TDG (Lundi 29 Juillet 2013): Constat d’échec pour Servette, sans idées et sans solutions

revue de presse

Face à un très modeste Locarno, les Grenat n’ont pas pu faire mieux qu’un triste 0 à 0. Le chantier est immense

D’abord, le dépit. L’idée lourde d’un chemin pénible, compliqué, emprunté par un groupe qui ne sait pas trop comment s’y prendre. L’orage qui a accompagné les Servettiens en seconde période n’a pas couvert les sifflets d’un public désarçonné, presque désabusé, déjà. Servette, néo-relégué, fait sans doute partie des équipes qui doivent jouer le haut du classement cette saison. Mais il le doit davantage à son nom qu’à ce qu’il propose sur le terrain. Après un 0-0 sans relief face à un Locarno poussif, le doute n’est plus permis: ce n’est pas comme cela que Servette pourra être ambitieux, encore moins viser la promotion.

En fait, c’est dans cette incapacité à faire la différence que Servette a cultivé les plus grandes frustrations. Articulés en 4-4-1-1, les Grenat ont bien sûr copieusement dominé Locarno. Bien sûr parce que dans le 4-4-2 hermétique et très défensif des Tessinois, il y avait cet abandon du ballon à l’adversaire. Et c’est paradoxalement de cet abandon-là que sont nés les problèmes servettiens.

Grenat démunis

Ce n’est pas tout d’afficher une possession de balle à la Barcelone durant les vingt premières minutes, encore faut-il pouvoir, comme les Catalans, avoir la capacité de perforer l’arrière-garde adverse. C’est dans ce domaine, comme contre Vaduz, que les hommes de Fournier se sont retrouvés démunis. Faute de solutions offensives, de mouvement, de fluidité dans le jeu. D’idées, tout simplement. Ce n’est sans doute pas simple de surprendre un groupe compact qui pense à défendre et à tenter sa chance en contre. Mais ce sera le lot des Grenat contre la plupart de leurs adversaires.

Qui plus est face à un Locarno si pâle et fade, le test avait valeur d’enseignement. Le constat est troublant: Servette ne parvient que par intermittence à imprimer du rythme, par la grâce d’une ou deux occasions construites presque par accident, sans qu’un réel projet de jeu cohérent ne se discerne vraiment. Alors oui, Servette a eu des chances de marquer. Plusieurs ballons ont fini dans les seize mètres tessinois, avec plus ou moins de danger pour Pelloni. Moubandje, un éclair, aura même touché la latte sur un tir sournois. Mais ces Grenat sans consistance manquaient singulièrement de tranchant pour mériter la victoire. Et ils ont même frôlé l’accident sur trois chances nettes pour Locarno, dont une sauvée miraculeusement par Barroca.

Penalty manqué

Au début de la seconde mi-temps, quand Regazzi touchait la balle de la main, offrant un penalty inespéré aux Genevois, un murmure a tout de même parcouru l’assistance: il fallait peut-être ce coup de pouce pour que les Grenat prennent une longueur d’avance. Eh bien, même pas! Marinkovic, à l’image de son état de forme actuel, s’est élancé et a trouvé Pelloni sur la trajectoire. Le Serbe, appelé à être la plaque tournante au milieu de terrain, le lien entre la défense et l’attaque, n’a toujours pas trouvé ses marques, loin s’en faut. Il promène son spleen sans trouver la solution. Et beaucoup de Grenat l’imitent. Ceci explique cela.

Hier, Dams et Barroca étaient tout simplement les deux meilleurs joueurs sur le terrain. Le patron de la défense et le gardien: pour un match à domicile contre une formation qui refuse le jeu, on pourrait s’attendre à mieux. Mais Servette n’est tout bonnement pas capable de faire mieux pour le moment. C’est ce constat-là qui est amer. «Nous manquons de volume de jeu, de joueurs capables de faire la différence en un contre un, de technicité, soupirait Fournier. C’est clair: nous avons besoin de plus de qualité si l’on veut être ambitieux.»

Plutôt que de s’étonner, il faudrait peut-être penser à le croire, Fournier. L’entraîneur servettien est surtout lucide, même si cela heurte certaines espérances qui n’ont pas lieu d’être aujourd’hui. Bien sûr qu’avec Bua, Servette possède un jeune plus que prometteur. Mais ce troisième match en tant que titulaire, le milieu de débordement l’a terminé sur les rotules, usé. L’apprentissage professionnel, avec les charges de travail au quotidien, c’est aussi cela.

Servette peut déjà en tirer certaines leçons: beaucoup doivent élever leur niveau de jeu. Et des renforts sont indispensables. Après trois matches, la réalité de Servette ressemble furieusement au grand chantier annoncé dès le début. Si cette confirmation n’est pas forcément réjouissante, elle a au moins le mérite d’être lucide.

Markovic: «On doit se réveiller!»

Il est généreux, Neven Markovic. Dans les duels comme au moment d’analyser la situation. «Je fais partie de ceux qui ont de l’expérience, donc je prends ma part de responsabilité, lance le latéral serbe. Je ne me cherche pas d’excuses. C’est un mauvais jour. Il faut assumer. Il manquait toujours quelque chose, c’est vrai. On n’est pas là pour s’amuser, mais pour remonter en Super League. Sauf que là, ce n’est pas le Servette que l’on veut qui était sur le terrain. Maintenant, à nous de faire le nécessaire pour que Genève ait l’équipe qu’il mérite. On doit se réveiller. Peu importe comment. Moi, j’y crois, sinon je ne serais pas là. Croire, c’est ce qui fait la différence.»

