Hugues Quennec : « notre volonté est d’impliquer toutes les couches de la population, des retraités aux plus fortunés. »

Nos confrères de 1905.ch, site de supporters du GSHC et heureux propriétaires d’une brique du mur de la solidarité (merci les gars!) ont retranscrit une interview très intéressante de Hugues Quennec parue dans le Bilan du 28 mars . Retrouvez-là ci-dessous en intégralité…

«Ce sont bien des banquiers qui ont permis le sauvetage du Servette FC»

Sauveur du club de football genevois, Hugh Quennec lève le voile sur son intervention et sur son business model qui fonctionne à merveille pour le Genève-Servette HC.

Tout semble lui réussir. Cet expert-comptable ne cesse de faire des prouesses avec son complice Chris McSorley, l’entraîneur vedet-te du Genève-Servette HC. Non seulement le club de hockey évolue au plus haut niveau, mais ses finances sont à l’équilibre, ce qui est quasi unique dans ce sport. Pas étonnant dès lors qu’un groupe de banquiers genevois a eu l’idée de faire appel à lui pour tenter de sauver le Servette FC. Aimant les challenges, Hugh Quennec a accepté de relever le défi. Un match qu’il est en passe de gagner puisque la justice lui a accordé un délai jusqu’au 19 avril pour réunir les millions de francs nécessaires à l’assainissement du passé et à la poursuite de l’aventure de ce club de foot mythique.

Bilan : Quels ont été les arguments décisifs pour obtenir le sursis de la justice commerciale?

Hugh Quennec : La première priorité de la juge était d’être sûre que les dettes du club n’allaient pas augmenter. Les 650  000 francs permettent de s’assurer que les trente jours qu’elle nous a accordés ne vont pas empirer la situation. Cet argent doit couvrir les frais de fonctionnement jusqu’au 19 avril. Et il lui fallait aussi estimer s’il existe un espoir réel de survie à moyen terme du club. Un audit préliminaire a été réalisé très rapidement. Malgré quelques réserves, il indique que la situation n’est pas insurmontable. Avec les idées et la philosophie que j’amène, elle a estimé que cela valait la peine de donner trente jours de plus.

B : Avez-vous déclaré à la juge que vous aviez l’intention de répliquer votre business model du Genève-Servette Hockey Club (GSHC) avec le Servette FC?

HQ : Oui, ma conception de la gestion d’un club sportif, quel qu’il soit, ne s’appuie pas sur le modèle du mécène qui a une fortune colossale et qui sait qu’il bouclera le budget lui-même.

B : Vous êtes-vous levé un matin en vous disant: «Allez! Je me lance?» Que s’est-il passé?

HQ : Un groupe de banquiers genevois m’a contacté pour me dire: «Nous te mettons à disposition les 650 000 francs mentionnés dans la presse pour sauver le club. Nous adorons Genève, nous adorons Servette.» Mais le défi était alors que je n’étais pas actionnaire du club. C’était à Majid Pishyar de choisir à qui il souhaitait vendre. Apparemment, il y avait d’autres personnes intéressées. J’ai tout de suite contacté mon avocat, Me Christian Luscher, pour lui indiquer que j’avais le montant nécessaire, mais qu’il me fallait désormais les actions. L’enjeu était alors d’obtenir ces actions pour un franc symbolique, que M.Pishyar abandonne toutes ses créances et qu’il coupe ses liens contractuels avec le club. Nos avocats ont réglé cela en moins de trois heures.

B : Vous confirmez donc que ces fameux 650 000 francs ont été versés par des banquiers?

HQ : Je vous le confirme effectivement. Ces 650 000 francs ont été versés exclusivement par quelques établissements solidement implantés. Ces derniers ont une vision axée sur le long terme, la stabilité et la confiance. Je pense que, de manière générale, s’ils n’ont pas investi dans des clubs jusqu’à maintenant, c’était sans doute à cause de l’absence de ces valeurs. On ne peut valoriser un soutien que s’il s’inscrit sur plusieurs années.

B : Et depuis lors, le sauvetage du Servette FC absorbe-t-il la totalité de votre temps?

