Un pas de fourmi pour Servette. Et des inquiétudes sur le fond (TDG, Lundi 18 février 2013)

Les Grenat s’accrochaient à une victoire chanceuse. Jusqu’à l’égalisation logique de Thoune. La performance laisse dubitatif…

revue de presse

Il faut sans doute se poser la bonne question tout de suite, sans complaisance, sans entretenir de faux espoirs, sans la glose qui redessine parfois les contours d’une réalité apparue bien froide, hier en fin d’après-midi: Servette pourra-t-il se maintenir dans l’élite du football suisse en proposant pareille performance? La réponse est non! A Thoune, après avoir eu le bonheur d’ouvrir le score, presque par accident, les Grenat ont montré des limites alarmantes, durant toute la deuxième période, pour finalement craquer et concéder le nul à dix minutes de la fin. Une part de frustration (dix minutes seulement…), mais qui ne trompe personne: Servette, qui n’a existé que sur de si rares actions de rupture, ne méritait pas plus qu’un point.

Le point du courage

Le point du courage sûrement. On veut dire que cette équipe s’implique dans la mission sauvetage, qu’elle se force à y croire. Mais ce point du nul est aussi celui des limites criantes d’une formation incapable, actuellement, de proposer autre chose qu’une bataille confuse, fût-elle menée avec cœur. Aujourd’hui, le plan de jeu de Servette est le suivant: d’abord ne pas perdre, proposer une résistance compacte et puis, vaguement, sans que cela soit réellement une stratégie, miser sur des occasions de contre, des balles de rupture. Autrement dit: spéculer sur un miracle.

En difficulté

Ce n’est pas un choix de Sébastien Fournier (lire ci-contre) . Juste la réalité des aptitudes actuelles d’une équipe en grande difficulté. Incapacité à prendre le jeu à son compte; manque de percussion offensive tous azimuts, au centre, sur les côtés aussi; tendance chronique à la fébrilité dans tous les secteurs; incapacité à garder le ballon; incapacité à le faire circuler; tendance à reculer, comme hier durant la seconde période – tout cela représente le visage du Servette actuel. Et, au fond, sans se mentir, tous les Servettiens savent que faute d’une métamorphose rapide, pour un horizon dépeuplé de ces chimères, cela ne suffira pas. A Thoune, les Grenat avaient pourtant eu la chance d’ouvrir le score. Une rupture, justement, qui faisait suite à un penalty ignoré par l’arbitre (faute de Mfuyi sur Zuffi, pied en pleine poitrine). Un contre qui permettait à Kouassi d’ajuster un tir repoussé par Faivre vers Tréand, qui ne manquait pas l’aubaine. Une curiosité donc, que ce but inscrit dans ces circonstances. Un bonheur fragile pourtant pour qui ne peut s’en saisir pleinement, faute de moyens. Il y a eu en effet une mi-temps complète, la deuxième, pour s’en persuader: Servette aurait pu, aurait dû montrer plus de caractère. Faire face en restant haut pour se donner des occasions supplémentaires. Il n’y sera parvenu qu’une seule fois, lorsque Vitkieviez et Tréand conjuguaient leurs efforts, le dernier ajustant finalement le petit filet, passant près du 0-2.

Frappe sourde

La suite est connue. Renato Steffen, de loin le meilleur homme sur le terrain, allait s’engouffrer pour une frappe sourde du gauche qui filait sous la latte de Barroca. Pour que Servette réussisse à s’accrocher à sa victoire, il aurait fallu qu’il puisse compter sur 100% de réussite et aussi sur 100% de malchance pour Thoune. Le monde des statistiques n’est pas si manichéen et, dans l’équilibre qui se rétablissait sous l’impulsion de Steffen, il y avait autant de vérité que d’inquiétude pour les Grenat.

«C’est vrai, on a reculé après la pause, soufflait Pont. On n’a pas encore la confiance pour produire du jeu. On sait qu’on doit faire mieux, on sait qu’un point, cela ne suffit peut-être pas. Mais on se bat pour y croire encore et toujours.»

Personne ne minimise le courage d’un groupe exemplaire sur le plan de son engagement. En revanche, pour s’offrir de réelles perspectives de maintien, Servette doit également se montrer capable d’empoigner son destin, de façonner son futur en proposant du jeu. La présence d’Omar Kossoko (spectateur attentif à Thoune) contre Lausanne, samedi prochain, doit y contribuer. De toute façon, Servette n’a plus le choix: pour s’en sortir, il doit gagner.

Or pour gagner, il faut attaquer. Donc pour s’en sortir, Servette doit attaquer. Syllogisme implacable qui se heurte à la dernière question: Servette a-t-il vraiment les moyens de cette ambition-là? Il faudra y répondre dès samedi soir à Genève, et ce sera le lot des Grenat jusqu’à la fin de la saison.

