Un Julian Esteban pétillant ne vendange pas devant le but du Lausanne-Sports !

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On le pressentait comme le grand cru de la décennie, mais il ne parviendra finalement pas à prendre de la bouteille et boira malheureusement le calice jusqu’à la lie en enchainant les blessures. Contrairement au bon vin, la valeur n’attend pas le nombre des années…

Durant près de cinq ans, le derby AOC entre les rivaux lémaniques n’avait pas eu lieu. Victimes d’avanies diverses, les deux vénérables formations avaient entamé une rude traversée de la soif dans les ligues inférieures et c’est à l’enseigne de la Challenge League qu’elles se retrouvèrent une douce soirée d’août 2006…

La première saison en Challenge League

Néo-promu en Challenge League, Servette affrontait la saison avec l’effectif juvénile qui avait décroché la première promotion de l’Histoire du club la saison précédente. Les nouveaux joueurs avaient principalement été recrutés sur  place : Matias Vitkieviez  et  Fréderic Besseyre  à Carouge, Sabahattin Yoksuzoglu à UGS et Samir Boughanem à Meyrin. Deux anciens champions de 1999 complétaient l’effectif : Lionel Pizzinat revenu de son périple italien et Eddy Barea en froid avec l’entraineur Blazevic à Xamax. A  l’issue  des  premiers  matchs,  il était évident que les Grenats pouvaient bien soutenir  la comparaison.

Enfin une affiche !

Après la faillite et le purgatoire de la première ligue, c’est manifestement avec un plaisir retrouvé que les convives se pressaient aux caisses du stade avant le coup d’envoi. L’affluence officielle dépasse de peu la barre des 5’000 personnes mais parait sous-évaluée… le club avait d’ailleurs misé sur une moindre affluence provoquant différents soucis organisationnels et logistiques (absence de bière…).

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De nouveau des queues aux caisses ! photo : http://www.maroons.ch

Sur le terrain, les Lausannois pressent très haut et la défense des Grenats est bien souvent empruntée. Julian Esteban, nullement émoussé par sa sortie danoise avec l’équipe de Suisse des moins de 21 ans, place quelques banderilles mais dès le quart d’heure de jeu, les visiteurs ont nettement l’emprise sur le jeu. Léonard Thurre, premier buteur de l’Histoire du Stade de la Praille, fait preuve d’une incroyable maladresse à la pointe de l’attaque vaudoise mais ses coéquipiers se chargent de marquer les buts : l’infortuné Marques s’incline à deux reprises en l’espace de quelques minutes.

Le réveil  

Le coach servettien Jean-Michel Aeby décide alors de modifier ses batteries en introduisant Boughanem pour Yoksuzoglu et fait monter Vitkieviez d’un cran, afin de resserrer les lignes et de donner un peu d’aide à Londono dans son travail de récupération de ballon. Un certain Eudis aggrave encore le score en faveur des Vaudois mais Servette reprend du poil de la bête en marquant dans la foulée sur un corner d’Esteban imparablement repris de la tête par Vitkieviez. Quelques minutes plus tard, c’est du côté droit qu’Esteban adresse un centre parfait pour la tête de Vitkieviez : le ballon, avec un brin de chance, finit au fond des filets. Le match est relancé.

 Servette enfonce le clou

La deuxième période démarre sur les chapeaux de roue et Servette est clairement dominateur. Sur un ballon récupéré dans le camp lausannois par Vitkieviez, Chedly adresse un centre au cordeau pour une somptueuse reprise de volée de Julian Esteban. Servette avait réussi l’exploit de combler un déficit de trois buts ! Les Grenats veulent alors à tout prix forcer la décision mais les Lausannois retardent l’échéance jusqu’à ce qu’un mouvement amorcé par Vitkieviez permette à Esteban de centrer au deuxième poteau pour Chedly qui contrôle et recentre dans la foulée. Esteban brûle alors la politesse à Miéville et donne pour la première fois de la soirée l’avantage à ses couleurs.

