Une relégation sans un pli (seconde partie)

Super-Servette et EDS copie

Suite et fin de notre mortifiant retour sur la saison écoulée avec des giboulées de loupiotes d’espoir entrecoupées de coups de massue puis une issue avec un drame finalement joué d’avance…

La révérence d’Esteban

Pour le second tour, Jean-Michel Aeby (champion en 1994), assistera Sébastien Fournier, Braizat retourne à ses juniors. Miné par les blessures à répétition, Julian Esteban met un terme à sa carrière en dépit de son immense talent. A son sujet, les fans sont loin d’être unanimes : si certains ne voyaient dans sa présence dans l’effectif servettien qu’un gaspillage d’argent, de nombreux autres regrettent sa grande classe dont il n’avait malheureusement que rarement pu faire étalage. Un diamant rare, disparu sitôt entrevu… Passons sur les rumeurs persistantes concernant son hygiène de vie indigne d’un professionnel, le fait est que les fans servettiens ont toujours eu un faible pour les « génies fous ». Kevin Mbabu, du haut de ses 24 minutes disputées contre Lausanne, s’en va à Newcastle United. Le capitaine de l’équipe suisse des moins de 18 ans sera jeté dans le grand bain de la Premier League ! Il s’est engagé pour trois ans, la somme du transfert n’est pas communiquée mais Quennec reconnaitra plus tard qu’elle aurait dû être plus élevée. Pour le second tour, la mission servettienne se nomme maintien. Servette n’a encore jamais été relégué sportivement ! Cela doit rester ainsi ! Hugh Quennec promet un peu hâtivement deux joueurs renommé et expérimenté de Super League. L’attente est grande !

Une préparation qui ne rassure personne

Matias Vitkieviez revient de YB, en prêt jusqu’à la fin de la saison. Sera-t-il en mesure de significativement élever le niveau de l’équipe ? Plusieurs fans sont déçus.  Servette est la première équipe de Super League à reprendre l’entrainement. Avant de partir en camp à Side (Turquie), les Grenats remportent le Genève Indoors. Ce tournoi est une bonne chose mais a désormais une envergure purement régionale alors qu’il accueillait autrefois l’AS Monaco, Bordeaux ou le Bayern Munich. Cette année, ce sont des victoires contre US Terre Sainte et Etoile Carouge qui ont ouvert la voie pour le succès final. En Turquie, les conditions de travail sont excellentes. Les matchs d’entrainement contre Ufa (1:2), CSKA Sofia (1:1) et Bellinzone (1:3) ne débouchent sur aucune victoire. De retour en Suisse, les Grenats sont accrochés par le Stade Nyonnais (1:1) puis s’inclinent 1:0 contre Fribourg qui se débat dans la zone rouge de première ligue… Ce ne sont certes que des matchs amicaux, mais on aurait pu imaginer mieux pour renforcer la confiance en vue du maintien…  Le Français  Omar Kossoko, ancien Auxerrois, participe à toute la préparation, il n’y a en principe plus que quelques détails à régler… puis il part participer à un test de Crystal Palace en Angleterre. Un match amical contre Etoile Carouge apporte enfin une victoire (4:2).

Le SFC s’accroche…

La reprise s’annonce corsée : le dernier reçoit le premier. Servette et GC se neutralisent dans un match sans relief. Le leader déçoit mais marque peu avant le terme. Dommage ! La Tribune de Genève annonce alors l’arrivé de l’international gabonais Eric Mouloungui. La visite médicale le recale et dans la foulée le club annonce l’engagement … d’Omar Kossoko. Folklorique ballet d’allers-retours fleurant bon l’amateurisme et le bricolage. Ce joueur de 24 ans était sans club depuis un sulfureux départ d’Auxerre. Ceux qui espéraient des renforts plus conséquents ont beau jeu de pointer son manque de compétition. Pour l’importante partie à Thoune, il n’est pas encore qualifié. Un but de Tréand permet aux Servettiens de longtemps croire à la victoire puis les Oberlandais égalisent peu avant le terme d’un missile qui laisse Barroca impuissant et prive les Grenats de deux points supplémentaires qui auraient fait le plus grand bien. On ne peut à nouveau que déplorer le fait que l’équipe ait craqué dans les ultimes minutes. Les fans qui ont fait le déplacement ne sont pas bien nombreux. Une courageuse prestation dans le derby lémanique permet de décrocher trois points capitaux dans la lutte contre la relégation. Les Grenats dominent durant tout le match des Vaudois arc-boutés en défense mais la victoire n’est acquise que de justesse, sur un tir de Vitkieviez en toute fin de match. Seuls 4200 spectateurs, dont une belle brochette d’anciennes légendes du club, ont souhaité voir ce derby par une température de -5°. L’espoir renaît ainsi quelque peu.