HQ : Non, la supervision du GSHC m’occupe aussi. Même si l’urgence liée au sauvetage me prend beaucoup plus de temps. C’est une situation exceptionnelle de restructuration à très court terme, avec une remise à jour complète de la comptabilité.

B En somme, à l’heure actuelle, vous dirigez trois entreprises? La vôtre, Continental Capital Markets, GSHC et Servette FC?

HQ : C’est l’associé avec qui j’ai cofondé Continental Capital Markets qui se charge de sa gestion opérationnelle. Concernant le GSHC, je délègue aux directeurs administratif et sportif. Mon but est d’exercer un vrai rôle de président: avoir la vision, appliquer certaines valeurs, puis soutenir le club. Ce que j’apporte dans l’opérationnel ne doit être que la cerise sur le gâteau. A terme, ce sera la même chose pour le Servette FC.

B : Depuis votre arrivée, combien d’argent avez-vous récolté? Il y a eu les 650 000 francs du début, puis environ un million grâce à diverses opérations (abonnements spéciaux, Servetton, mur virtuel de briques, merchandising, etc.).

HQ : Je n’ai pas les derniers chiffres. Mais je pense que, sans compter les 650 000 francs du début, nous sommes au-delà du million. En particulier grâce au mécène, Jean-Marie Fleury (le fondateur et copropriétaire du GHI, ndlr), qui nous a donné 500 000 francs. Avec nos autres opérations, notre volonté est d’impliquer toutes les couches de la population, des retraités aux plus fortunés.

B : Etes-vous surpris par l’élan de solidarité?

HQ : Je ne suis dans le sport professionnel que depuis six ans, avant cela j’étais très pris par les activités de l’entreprise que j’ai créée. Mais je dois dire que je n’avais pas réalisé à quel point le Servette FC est important pour toute la région. Je peux établir un parallèle avec les Canadiens de Montréal qui sont une vraie institution et qui ont gagné une vingtaine de Coupe Stanley. C’est en fait la même chose pour le Servette FC, qui a remporté dix-sept fois le titre.

B : Ce que vous avez réussi à construire avec le GSHC vous aide-t-il pour gagner la confiance de vos interlocuteurs?

HQ : Quand je suis arrivé à Genève, le GSHC n’y avait ni partenaire banque ni partenaire horloger. Certains apportaient un soutien tout en voulant rester anonymes afin de ne pas être associés avec quelque chose de potentiellement très volatile. La plupart des investisseurs sont habitués à la gestion des risques et cherchent justement à les éviter. Pour moi, les deux chiffres les plus importants sont: le fait que les comptes soient équilibrés et l’évolution du budget sportif (9 millions pour le GSHC, ndlr), à la hausse ou à la baisse. C’est le signal qu’attend le supporter. Nous avons prouvé que même avec un petit budget, nous pouvions performer.

B : Quel est le budget actuel du Servette FC?

HQ : Je ne le sais pas encore exactement. Je dois encore décortiquer la comptabilité parce que les sommes dévolues à la relève ont été mélangées avec les montants de la première équipe et avec les coûts du stade.

B : Etes-vous capable aujourd’hui de savoir combien il faut d’argent pour pouvoir finir la saison?

HQ J’espère connaître ce chiffre d’ici à une à deux semaines. Nous l’avons estimé entre 5 et 10 millions de francs, juste pour nettoyer complètement le bilan au 30 juin 2012, sans prendre en compte la saison prochaine.

B Comment comptez-vous vous y prendre pour réunir cette somme?

HQ : Ma priorité, aujourd’hui, c’est de sauver le club. Et ma deuxième priorité, c’est de le faire de la manière la plus intéressante pour le club et pour moi-même, vu que je suis propriétaire aujourd’hui. Je n’écarte encore aucune option. J’ai des gens qui veulent reprendre le club, d’autres qui veulent investir dedans personnellement de façon majoritaire ou minoritaire. Il y a même des sociétés de private equity qui m’ont contacté. Certains clubs de soutien proposent que les actions du club soient mises dans les mains du public, comme à Barcelone.

B : Mais quelle option a votre préférence? Souhaitez-vous garder le contrôle?