Fournier: «Spéculer ne suffit pas»

Sébastien Fournier, est-ce par choix que Servette ne parvient pas à montrer autre chose, dans le jeu?

Non, ce n’est pas un choix délibéré, je tiens à le préciser. Nous nous entraînons, durant la semaine, pour être capable de produire du jeu, de s’installer dans le camp adverse, de faire circuler la balle. C’est cela le projet, à la base. Mais nous avons de la peine, oui.

Est-ce à dire que le Servette d’aujourd’hui est en dessous des autres équipes, même de Thoune, par exemple?

C’est une bonne question. C’est celle que tout entraîneur se pose en pareilles circonstances. A Barcelone, quand tu établis ton plan de jeu, je suppose que tu ne poses pas trop de questions: tu te dis que tu prends le ballon et que tu imposes ta volonté. Là, avec Servette, c’est différent. Mais nous travaillons dur et je félicite mes joueurs pour cela.

Corollaire à la question précédente: Servette peut-il s’en sortir, se maintenir en Super League, s’il ne parvient pas à montrer rapidement autre chose sur le plan du jeu?

S’il n’y a pas un mieux, alors c’est sans doute compliqué. Il faut mieux maîtriser le ballon, améliorer la circulation. Spéculer sur des ruptures qui pourraient nous offrir une victoire, cela ne suffira pas. Donc c’est sur ce plan qu’il faut travailler.

Kossoko sera à disposition contre Lausanne: peut-il être celui qui va apporter ce qui manque à Servette, même si cela représente beaucoup de responsabilités pour un jeune joueur de 24 ans qui n’a pas joué depuis plus de six mois?

C’est beaucoup de responsabilité pour lui, oui. J’espère simplement qu’il pourra nous aider et que nous progresserons aussi. Nous ne baisserons pas les bras.

Thoune – Servette1-1 (0-1)

Arena de Thoune,  4477 spectateurs.

Arbitre: M. Pache.

Buts: 38e Tréand 0-1; 81e Steffen 1-1.

Thoune: Faivre; Lüthi, Reinmann, Ghezal (53e Schindelholz), Schirinzi; Zuffi; Steffen, Bättig (65e Sadik), Demiri, Wittwer (75e Salamand); M. Schneuwly.

Servette:  Barroca; Routis, Schneider, Mfuyi, Rüfli; Pont; Vitkieviez (86e Karanovic), De Azevedo, Kouassi, Tréand (92e Schlauri); Eudis (69e Lang).

Avertissements: 29e De Azevedo (antijeu), 60e Rüfli (jeu dur), 93e Karanovic (simulation de penalty).

Daniel Visentini Thoune

23 réflexions sur « Un pas de fourmi pour Servette. Et des inquiétudes sur le fond (TDG, Lundi 18 février 2013) »

    1. je trouve que visentini de la TDG est excellent dans ses commentaires et analyses. je crois qu’il aime SFC, lorsqu’il écrit des choses négatives, c’est car il doit être objectif et ses critiques sont constructives.

      J’aime

  1. J’ai vu le match à la TV.
    Si Servette joue comme ça, sûrement sera relégué. Le jeu est trop prévisible et trop lent; il n’ y a jamais une accélération. Le magnifique but de Steffen est en tout cas facilité par Kouassi (grand match le sien, mais avant le tir de Steffen il s’est presqu’arrêté). On joue avec de la peur (de gagner? ou de perdre?). Il y a eu des difficultés contre Nyon et Fribourg, on ne peut pas imaginer d’aller créer de gros problèmes aux équipes de SL. Même en CL serait très difficile à ce moment!
    Allez Servette tout de même

    J’aime

  2. Et si ce brave HQ avait le même plan que Pyshiar? rester en Challenge league pour profiter du stade? Une équipe au rabais, mais du terrain pour construire un bel immeuble de bureau derrière le stade!

    On peut effectivement se poser la question, un président qui aime le hockey (qui lui coûte cher), et qui se fait « offrir » un club de foot à coup de millions par les seuls riches genevois qui aiment ce club. HQ a tout à gagner, quoi qu’il arrive.
    D’autant que ce brave HQ, n’a, ne voudra et ne pourra, jamais mettre d’argent dans le SFC. On comprend mieux l’éviction des autres candidats à la reprise et sa sérénité.

    Ayant mis de l’argent dans le mur de la solidarité, je trouverai normal une transparence des comptes du club. Avons nous toujours ces 8 millions de passifs ou ont-ils été comblé par les GHI et autres banquiers privés?