… puis piétine à domicile

La venue des Savoyards de l’ETG à la Praille est à nouveau sur le tapis. Michel Platini, président de l’UEFA, y met à nouveau son veto. La Praille reste provisoirement la chasse gardée du SFC et de la Nati, reste à savoir dans combien de temps le débat ressurgira… La Section Grenat, qui s’était estimé flouée par la direction du SFC dans un litige concernant des interdictions de stade, trouve un terrain d’entente avec le club et décide de reprendre les encouragements à domicile, ce ne sera pas de trop ! Une semaine plus tard, le FC Bâle est l’hôte de la Praille. La rencontre est équilibrée mais, comme de coutume, ce sont bien entendu les Rhénans qui empochent la totalité de l’enjeu (1:2). Pour sa seconde apparition, Omar Kossoko est expulsé, conséquence de deux cartons jaunes pour des délits mineurs. L’arbitre influe ainsi sur le résultat et à la fin c’est Bâle qui gagne, une rengaine bien connue. A Lucerne, l’équipe fait preuve d’une grande combativité et revient avec un point acquis en serrant les dents (1:1). Le « Harlem Shake » à domicile contre un FC Zurich encore invaincu depuis la reprise est à nouveau une belle frustration : les Zurichois dominent certes une grande partie des débats mais ne passe l’épaule qu’à l’utlime minute (1:2). Par retour du courrier, le « joker » Tibert Pont remet les pendules à l’heure. L’arbitre Jaccottet siffle… on ne sait pas bien quoi. Le seul motif de consolation est le regain de forme de Karanovic qui marque pour le troisième match consécutif. L’équipe de Sébastien Fournier évolue de façon plus compacte qu’au premier tour, quelques joueurs semblent en progrès mais au moment décisif, il manque encore bien des qualités… Autrefois, Servette était une garantie d’un football de bonne facture technique. Aujourd’hui, certains joueurs titulaires n’aurait autrefois probablement pas même figuré dans l’équipe réserve… Le spectre de la première relégation sportive du club se matérialise de plus en plus sérieusement pour les fans. Quel calvaire ! Après le magistral sauvetage financier orchestré par Hugh Quennec, il était sacrilège de le critiquer. Après un an à son poste, son panache s’est néanmoins terni aux yeux de beaucoup.

symbole SFC
Tout un symbole…

La talonnade de Matis

Fin mars, l’Italie et le Brésil disputent un match amical à la Praille. Le sélectionneur  brésilien Luiz Felipe Scolari permet à Eudis et De Azevedo de s’entraîner plusieurs fois avec la Seleção.  Cela leur redonnera-t-il du coeur à l’ouvrage ? Contre Sion déjà ? Sur la route de Tourbillon, le bus de l’équipe reste coincé trois heures dans les embouteillages de l’A9 provoqués par un carambolage entre Lausanne et Vevey. Un épisode  sans conséquences : un SFC combattif arrache un point aux Valaisans. Le Brésilien Leo avait ouvert la marque pour les protégés de Gattuso mais Servette avait ensuite pu refaire surface, profitant de l’expulsion d’Adailton pour égaliser de façon méritée par l’entremise de De Azevedo. Les 30 minutes de supériorité numérique ne débouchent pas sur une victoire, par manque de prise de risques ? Seules des victoires paveront la route du maintien. Les Servettiens en décrochent une le dimanche suivant au Stade de Suisse. YB rate des montagnes dans les vingt premières minutes puis laisse son jeu s’effilocher. En début de seconde mi-temps, Vitkieviez se rappelle au bon souvenir de Martin Rueda (licencié à l’issue du match !) d’une somptueuse talonnade puis Karanovic augmente l’avance servetienne. Lucerne n’est plus qu’à deux points !

