Les Enfants du Servette


Arnaud Cerutti : « Mes parents m’ont vite emmené au stade. Je venais d’avoir cinq ans à mon premier match aux Charmilles ». by Julian Karembeu
7 juin 2019, 07:00
Filed under: Interviews, Parlons Servette, Saison 2018-19

Durant ce mois de mai, nous avons eu le plaisir d’échanger de longs moments avec Arnaud Cerutti, journaliste bien connu de la place genevoise. Rencontre avec un passionné de son métier, du SFC et fan de tennis!

Les EdS : Bonjour Arnaud ! C’est un plaisir de t’accueillir pour une interview sur les EdS !

Arnaud Cerutti : C’est un plaisir partagé. Merci d’avoir pensé à moi et merci d’avoir relayé mes articles parus sur mon blog.

«J’ai été, si je peux me le permettre, élevé au « grain » du Servette FC»

Les EdS : Aux Enfants du Servette, nous restons attentifs à tout ce qui se passe dans la presse autour du Servette FC et ton blog est très intéressant, comme les articles que tu rédigeais dans la Tribune de Genève… Tu y parles de beaucoup de sports différents, mais avant de parler d’un autre sport passionnant, le tennis, peux-tu tu nous dire quel est ton rapport personnel avec le SFC ?

Arnaud Cerutti : J’ai été, si je peux me le permettre, élevé au « grain » du Servette FC. Pas par mon père, mais par ma mère, une fan de foot et amoureuse du club qui, gamine, allait aux charmilles à pieds avec son papa. Eh oui! Je suis né en 1985 mais j’ai presque «vécu» le titre de 1979 puisque j’en ai eu des récits tout au long de mon enfance. Mes parents m’ont vite emmené au stade. Je venais d’avoir cinq ans à mon premier match aux Charmilles. C’était un SFC-Lugano. Après ont notamment suivi un derby contre le LS, puis un SFC-Lucerne. J’ai par la suite tout suivi, beaucoup aimé Sonny Anderson et Marco Pascolo. Mais mon idole reste Oliver Neuville.

Les EdS : Tu es donc tombé très tôt dans le bain ! Merci maman Cerutti! Etais-tu présent à la Pontaise il y a 20 ans lors du dernier titre du SFC ?

Arnaud Cerutti : Non, hélas. J’avais personne pour m’y emmener sur le moment. J’ai en revanche vécu les finales contre UGS, la finale de Coupe 2001 à Bâle et les deux promotions en SL. 2011 et la dernière, contre lausanne. Je me souviens cependant très bien du 2 juin 1999.

Les EdS : En 1999, tu avais 14 ans. Avais-tu déjà la passion du journalisme en toi ?

Arnaud Cerutti : Oui. J’écrivais déjà des articles sur mon ordinateur. Pour moi… 🙂

«C’était soit boulanger soit journaliste, quand j’étais gamin. Footballeur professionnel j’ai vite compris que c’était grillé»

Les EdS : A quel âge as-tu eu envie d’en faire ton métier ?

Arnaud Cerutti : 12-13 ans. Même plus tôt sans doute. C’était soit boulanger soit journaliste, quand j’étais gamin. Footballeur professionnel j’ai vite compris que c’était grillé 🙂 Dommage pour le football.

Les EdS : Boulanger c’est aussi un beau métier, dur mais avec des odeurs fantastiques ! Tu as donc choisi le journalisme. Quelle fut ta première expérience ?

Arnaud Cerutti : A un moment, je me suis dit que la boulangerie aurait été une erreur vu que les grandes surfaces vendent en nombre désormais. Mais vu que je suis désormais au chômage, j’aurais peut-être dû choisir la première option… Pour en revenir au journalisme, j’ai commencé à Match Mag, en l’an 2000. A 15 ans!!!

Les EdS : Match Mag ! Dans la famille on a toujours été abonné !

Arnaud Cerutti : C’est beau, ces souvenirs.

Les EdS : C’est vrai, cela fait des souvenirs. J’en ai d’ailleurs encore quelques exemplaires dans ma bibliothèque. Début donc précoce qui t’a ensuite amené à la Tribune de Genève…

Arnaud Cerutti : Oui, à partir de 2003. Mon premier papier pour la TG était un Versoix-Onex, en 2e ligue. Avec des joueurs comme Damien Seramondi, Nicolas Moget ou Laurent Goutté sur le terrain.

Les EdS : Tu es toujours resté dans la section sports de la TDG ?

Arnaud Cerutti : J’y ai fait la plupart de mon travail, mais j’ai également collaboré avec la locale Genève et j’ai passé une année à la rubrique Société. J’ai également collaboré avec différents autres médias.

«Personnellement, ce que j’ai toujours préféré, c’était d’aller à la rencontre des gens»

Les EdS : La façon d’aborder les sujets sociaux est-elle très différente de ceux du sport ?

Arnaud Cerutti : Si l’on ne prend pas en compte les compte-rendus de matches, non, je ne trouve pas. Un journaliste, peu importe sa spécialisation, reste un journaliste. Et personnellement, ce que j’ai toujours préféré, c’était d’aller à la rencontre des gens, de cerner des personnages, de mieux apprendre à les connaître. J’ai fait de merveilleuses rencontres.