    Le club va-t-il survivre car les calculs sont vite fait : 700’000.- à sortir chaque mois et quelles rentrées ? 2500 payants par match depuis le début de la saison !? Un tournoi en salle bidon qui coûte, un match des stars à 120.- le billet (qui apparemment ne fera pas le plein sans des offres Groupon)…

    Les compétences au niveau « business » du club n’ont pas l’air bien mieux que celle du terrain. Je donnerai toutefois plus de crédit à techniciens du terrain, car faire 12 points en Super League avec des joueurs de 2ème ligue c’est énorme! Je crois que tous les joueurs donnent leur maximum en attendant de quitter cette galère mais peu d’entre eux trouveront un avenir de footballeurs professionnel ailleurs (à part Barocca, kouassi, Diallo, Kara, Lang et d’autres si un autre club engage Arpaad Soos!). D’ailleurs, tous les joueurs cités sont en fin de contrat! Mais lol!

    Je me fais un gros soucis pour un club que je soutiens corps et âme depuis 30 ans et j’ai de plus en plus de mal avec les financiers du football.

    Pour conclure, je viendrai contre Lausanne en espérant que le sport que j’aime soit sur le terrain, et qu’on y voit pas un match de hockey (Lausanne en power play à 5 contre 3!), mais je ne me fait plus d’illusion… Quennec est un fossoyeur!

    J’aime

    1. Descendre en Challenge league pour profiter du stade? Je n’y crois pas, c’est d’ailleurs antagoniste. Ce stade est déjà trop grand en Super League ! Donc ce n’est pas viable compte tenu des coûts qui ont été cités, pas satisfaisant pour les supporters et pour l’entourage du club (anciens joueurs, sponsors, etc), et probablement c’est meséstimer Quennec et ses ambitions.

      Les années actuelles sont difficiles, ceux qui n’ont pas compris n’ont pas bien intégré la situation du club. La première de ces années est en train de se terminer. Il y a en aura d’autres…

      Ce qui malheureusement pourra être une vérité difficile (i.e. une obligation) à court-terme n’est, je pense, pas un plan à moyen terme.

      Pourtant des erreurs il y en a bien eues (spécialement au niveau sportif, mais aussi au niveau communication), de là à tourner ça en complot général, il y a pas que je ne franchirai pas.

      J’aime

      1. Me demande bien qui pourrait en trouver l’année prochaine avec des préstations pareil ! Kouassi sur le match de hier, mais à ce niveau il faut de la constance….

        J’aime

    2. Tant que notre président garde son silence de carpe,
      toutes les hypothèses sont possible hélas.A quand
      un interview vérité de notre cher président dans les
      EDS,

      J’aime

    1. Ce qui m’inquiète le plus, c’est la saison prochaine.

      On a manifestement plus de chances d’être en Challenge league l’année prochaine qu’en Super league mais il y a également un autre souci peut-être tout aussi important.

      En sachant que nos meilleurs joueurs arrivent en fin de contrat en juin (notamment Kouassi, Vitki, Karanovic, Rufli), je me pose des questions sur le futur effectif.

      Si on n’avait pas d’argent cette année, comment pouvons-nous espérer en avoir la saison prochaine et ce, vraisemblablement en Challenge league?

      Selon moi, sans joueurs de qualité, peu de spectateurs, peu de sponsors et/ou d’investisseurs.

      J’aime

      1. C’est bien là le danger Wysslard… un club relégué voit disparaitre ses meilleurs éléments et ses sponsors. La suite, on la connait, c’est une nouvelle relégation jusqu’a trouver un niveau de stabilité pour repartir avec les jeunes joueurs du club… et remonter petit à petit.
        J’espère qu’on ira pas jusque là, mais on est e tout cas sur la « bonne » voie 😦

        J’aime

    1. En espérant ne pas voir un drapeau vaudois se planter sur la pelouse a la fin du match, ça nous pend au nez si on joue le même jeu que dimanche

      J’aime

  3. Quand M. Visentivoisrien parle de penalty non sifflé, il oublie de dire que dix secondes plus tôt, Barroca se fait charger par un Thounois et que par conséquence, il n aurait pas pu/du avoir péno. Que ce journaliste arrête de bouffer des chips pendant le match, il ne peut pas faire deux choses en même temps.

    J’aime

  4. Lucerne (9eme) jouera à St-Gall sans Zibung mais avec son gardien remplaçant qui fera sa première rentrée comme titulaire en Super League… J’essaie de trouver les bonnes nouvelles……….

    J’aime

  5. eh du calme, on met une bramlée aux VD, et on poursuit le printemps genevois, comme d hab, ona toujours été irresistibles au printemprs, alors ? y pas de raison que ça change, non ?

    J’aime

Répondre à obradovic Annuler la réponse.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.