Deux défaites qui font mal

Avant d’accueillir Saint-Gall, Sébastien Fournier prolonge son contrat d’une saison, il veut donner un signal pour l’avenir. A noter que 16 (!) autres contrats sont par ailleurs sur le point d’arriver à échéance. Kouassi est annoncé partant en France, une issue à la fois regrettable et compréhensible au vu de son talent. L’entame du match contre Saint-Gall, surprenant outsider pour le titre, est pitoyable. Dès la troisième minute, une puissante tête de Besle curieusement esseulé à cinq mètres de buts servettiens finit dans les filets. La passivité de Mfuyi et Diallo est coupable. A la  6ème minute la défense joue à nouveau avec le feu, Wüthrich centre, Diallo et Barroca mal inspirés ne se comprennent pas, le match est plié. Pour la petite histoire, les Brodeurs l’emportent souverainement (1:3). Vitkieviez est blessé, c’est en son absence que tout son influx sur l’attelage grenat devient visible. Cette troisième défaite de suite à domicile est de bien mauvais augure à l’aube des neuf dernières parties. Handicap supplémentaire dans la course au maintien : joueurs et fournisseurs n’ont toujours pas été payés. Quennec, tout en balayant les rumeurs de faillite, évoque des problèmes de liquidités. A suivre… Dans les jours qui suivent, le départ de Raphael Wicky pour Bâle où il coachera les moins de 18 ans est rendu poublic. Est-ce une perte ? S’il n’a jamais marqué pour Servette, il possède néanmoins des compétences footballistiques Sur les bords du Rhin, une armada de coachs encadre les jeunes pousses. A Genève, tout le mouvement junior repose sur quelques épaules. Un contraste de plus. Au Letzigrund contre Zurich, Moubandje retrouve sa place dans le onze de départ après une longue blessure. Pour la défense, son retour pourrait apporter une stabilité bienvenue, par contre, Barroca est blessé. Résultat des courses : une leçon de réalisme offensif, le FCZ l’emporte  4:0 ! Une tête d’Eudis avait heurté la latte en tout début de match, une nouvelle fois la chance ne sourit pas aux Grenats. Kossoko est à nouveau blessé. Bien des symptômes d’un relégué en puissance sont patents. L’équipe part-elle à la dérive ? Saura-t-elle encore une fois se reprendre ?

Intermède

Dans ce contexte plutôt déprimant est publié un livre sur l’Histoire du club (Un peu d’Histoire…). Le moment peut sembler mal choisi mais l’ouvrage reste un must pour les fans grenat. La confrontation avec la troupe de mercenaires achetée par Christian Constantin tombe à l’eau. Le gazon de la Praille n’absorbe pas la pluie, conséquence de l’abandon dans lequel il avait été laissé sous l’ère Pishyar. Un deuil : Pierre Pleimelding s’en va à l’âge de 60 ans. Il avait évolué en grenat au cours de la saison 1981/82. Avec son look à la Michel Polnareff, « Ploum » avait acquis des sympathies pour Servette dans toute la Suisse. RIP. En première instance, la SFL refuse la licence au SFC pour la saison à venir, des critères financiers ne sont pas encore remplis. Il y a bien matière à se lamenter. Un signal positif provient du gardien portugais João Barroca qui prolonge son contrat quelle que soit la future catégorie de jeu des Grenats. Il avait fait preuve de constance durant toute la saison, on ne peut pas lui jeter la pierre si Servette aligne la défense la plus perméable de SL.

Battre Thoune ou mourir…

Au Letzigrund, Servette affronte alors de façon disciplinée et compacte une équipe de GC en nette baisse de régime. La partie est affligeante : aucune équipe ne se ménage de réelle chance de but, puis les Sauterelles marquent deux buts surgis de nulle part durant le temps additionnel. Un nouveau coup d’épée dans l’eau…  Les Zurichois sont finalistes de la Coupe et encore en selle pour le titre devant… 4’000 personnes. Ce soir-là, il n’y eut guère que l’arbitre pour faire bonne figure. Comme promis, Quennec verse alors les salaires de mars et avril, apparemment dépanné par le bienveillant sponsor maillot GHI. Contre leur bête noir du FC Thoune, les Servettiens sont dos au mur : tout autre résultat qu’une victoire sonnerait le glas des derniers espoirs. Sur un terrain glissant, Servette dispose de 2:0 des redoutables  Oberlandais affaiblis par de nombreuses blessures. Un jour à marquer d’une pierre blanche : pour la première fois en quatre ans, Xavier Langlais Kouassi marque à la Praille ! Les rares spectateurs se réjouissent de cette victoire, sentiment oublié depuis bien longtemps… Pour une fois, avec Ruefli, Mfuyi, Kusunga et Moubandje, une défense-type semble avoir été trouvée. Dans l’entrejeu Pasche et Kouassi se battent comme de beaux diables. Avec un match en moins, les Grenats ne sont plus qu’à quatre encablures de la salvatrice neuvième place occupée par Lausanne. Le suspense revient….

