Les Enfants du Servette


Les légendes du SFC : Ignaz Tax, transféré pour 50 000 francs à l’ASSE by Julian Karembeu

La venue de Saint-Etienne à Genève est une occasion rêvée de revenir sur deux légendes appartenant aux Grenats et aux Verts : Ignaz Tax et Jean Snella. Pour information, le premier a donné son nom à une allée près du stade Geoffroy-Guichard et le second à une tribune de ce stade ainsi qu’à la rue qui y mène…

Servette et ses légendes…

A côté, Servette et Genève font pâle figure. Entre l’ancien emplacement des Charmilles, l’esplanade derrière la tribune nord ou encore les différents espaces du stade, il y aurait pourtant de quoi faire. Espérons que la mort récente de Jacky Fatton aura donné des idées à certains !

La biographie de l’Autrichien Ignaz Tax contient des lacunes, en particulier concernant son enfance et son adolescence. Il a fait ses débuts de footballeur au cours de la saison 1926/27, probablement au Meidlinger Sportfreunden. Cette équipe s’est hissée à la fin de la saison en deuxième ligue autrichienne. De 1927 à la fin de 1930, il était sous contrat avec le SC Wacker Wien. Lors de la saison 1930/31, il a joué le premier tour pour le Wacker avant de rejoindre le First Vienna.

En 1931, il a suivi son ancien coéquipier Karl Rappan à Servette. Rappan est devenu entraîneur-joueur des Grenats. La saison suivante, Tax a été sacré champion suisse avec Servette. Lors des matchs de finale, il a marqué un but décisif à Berne le 2 juillet 1933 lors de la victoire 3:2 sur Grasshoppers. Servette a réédité le superbe exploit de devenir champion suisse l’année suivante (saison 1933/34). Tax faisait partie du onze de base de Rappan. Lors de la finale de Coupe de 1934, les Grenats se sont par contre inclinés contre les Sauterelles 0:2. Ignaz Tax a joué pour Servette jusqu’en juin 1935. Durant ses quatre saisons sous le maillot grenat, il n’a pas manqué le moindre match !

Servette connaissait à cette époque de grave problème de trésorerie et ne pouvait payer les salaires que sporadiquement. Tax a alors été transféré à l’AS Saint-Etienne pour la jolie bagatelle de 50 000 francs français. Début juillet, Tax fait son apparition dans la cité stéphanoise muni uniquement d’un visa de visiteur. Il y jouera au football durant les quinze années suivantes. La Seconde guerre mondiale prit une tournure amère pour Tax : il fut capturé, probablement lors de l’invasion de la France par l’Allemagne nazie en 1940. On ignore s’il a été fait prisonnier en tant que soldat ou qu’“Allemand du Reich“. Il a été interné en Belgique jusqu’à la fin de 1941. Il a ensuite regagné Saint-Etienne et a rejoué pour les Verts.

En 1943, le président stéphanois Pierre Guichard déclara quatre joueurs comme employés de son entreprise Casino, parmi eux figuraient Ignaz Tax, qui, dans l’intervalle, avait encore endossé le rôle d’entraîneur, ainsi que le futur entraîneur servettien Jean Snella. Il contournait ainsi l’interdiction du professionnalisme et des joueurs étrangers édictée par le régime de Vichy et aligna ces quatre joueurs en Coupe de France. Ils furent alors suspendus à vie par la Fédération Française de Football, puis graciés à la Libération. En janvier 1945, Tax revint jouer devant le public des Charmilles qu’il avait si souvent enchanté à l’occasion d’un match entre une sélection romande et une sélection lyonnaise destiné à marquer la reprise des relations franco-suisses.

Ignace Tax a occupé cinq ans le poste d’entraîneur des Verts. En juillet 1950, l’ex-président et gros sponsor Pierre Guichard reprit la direction du club et le remercia. Son ancien coéquipier Jean Snella lui a succédé. Il entrainait depuis 1948 le onze amateur mais s’était toujours refusé à pousser vers la sortie l’Autrichien qu’il estimait beaucoup. Jean Snella a été par la suite deux fois entraîneur de Servette. Plus tard, le travail d’Ignaz Tax à Saint-Étienne a été reconnu : à proximité du stade Geoffroy-Guichard une rue a été baptisée allée Ignace Tax.

Jacky Pasteur et Germinal Walaschek

http://www.super-servette.ch – Seulement le Servette!


9 commentaires so far
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« En 1943, le président stéphanois Pierre Guichard déclara quatre joueurs comme employés de son entreprise (…). Il contournait ainsi l’interdiction du professionnalisme et des joueurs étrangers édictée par le régime de Vichy et aligna ces quatre joueurs en Coupe de France. »

Le CC de l’époque ? 😉

Bel article une fois encore, bravo Germinal et Jacky

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Commentaire par Youri

Oui, c’est toujours amusant de chercher des parallèles historiques.
Un petit bémol toutefois concernant le contexte : le régime de Vichy et la FIFA ce n’est quand même pas exactement la même chose…
Pour mémoire, les autorités françaises de collaboration avec l’Allemagne nazie avaient estimé que l’oisiveté de la jeunesse était une des causes de la défaite de 40. Conséquence, il fallait revitaliser la jeunesse en lui faisant pratiquer du sport (il y en avait 9 heures par semaine à l’école primaire !) mais dans un idéal chevaleresque et désintéressé, donc non-professionnel.
Le football, d’origine anglaise et fortement professionnalisé n’était donc pas trop le bienvenu… Dans la France rurale et familiale que voulait Vichy, il n’y avait plus de place dans le football pour : les étrangers, les juifs, les femmes, les socialistes, les franc-maçons, etc. C’est dans ce contexte qu’est intervenue l’amateurisation et la nationalisation des clubs. Cela dit, Vichy a aussi vite vu qu’amateuriser ainsi le football s’était se priver d’une belle vitrine diplomatique…

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Commentaire par Germinal Walaschek

Vraiment intéressant et bien écrit ! Merci !

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Commentaire par princeigor

Ah, prince Igor ! Je profite de t’avoir “au bout du fil” pour te signaler une petite anecdote qui je l’espère illuminera ton mercredi.
Savais-tu que dans l’équipe de rugby servettienne de 1899 (tu as bien lu : 1899) figurait un certain Dobrovolsky ?
Un vague trisaïeul à toi ?

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Commentaire par Germinal Walaschek

Non mais dis-moi pas que c’est pas vrai !
Mais oui, c’est le tonton de mon tonton de l’arrière-tonton de la soeur de mon père !

Incroyable !

Tu aurais pas des détails des fois ??? Que je fasse un article !

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Commentaire par princeigor

C’est vrai mais par contre je n’ai pas trop de details… Ah si : il etait avant !

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Commentaire par Germinal Walaschek

[…] les années 1930, Servette confine parfois au sublime grâce au virtuose viennois Ignaz Tax ou à l’orfèvre-maison Passello. Le club flirte également une première fois avec la faillite […]

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Ping par Super-Servette et les Enfants du Servette : les noces de coton ! « Les Enfants du Servette

Bonjour,

Saint-Etienne calling. J’ai retrouvé un long article du quotidien local de Sainté daté du 4 juillet 1939 consacré à Tax. On y apprend qu’il est né à Vienne et qu’il a 30 ans (ce qui situerait sa naissance en 1909 ou 1910) que c’est un fan de vélo mais pas vraiment de l’anschluss. y’a-t-il un moyen pour te le faire parvenir?

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Commentaire par mick

Salut Mick, oui merci beaucoup :
superservette@hotmail.com

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Commentaire par Germinal Walaschek




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