Les EdS : Tu comprends donc bien le plaisir que l’on peut avoir aux EdS à rencontrer et interviewer des personnes de différents horizons, comme ce soir par exemple. Concernant tes activités à la TDG, tu y étais responsable des sports. Peux-tu nous dire en quoi consistait exactement ton travail ?

Arnaud Cerutti : Je devais gérer une équipe de 7 personnes, organiser la rédaction, donner des impulsions, prévoir les magazines, planifier les sujets, désigner les éléments aptes à couvrir certains sujets, gérer un budget, etc. Ma marge de manœuvre restait cependant réduite. Mon bonheur est d’avoir réussi à m’entendre avec 90% des gens en compagnie desquels j’ai travaillé au fil de mon parcours. Cela n’a pas de prix sachant que personne ne fait l’unanimité.

Les EdS : Quelle était la place du Servette FC sans cette rubrique sport ? Les journalistes avaient-ils beaucoup de marge de manœuvre pour aborder la vie du club quotidiennement ?

Arnaud Cerutti : Il n’y avait globalement qu’un seul journaliste, Daniel Visentini, qui traitait du Servette FC, et ce depuis la nuit des temps, parce qu’il maîtrisait parfaitement le dossier. Cela m’arrivait donc rarement, hélas. Le SFC reste un club phare du canton, mais son passage en 1re Ligue avait un peu repoussé l’attention.

Les EdS : C’est d’ailleurs parce qu’il y a eu un désert médiatique autour du Servette FC que sont nés les Enfants du Servette

Arnaud Cerutti : Je dirais que toute initiative qui peut braquer l’attention sur des clubs historiques est bonne à prendre. Désert médiatique ou pas, les EDS auraient été les bienvenus.

« Federer, tout le monde le sait, est la classe incarnée»

Les EdS : Dans cette rubrique sport, une belle part était accordée au Tennis, notamment à Roger Federer et Stan Wawrinka. Toi qui les a souvent côtoyé, que peux-tu nous dire sur ces deux champions ?

Arnaud Cerutti : J’ai effectivement eu la chance de les côtoyer et de vivre leurs exploits. Je crois même pouvoir dire que Roland-Garros 2015 reste un sacré moment, pour ne pas dire un monument. Federer, tout le monde le sait, est la classe incarnée. Impossible de prétendre le contraire. Il sait tout, voit tout, se souvient de tout. Il a toujours eu des attentions sympas envers moi. Encore lors de l’Open d’Australie 2018, je le croise par hasard au bout d’un couloir et il vient me serrer la main, me demande si j’ai bien voyagé et si j’ai pas trop le « jet-lag ». On a discuté dix minutes, comme deux personnes « normales ». C’était surréaliste. Wawrinka est différent, bien sûr. Mais sympa aussi. Sauf qu’il ne se confie pas beaucoup. Ça reste quelqu’un d’assez réservé. Et c’est peut-être en cela que son parcours est encore plus admirable, parce qu’une fois sur le court, il est une vraie bête de compétition. Immense respect pour lui. Pour en revenir aux deux, j’ajouterais qu’ils m’ont permis de vivre trois semaines complètement dingues fin 2014, entre le Masters de Londres et la Coupe Davis. Avec mon confrère Mathieu Aeschmann (Le Matin), nous étions en permanence en train de suivre leurs performances, puis il y a eu cette fameuse demi-finale du Masters avec le « MirkaGate », puis cette arrivée à Lille avec le dos brisé de Federer. C’était génial à vivre et à raconter.

Les EdS : La classe, la simplicité, l’éducation, c’est de savoir respecter les gens, ses interlocuteurs. Federer, pour toutes ses qualités, est simplement hors-norme ! Ce qui est sûr de, c’est que ces deux monstres nous amènent tellement de joie. Et ce n’est pas Tibert, grand fan de Roger, qui dira le contraire !

Arnaud Cerutti : Non. D’ailleurs, Tibert m’a souvent demandé des nouvelles de RF sur les tournois du Grand Chelem 🙂

Les EdS : Ton parcours à la Tribune de Genève s’est malheureusement arrêté récemment. Le contrôle et presque le monopole de Tamédia semble avoir porté un terrible coup au métier de journaliste en Suisse Romande. C’est également le cas pour la version papier du Matin qui a disparu… Les métiers de la presse sont-ils désormais à mettre en parallèle avec la gestion d’entreprises ?

Arnaud Cerutti : Oui, il s’est arrêté parce que quelqu’un ne m’aimait pas. C’est dommage. Disons que dans ce milieu je pense que plus grand-monde n’est conduit par la passion. C’est malheureux car cela reste un métier magnifique.

«Cesser de prendre le lecteur pour un imbécile est un premier pas»

Les EdS : Justement, comment contrer cet état de fait ? Quelles sont les solutions pour pérenniser un journal, une institution, des emplois ? On pourrait presque faire un parallèle avec les vingt dernières années difficiles du Servette FC ?