Treand et Matis
Vitkieviez et Tréand

L’éternel ballet de l’espoir et de la frustration

Le périlleux déplacement au Parc Saint-Jacques s’avère comme prévu totalement infructueux (2:0). Dans le même temps, Lausanne s’incline à Thoune. Servette rate alors le coche à la maison contre YB : les Bernois ouvrent le score d’emblée avant de baisser le pied peu à peu. Après le thé, Servette jette toutes ses forces dans la bagarre, attaque sans discontinuer. Exactement ce qui avait fait défaut aux fans tout la saison… Il semble parfois qu’il ne reste plus qu’à pousser le ballon dans les filets mais le tableau d’affichage ne bronche pas. La fin du match est tumultueuse, Kossoko, enfin rétabli, ajuste la latte. Servette est décidément trop inoffensif sur les balles arrêtées. Malgré la défaite, le maintien est encore du domaine du possible à quatre rondes de la fin. Le match en retard contre Sion est remporté 4:0 ! Vitkieviez, Tréand et 2x Karanovic sont les buteurs grenats. Le président sédunois Christian Constantin avait affaibli ses propres troupes par des mesures disciplinaires contre une bonne part de l’équipe. Lausanne n’est plus qu’à un point et les deux équipes lémaniques doivent encore s’affronter ! Des espoirs justifiés refont surface, après son départ catastrophique, Servette a enfin recollé au classement. Comme bien souvent, un coup d’assommoir succède aux lueurs d’espoir : très en jambes, Saint-Gall dispose 4:1 de Servettiens sans jus. Moubandje (faute de dernier recours peu évidente) et Mfuyi (stupidité) ne finissent pas le match. Servette, avec la complicité de monsieur Jacottet (encore lui !) creuse ainsi sa propre tombe en affaiblissant sa défense avant le match décisif contre Lausanne. Bien aidés par un David Zibung parti à la chasse aux papillons, les Vaudois avaient obtenu la veille un précieux succès contre Lucerne. Le maintien des Grenats passe désormais par deux victoires !

Le coup de grâce lausannois

La confrontation directe à la Pontaise est un fiasco grenat. Tréand tire sur la latte dans les premières secondes du match puis Lausanne mène déjà 3:0 après 31 minutes. Un sursaut ? Aucune trace… L’équipe n’a ni les qualités de jeu requises ni la condition physique nécessaire pour se faire violence. Dur à avaler pour tous les Grenats. Le dernier match contre Lucerne est une farce (3:4), guère plus de 2000 personnes garnissent la Praille. Après le record de la saison précédente, la moyenne de spectateurs est diaboliquement retombée à 6666 personnes.

Un pas en arrière pour mieux sauter ?

Nombreuses sont les raisons de ce premier désastre sportif, impossible de les énumérer. En souriant aux séraphins tout au long de la saison, Hugh Quennec aura bien entendu polarisé beaucoup de frustration des supporters mais son optimisme foncier, ajouté à son aura malgré tout persistante de sauveur compétent, auront aussi permis que cette relégation, qui n’avait sportivement pas fait un pli, ne fasse pas non plus trop de vagues dans l’opinion. D’aucuns diront même qu’elle était voulue dans le cadre de la reconstruction du club… Cruelle ironie du sort : le département marketing du club avait pondu en début de saison le slogan : TOUJOURS GRENAT – THE FUTURE IS OURS. Reste à panser les plaies et à espérer que ce soit vrai.

Jacky Pasteur et Germinal Walaschek

Première partie de cette chronique : https://enfantsduservette.ch/2013/06/15/une-relegation-sans-un-pli-premiere-partie/

Informations sur le livre « Un peu d’Histoire… », cliquez sur l’image !

Couverture et quatrieme de couv

Une réflexion sur « Une relégation sans un pli (seconde partie) »

  1. Superbement relaté par Germinal encore une fois, malgré la tristesse évidente du contenu. Je retiens notamment « L’éternel ballet de l’espoir et de la frustration » excellemment trouvé pour décrire cette 2e partie de saison où Servette n’a jamais relevé la tête, sans vraiment baissé les bras.

    Je dois dire que je suis convaincu que le facteur psychologique a beaucoup joué dans cette 2e saison de Super League. Surtout dans les mois qui ont suivi l’incroyable fin de saison précédente, où des joueurs avaient déjà tout donné, probablement atteignant trop souvent un miraculeux surrégime. Les erreurs de parcours à tous niveaux (à commencer par la préparation estivale), le mauvais sort symbolisé par ce renoncement de (ou à) Julian Esteban, mais aussi les manques d’expérience du staff comme des joueurs expliquent finalement que malgré des tentatives de cravacher derrière les autres cancres de Super League, Servette a dû rendre les armes.
    L’effondrement final à St Gall puis dans ce dramatique match de la Pontaise voire même dans les dernières minutes de l’ultime rencontre face à Lucerne a, il me semble, encore prouvé que le ressort était totalement fatigué. Ce qui justifie sûrement qu’il faille aujourd’hui un peu forcer la fin de cycle.

    Mais je crois aussi que cette équipe avait un esprit collectif construit du temps d’Alves en Challenge League, avec des joueurs volontaires et qui savaient d’où ils venaient, des gars bien -je crois-, quasiment tous.

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