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La joie du double buteur Julian Esteban

Avec beaucoup de coeur et d’abnégation, les Servettiens d’Aeby et de Fournier avaient prouvé à tous que ce Servette-là était d’un excellent tabac ! Fort de ce succès, Servette pointe alors au sixième rang alors que Julian Esteban conforte sa première place au classement des buteurs (5 matchs/7buts).

L’annonce de jours meilleurs ?

Avec cette victoire de prestige, les Servettiens avaient ouvert l’appétit de leur public… Avec le joyau Esteban en pointe, on est en droit de rêver… On se demande si le duo Viñas/Fournier parviendra à retenir celui qui fait déjà l’objet de bien des convoitises et auquel un avenir en équipe nationale semble promis. La semaine suivante, Servette s’écroule à Chiasso (4:0), la suite sera dans la même veine : aux victoires à domicile succèdent des défaites à l’extérieur et Esteban marque beaucoup de buts…

Au revoir Julian !

Lorsque arrive la pause hivernale, la route des vins que le jeune prodige souhaitait emprunter vers l’Estrémadure ou la Rioja bifurque vers l’austère pays du cidre : Esteban se retrouve au Stade Rennais à l’instar de plusieurs anciens Servettiens auparavant (Grassi, Ohrel et Alex Frei). La réputation formatrice du club de la route de Lorient n’étant plus à faire, on spécule déjà sur un retour d’Esteban sur les pelouses suisses à l’occasion de l’Euro 2008… Le montant du transfert n’est pas révélé mais le président Viñas  fera l’objet de critiques ici ou là pour ne pas avoir investi les „millions“ qu’il est censé avoir rapportés dans de nouveaux joueurs mais plutôt dans le centre de formation. On attend  toujours beaucoup de Servette mais malgré ce mécontentement grandissant,  Francisco Viñas continue sa politique des petits pas. Pour remplacer Esteban, Patrick-Alphonse Bengondo est  prêté par le FC Winterthour. Servette finit 7ème, loin devant Lausanne mais loin derrière le promu Xamax.

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Avec le maillot des U21, en attendant mieux !

Pépins, pépins…

En Bretagne, toute la classe de Julian Esteban ne lui permet pas de s’imposer : miné par des problèmes physiques, il n’est pas retenu pour l’EURO 2008 et est finalement prêté à Servette durant l’été 2009. Un an plus tard, il résilie son contrat avec le Stade Rennais pour se lier avec le Servette FC. Désireux d’évoluer dans un milieu où il se sent bien pour reprendre confiance, il inscrit une dizaine de buts et en offre autant à ses coéquipiers, un bilan bien maigre en comparaison des espoirs entrevus… Il inscrit son dernier but d’une lumineuse reprise de volée contre Lucerne, le jour du match de la résurrection après la quasi-faillite orchestrée par Majid Pishyar. Les blessures succèdent toujours aux blessures. A l’été 2012, il tente un ultime baroud avec une préparation physique individualisée renforcée pour que son corps tienne puis jette l’éponge quelques mois plus tard.

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Une détermination mise à mal par des blessures incessantes…

Avec sa facilité naturelle, son aisance dans les dribbles et la couverture de balle, ces gestes techniques racés mais aussi ce soupçon de nonchalance, d’indolence de jeune premier trop vite placé sous les feux de la rampe, Esteban avait le don de provoquer chez le spectateur dans la même seconde des sentiments contradictoires d’adulation et de fureur. A défaut de pouvoir évoquer la grande carrière qui lui tendait les bras, pourquoi ne pas se replonger dans le sensationnel retournement de situation qu’il avait rendu possible en donnant au derby lémanique son caractère toujours particulier ?

http://www.rts.ch/video/sport/sport-derniere/461656-football-challenge-league-servette-renverse-la-vapeur-contre-lausanne-sport-4-3.html

Jacky Pasteur et Germinal Walaschek

Dernière chronique : Le match qui aurait pu être le dernier…

7 réflexions sur « Un Julian Esteban pétillant ne vendange pas devant le but du Lausanne-Sports ! »

  1. Dommage, Esteban avait l’étoffe d’un grand… Cependant tout a été écrit et redit sur ce sujet… Tous au stade samedi pour le derby du Lac de Genève 😎

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