Les légendes du SFC : Eugène Parlier, un héros des années 50

Notre rubrique „un peu d’Histoire“ se penchera cette semaine sur le seul match Thoune-Servette en championnat du 20ème siècle… en automne 1954 ! Les Grenats l’avaient emporté (0:3) et leur portier, impérial ce jour-là, se nommait Eugène Parlier… Ce monument octogénaire du football suisse est encore souvent sollicité par les médias où son accent vaudois de derrière les fagots et sa truculence font merveille. A défaut d’avoir pu jouer à Madrid comme on le lui avait proposé, il a traîné sa gouaille aux quatre coins de la Romandie. Ce petit portrait pour vous mettre dans l’ambiance. Toutes les anecdotes sont de la bouche d’Eugène Parlier mais n’oublions pas que le bonhomme est facétieux !

Enfant, Eugène Parlier devient gardien fortuitement, “en renvoyant le ballon pour les grands“. A 14 ans, il intègre la première équipe de Montreux. Musclé, doté d’une puissante carrure et de grandes paluches, il apprend le métier d’ébéniste parallèlement au football. En 1950, il rejoint le néo-promu Cantonal en LNA puis est repéré par Karl Rappan qui le fait venir à Genève. Servette est en délicatesse avec ses gardiens depuis le départ de Ruesch en 1948. Parlier gardera les buts grenats quatre saisons. Le meilleur classement grenat sera un quatrième rang mais l’équipe possédait une des plus solides défenses du championnat. Ces années-là, Eugène Parlier fait ses débuts avec la Nati (28.12.1952).

Lors de la Coupe du Monde de 1954, Parlier est, à la surprise générale, aligné lors du premier match contre l’Italie à Lausanne. Le coach Karl Rappan avait sans doute estimé qu’il serait plus en mesure de capter les redoutables centres italiens devant les grands attaquants que le titulaire Stuber. Ce dernier étant le portier du LS, le public de la Pontaise hue d’abord Parlier mais le portera en triomphe à l’issue de la victoire 2:1 obtenue grâce au „verrou suisse“ institué par Rappan. La Suisse réédite l’exploit de battre les Transalpins en match d’appui puis affronte l’Autriche en quarts. Le match, disputé sous la canicule, est dramatique. La Suisse mène rapidement 3:0 puis s’écroule et perd 5:7. Après cette accablante défaite, Parlier recevra même une lettre recommandée le sommant de rendre maillot et survêtement…  Il ne lui reste que les yeux pour pleurer, 900 francs de dédommagement pour le manque à gagner au boulot ainsi qu’une caisse de Vivi-Cola et 20 paquets de Marocaine de prime publicitaire…

En octobre de la même année, la Suisse joue à Budapest. Parlier aurait plongé à 64 reprises lors de cette rencontre, ne pouvant toutefois pas éviter une défaite 3:0 face aux magiciens Hongrois. Seul regret du portier à l’issue de sa brillante rencontre : ne pas avoir pu garder le ballon qui était alors attribué au joueur le possédant au coup de sifflet final. Parlier l’avait cédé à Antenen qui l’apostrophait furieusement une seconde trop tôt… En juin 1955, il rejoint le néo-promu UGS.

A Madrid en 1957, la Suisse tient l’Espagne du grand Alfredo di Stefano en échec 2:2. Parlier écoeure les 125 000 spectateurs et les attaquants espagnols dont Puskas qui a raté un pénalty. Les Ibères ne joueront pas la Coupe du Monde en Suède. Ce jour-là par contre, Parlier met son grappin sur le ballon à l’ultime seconde de jeu… Suite à cette sublime performance, l’Atletico Madrid fait les yeux doux au portier helvétique mais UGS met son veto à un transfert malgré une offre à 2 millions de pesetas (170 000 francs de l’époque). Parlier se contentera d’une prime de 120 francs (moins le coût des appels téléphoniques avec sa famille). Le dimanche suivant, UGS affronte Winterthour à Frontenex, l’affluence est immense, un service de tram spécial est organisé depuis la place des Eaux-Vives. A la fin de la saison 1958, Parlier sauvera encore UGS de la relégation en marquant un but contre Winterthour.

En 1979, Parlier publie un livre de souvenirs Laisse ! donnant de savoureux aperçus sur le foot d’avant le professionnalisme à tous crins. En 2009, l’ancien stade montreusien de Chailly et sa tribune couverte de panneaux solaires est rebaptisé Eugène Parlier, à quelques encablures de son atelier d’ébénisterie.

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Jacky Pasteur et Germinal Walascheck

12 réflexions sur « Les légendes du SFC : Eugène Parlier, un héros des années 50 »

    1. Euh… une erreur est toujours possible, je n’étais pas né à l’époque.
      Cela dit, s’il y a erreur, elle remonte à loin car la photo est tirée d’un article du début des années 1960 avec la biographie d’Eugène Parlier. J’ai une autre photo et elle est plutôt ressemblante…
      Avez-vous reconnu quelqu’un d’autre ou tout simplement ne reconnaissez-vous pas Eugène Parlier ?
      Merci de votre aide !

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  1. Cette fois, c’est Parlier !! Je pense effectivement que

    l’ancienne photo représentait bien Ballabio. Pour l’anecdote, rappelons que ce gardien a joué (et gagné malheureusement…) la finale de la coupe de 1959 contre Servette à l’âge de plus de 40 ans, le gardien titulaire (Campoleoni) étant blessé. J’ai assisté à cette finale…

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  2. Il est évident qu’entre le premier match que j’ai vu du Servette (le 22 mai 1952 contre le FC Berne 6 : 6 !!!) et le dernier vendredi dernier à Lancy-Florimont contre le Team Genève-Servette-Carouge M-21 (1 : 0, but de Pont) – vous l’ignoriez celle-là ?!? – il y a pas mal de souvenirs qui se sont accumulés. Je suis prêt – si cela est jugé digne d’intérêt – de les évoquer dans le cadre de l’actualité, comme ci-dessus avec Ballabio. Cela dit, merci pour les nouvelles toujours intéressantes que vous publiez et bon match samedi à Thoune.

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