera la place qui est la sienne ces prochaines années.

GrenatDC

5 réflexions sur « Un entraîneur qui se perd, une cellule sportive qui n’en a pas l’étoffe. »

  1. un grand merci pour cette analyse perspicace. Je partage beaucoup des points mis en évidence. Je crois qu après s être mis les deux mains devant les yeux en laissant venir, on doit maintenant faire ce constat très très inquiétant: on est bien plus prêt des barrages et donc d une potentielle descente que d être dans le ventre mou du classement. Quel gâchis !! Nous avons perdu de très bons joueurs, non remplacés… on finira donc cette saison sans doute la peur au ventre…

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  2. Tout est dit dans les deux dernières lignes de l avant dernier paragraphe… Trotignon avait fait la meme chose avec feu max Uerscheler à l époque mais avec du succès !

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  3. bon résumé de la situation, GrenatDC.

    Je me permets d’ajouter que la perte de confiance et de repères des joueurs se traduit au niveau de leurs erreurs. Nous encaissons presque à chaque match un but gag.

    De plus, la passivité de nos joueurs est effarante. Mais cela découle de toute évidence d’instructions de JG. Inutile de blâmer nos joueurs pour cela.

    Enfin, il y a un point qui manque : la direction sportive. Nous n’avons pas d’ADN de jeu. Du coup, nous engageons une fois un entraîneur qui laisse passablement de liberté aux joueurs, mais avec un aspect tactique limité. Puis un entraîneur très dirigiste, avec une vision claire de ce qu’il veut, un style de jeu bien précis, avec beaucoup d’intensité, de pressing, de jeu direct. Ensuite, c’est à nouveau un entraîneur à l’ancienne, comme le premier. Puis enfin, nous retrouvons un entraîneur plus dirigiste, avec une tactique assez précise au départ (Avant de se perdre), mais radicalement différente du 2e. Et au milieu, de tout cela, la cellule sportive doit trouver les joueurs correspondant au besoin. On peut ainsi engager un joueur qui convient bien au numéro 2, mais pas beaucoup aux numéros 3 et 4. Et puisque je parle de la cellule sportive, je continue à me demander sur quelles bases elle cherche des joueurs et valide les profils. Nous sommes en 2026. Il est facile d’analyser les performances de joueurs de l’Europe entière pour dénicher ce qu’on cherche. Et pour valider le profil de joueurs repérés. Or, vu l’âge de Bonneau et Geiger, j’ai un énorme doute qu’ils travaillent ainsi. On ne peut pas tout baser sur la data. Mais cela peut aider à dénicher des profils ou à se rendre compte que finalement, un Morandi est mauvais, ceci avant de le signer. Je tape sur lui parce que c’est facile. Mais ses stats indiquaient déjà le type de joueurs qu’il était : intéressant sur balles arrêtées. Sans intérêt dans le jeu. Mais pour cela, il faut savoir comment veut jouer Servette sur la durée, trouver l’entraîneur qui correspond un peu à ce profil et engager les joueurs qui entrent dans le moule. On en est à des années lumières.

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    1. Merci pour ton retour.

      Tu as raison de souligner l’importance d’engager un directeur sportif. C’est essentiel. Je l’ai oublié. Je vais le rajouter.

      Merci pour ce complément précieux.

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