La profession de foi aura besoin de trouver écho dans le vestiaire grenat. Les Servettiens peuvent déjà suivre l’exemple de Dams. Brillant, une nouvelle fois. L’Allemand aussi veut y croire. «Nous manquons encore de sécurité et d’assurance dans notre jeu, expliquait-il. Mais je suis persuadé que cela viendra. Parce qu’à l’entraînement, il y a beaucoup de qualité. Et nous n’arrivons pas à reproduire cela en match. Donc maintenant, il faudrait aussi que nous nous posions tous les bonnes questions. Chaque joueur doit le faire, pour apporter plus.»

Il y a comme un petit malaise. Un malaise de frustration, un sentiment confus que Servette doit dissiper au plus vite. De retour du Venezuela, Loïc Favre, le directeur sportif, mesure bien le problème. Le club a besoin de plusieurs renforts: un milieu capable de réellement faire le jeu, d’éliminer et de passer, de marquer aussi; un numéro 6, un vrai, pour donner du volume et du poids, autrement dit de l’assise; un attaquant de plus, pour épauler Tadic et forcer la décision; un milieu de couloir, voire un défenseur central. Servette ne pourra sûrement pas satisfaire tous ces vœux pieux. Mais des priorités qu’il dégagera maintenant dépend déjà la suite de la saison. Là aussi, tous doivent se poser les bonnes questions…

Servette – Locarno 0-0

Stade de Genève, 2055 spectateurs

Arbitre: M. Fähndrich.

Servette: Barroca; Sauthier (46e Mfuyi), Routis (80e Hempler), Dams, Markovic; Bua, Crettenand, Pasche, Moubandje; Marinkovic (70e Fargues); Tadic.

Locarno: Pelloni; Nimeley, Regazzi, Panizzolo, Monighetti; Bilinovac (88e Osella), Maggetti, Bicvic, Begzadic (80e Idrizi); Hassel, Simunac (71e Pacarizi).

Avertissements: 68e Simunac (jeu dangereux).

Daniel Visentini

7 réflexions sur « TDG (Lundi 29 Juillet 2013): Constat d’échec pour Servette, sans idées et sans solutions »

  1. « …un groupe qui ne sait pas comment s’y prendre. »
    Mais qui donc pourrait bien planifier la direction à prendre? je me le demande…

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  2. Plutôt d’accord avec D Visentini.
    Markovic peut effectivement se remettre en cause, ses imperfections étaient presque choquantes. Autant que le florilège de passes mal ajustées, et des attitudes parfois étonnamment passives, comme celle du capitaine Pasche.

    Dams et Barroca étaient heureusement au rendez-vous, c’est vrai. Routis aussi, quand il fut au côté de l’allemand. Tout comme un vrai n°6 dynamique apporterait un complément à l’assise défensive et des relances plus agressives.

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  3. Seulement 4 joueurs de l’année passée sur le terrain… gros chantier en perspective… il aurait fallu remplacer que les « brels »… les meilleurs sont de nouveau partis (Vitki, kouassi, ruefli quoi qu’on en dise). et on récupère… à voir mais sans avoir vu un match et lu les commentaires… je ne suis pas pressé de rentrer de vacances. Par ailleurs, je vais au match pour voir du spectacle… alors Fournier commence à m’échauffer à faire le frigide… il ne se rend toujours pas compte que la technique année 90 ne paie plus. Aujourd’hui, le foot moderne c’est l’attaque! Et en plus c’est ça que le public veut voir… tous les joueurs sur le terrain sont capable de la mettre au fond… mais pas à 50 mètres du but! Le problème de cette équipe, c’est clairement Fournier !

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    1. Et peut-être aussi les nombreux départs que tu cites très justement, et le fait que seulement 4 joueurs de la saison dernière restent sur le terrain. Il faut ainsi du temps, pour mettre en place un système, créer des automatismes.
      Il faut aussi du temps pour Fournier.
      Oui, il faut plus d’allant offensif, clairement. Plus de spectacle. Mais cela viendra dès que les automatismes seront ancrés, quand le contingent sera finalisé, que els renforts souhaités seront arrivés.
      Patience avant de tout démolir.

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  4. Ce que j’ai vu:

    1) Dans l’ensemble, les qualités individuelles intrinsèques du contingent ne sont pas à mettre en cause

    2) Sur le terrain, toutes les actions sont faites dans l’urgence, la fébrilité et la précipitation: rien est posé, ni maîtrisé, les joueurs ne sont visiblement pas en confiance…

    3) Il n’y a jamais personne pour récupérer les deuxiémes ballons: on est toujours en retard d’une fraction de seconde sur l’adversaire… et là je donne raison à Fournier quand il insiste sur le jeu sans ballon. On dirait que chacun se désintéresse du jeu dès qu’il s’est débarrassé du ballon qu’il a négocié! Peur de prendre des responsabilités?

    Conclusions:

    Un gros travail psychologique et tactique à effectuer pour insufler de la confiance et de la sérénité individuelle et collective au groupe…

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