HQ En général, tout le monde préfère garder une majorité de contrôle. Aujourd’hui, j’essaie de rencontrer un maximum de personnes pour voir qui est ou non sérieux, et quelles sont les conditions proposées. C’est un processus très intéressant parce que l’on voit tout et n’importe quoi.

B : Pourriez-vous envisager de rebaptiser le stade du nom d’un important sponsor, comme Arsenal l’a fait avec Emirates en échange d’une somme de 130 millions de francs?

HQ : Nous allons aussi étudier cette piste, bien entendu. Mais fondamentalement, il s’agit de boucher le trou et d’assurer le futur. Pour cela, il faut avant tout être fort dans les abonnements, dans la billetterie et dans les produits partenaires (restauration, merchandising). On pourrait se dire: je trouve dix mécènes qui mettent chacun un million par année et on ferme le stade dans lequel ne seraient conviés que nos amis et notre famille. Ce n’est pas mon but. Même s’il y a du mécénat, ma première priorité serait la mise en place de diverses initiatives pour capter tout le soutien populaire.

B : Votre business model s’appuie sur la multiplication des partenariats. Le GSHC participe à une centaine d’événements dans la communauté.

HQ : C’est exact. Nous essayons de créer ainsi une dynamique avec par exemple EFG, Tudor ou Migros. C’est ce genre de démarches qui contribuent à tisser des liens. Ce n’est pas juste donner de l’argent.

B : Le Servette FC étant déjà doté d’un stade moderne, équipé de loges VIP, entre autres, vos démarches devraient être plus simples?

HQ : Oui, effectivement. Un des piliers pour qu’un club rencontre le succès ce sont les infrastructures. C’est pour cela que l’on s’est battus pour les rénovations aux Vernets et à la nouvelle patinoire. C’est vital. Après, il y a aussi la question des personnes. Il faut des managers compétents pour gérer les côtés administratif et sportif du club.

B : Depuis quand êtes-vous l’heureux nouveau propriétaire du Servette FC?

HQ : Cela a été fait le jeudi 8 mars. Par contre, je ne suis devenu formellement le nouveau président qu’une fois que la juge Fabienne Geisinger a annoncé l’octroi d’un délai d’un mois pour assainir le club.

B Vous êtes le seul actionnaire?

HQ : Oui, pour l’instant.

B Ce n’est pas le cas du GSHC où vous êtes en compagnie de Chris McSorley.

HQ : Je ne tiens pas à divulguer les pourcentages, mais je suis copropriétaire avec quelques partenaires. Ce n’est pas très important. Ce qui compte, c’est que les supporters sachent que le club est financièrement sain, bien géré, pour qu’ils puissent se concentrer sur le volet sportif. Tout le monde est curieux et veut savoir qui est propriétaire de telle ou telle société horlogère ou de négoce, mais cela ne sert à rien. Ce qui compte, c’est que la société en question fonctionne bien.

B : Deux semaines après vous être engagé dans cette aventure, éprouvez-vous le moindre regret?

HQ : Non. J’ai dit très clairement que je n’étais pas en position de garantir la solution. Tout ce que je peux garantir, c’est que je vais faire de mon mieux. C’est un processus fascinant. Grâce à cela, cela me pintéressants.ermet de rencontrer des gens très

Liens :

Paru dans Bilan le 28 mars 2012 – Serge Guertchakoff

10 réflexions sur « Hugues Quennec : « notre volonté est d’impliquer toutes les couches de la population, des retraités aux plus fortunés. » »

    1. Certains apportaient un soutien tout en voulant rester anonymes afin de ne pas être associés avec quelque chose de potentiellement très volatile.( cité dans le texte)…Ils attendent pour voir….

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    2. Parce que les banque ne veulent pas prendre le risque de lier leur nom à une structure dont elle ne maitrise pas totalement l’image. Il est en effet risqué de lier son nom un club alors qu’il est impossible d’en prévoir l’impact sur la clientèle.
      La vie d’un club sportif est beaucoup trop volatile, qu’il s’agisse des résultats sportif, du comportement des supporters, de l’impact sur la clientèle de la banque.

      Je pense que les banques dont il est question ici sont des banque privée ou des banquiers privé, donc pas d’actionnaires et moins de compte à rendre ce qui leur permet de participer à la vie du club en le finançant. Mais avant que la démarche soit publique et totalement transparente il faudrait qu’ils soient sur que l’action sera une réussite, que la clientèle partagera ce mécénat sportif, que l’image de la banque n’en sera pas affecté (une banque privée ne cherche pas à être populaire…) etc… Donc il est plus prudent de rester en retrait et de bénéficier de quelques avantages pour les collaborateurs et les clients interessé (loge, rencontre avec le président…)
      En bref il n’est pas dans la culture genevoise (calviniste) et encore moins dans celle des banques ou des banquiers privés de « briller » par le bling bling. Je « soupçonne » la famille Hentsch, historiquement lié au Servette et sincèrement amoureux du club, d’être à l’origine de la démarche. Mais il s’agit vraisemblablement d’un réel soutient et non pas d’un investissement à des fins de retombées publique ou financière…

      Donc BRAVO à ces banquiers à l’origine du sauvetage dont l’anonymat ne fait qu’amplifier l’honorabilité de la démarche. Et leur choix démontre une volonté de faire vivre le SFC pour longtemps car ils se sont adressé à un président sincère loyal, fidèle et intelligent…

      Par contre je suis surpris que cet interview qui répond à beaucoup de question n’ait pas été publié sur le site du sfc… Merci pour le relais…

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      1. +1000. C’est exactement ca.
        D’ailleurs, plusieurs banquiers genevois ont pendant très longtemps soutenu le Sfc, sans jamais lier leur nom ou celui de leur Banque à celui d’un club de football…

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  1. Ahh je sais pas vous mais ce discours me plaît, cela nous change quand même des envolées lyriques de Pishyar ou de la politique à la petite semaine de Vinas même si ce dernier a fait ce qu’il a pu dans le contexte de l’époque,

    A nous supporter de répondre présent dans les tribunes et en coulisses.

    Lundi AU STADE!

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  2. B : Quel est le budget actuel du Servette FC?

    HQ : Je ne le sais pas encore exactement. Je dois encore décortiquer la comptabilité parce que les sommes dévolues à la relève ont été mélangées avec les montants de la première équipe et avec les coûts du stade.

    Ca risque de couter cher a Merdic çà non?…
    Beer appréciera…
    J’ espère juste que ca ne causera pas de soucis en plus au SFC auprès de la ligue et de la justice???!

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  3. LOL, la partie sur les banques me fait marrer/gerber.

    Je paraphrase:

    « les banques ne veulent pas associer leur nom à celui d’un club de foot pour ne pas écorner leur réputation. »

    C’est vrai que la réputation de l’UBS, du CS, de la BCGE, de la Société Générale, de la Baring Brothers, de Meryll Lynch, etc est au beau fixe.

    JAMAIS CES BANQUES N’ONT FAIT DE VAGUES: JAMAIS UNE FAILLITE, JAMAIS DE POTS DE VINS NI DE BLANCHIMENT D’ARGENT, JAMAIS D’EVASION FISCALE, JAMAIS DE BONUS FARAMINEUX MALGRÉ DES PERTES ABYSSALES, Nooooooon JAMAIS….. LOL!!!

    Et puis, « ne pas être associée à quelque chose de très volatile », c’est risible. Les Banques ont toujours tablé sur la volatilité des marchés financiers, et ce au jour le jour. Alors mettre une pub un dimanche sur 2 au stade ça me semble quand même moins « volatile »/risqué que d’investir dans des hedge funds des îles Caïmans ou autres subprimes à la sauce madoff. Parce que si le SFC coule, ou que ça devient la foire grotesque, il est facile pour la banque d’enlever les pubs et de faire un communiqué disant blablabla banque XXXX n’est plus associée avec SFC pour cause de rupture de confiance blablabla. Par contre, pour récupérer l’argent perdu par Kerviel & co, elle font comment?????

    A mon humble avis, ces banques n’ont pas besoin du foot pour écorcher leur belle image et passer pour ces escrocs.

    Mais bon, MERCI quand même pour les sous, sans eux Quennec n’aurait probablement rien pu faire.

    ABE

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