Arnaud Cerutti : Très bonnes questions! Si je disposais des solutions, je les aurais données à quelqu’un. Enfin, ma chance est déjà de savoir ce qu’il ne faut pas faire. Cesser de prendre le lecteur pour un imbécile est un premier pas. Malheureusement, dans l’ère actuelle il me paraît compliqué de faire revenir les gens (les jeunes, surtout) vers la presse. Ils sont trop nombreux à ne rien lire, voire à seulement prendre ce qu’on leur donne. Et quand je vois ce que certains leur donnent, c’est effrayant.

Les EdS : C’est sans doute dû au reflet de notre société. Peut-être faut-il plus se spécialiser dans un domaine ou avoir une véritable ligne directrice et éditoriale. Se concentrer sur un marché de niche peut aussi permettre de fidéliser plus facilement des lecteurs… On le voit directement avec notre blog, reste ensuite à trouver des systèmes de financement…

Arnaud Cerutti : Tu as parfaitement raison. Ça ressemble toutefois à un casse-tête. Pour ma part, je suis d’abord à la recherche d’un nouvel emploi plus qu’à tenter de trouver des solutions pour sauver le journalisme :).

Les EdS : Tu t’occupes également depuis plusieurs années de ton propre blog sur la Tribune de Genève : l’œil sportif. (http://loeilsportif.blog.tdg.ch/). Comment et pour quelle raison as-tu commencé cette activité parallèle ?

Arnaud Cerutti : En réalité, je l’ai lancé en tout début d’année. Parce que je n’ai plus d’emploi depuis lors et parce que j’aime toujours écrire. Cela me permet en quelque sorte d’entretenir « ma » flamme. Ces derniers temps, le SFC m’a pas mal inspiré. J’ai notamment discuté avec Bojan Dimic ces derniers jours pour écrire sur le blog.

Les EdS : Effectivement, je viens de voir cet article. La plume est toujours aussi agréable à lire

Arnaud Cerutti : Merci, c’est très sympa. Mais je dirais en l’occurrence qu’ici c’est davantage le sujet (Bojan) que la plume.

Les EdS : Justement, pour un journaliste le sujet est prépondérant. Je sais bien de quoi je parle car c’est la passion du Servette FC qui nous permet de trouver jour après jour des sujets pour nos lecteurs.

«Dans ce métier, je sais ce que je dois aux gens qui m’ont fait confiance à mes débuts»

Les EdS : Y a-t-il une personne, dans ce métier ou dans tes rencontres, qui t’a inspiré plus qu’une autre ?

Arnaud Cerutti : Très bonne question. Dans ce métier, je sais ce que je dois aux gens qui m’ont fait confiance à mes débuts, Claude Crottaz chez MatchMag et Jean-Daniel Sallin à la TG. Après, je suis un lecteur assidu de tout ce qu’écrit Vincent Duluc, une vraie plume comme je n’en connais pas en Suisse. On ne fait pas le même métier que lui… Reste qu’il y a de jolies plumes quand même dans le sport suisse. Je pense notamment à mon ancien collègue Pascal Bornand, à la TG. C’est parfois un régal que de le lire. Ce qui ne gâche rien chez lui, c’est qu’il est humble, contrairement à pas mal de gens dans ce milieu. Idem pour Laurent Favre du Temps. Stéphane Combe, un jeune trentenaire qui vient de quitter Tamedia, a aussi un vrai truc en plus. Sa plume est superbe. Pour le reste, rayon inspiration, j’ai le plus grand respect pour Jacques Ducret, notre maître à tous. Et j’ai énormément de sympathie pour son fils Laurent, un journaliste qui connaît tout sur le foot et le tennis. J’ai la même sympathie pour Pascal Droz, un vrai chic type, avec lequel j’ai eu la chance de passer trois éditions de Wimbledon consécutives. Quelqu’un qui a le cœur sur la main. Un vrai gentil comme il n’en existe que peu. Et je n’oublie pas Pierre Ruetschi qui m’a fait confiance dans les moments difficiles pour la TG.

Les EdS : Quelles sont les personnes au Servette FC avec qui tu as un rapport particulier?

Arnaud Cerutti : Au SFC, j’avoue que j’apprécie beaucoup Bojan Dimic et Lionel Pizzinat. Je suis aussi heureux pour Dani Blanco, l’entraîneur des gardiens, avec lequel j’ai joué il y a quinze ans.

Les EdS : Aujourd’hui Bojan, Lionel et Daniel font partie des forces vives du Servette FC. Quels seront les enjeux pour eux la saison prochaine en Super League ? S’adapter, Progresser et transmettre leur expérience ?

Arnaud Cerutti : Le virage à bien négocier est celui qui vient, avec la construction de l’effectif et du club pour la Super League. C’est une tâche lourde et compliquée, mais le discours tenu par Didier Fischer est assez admirable. Idem pour celui d’Alain Geiger. Tous deux ont les pieds bien ancrés sur terre mais ne s’interdisent pas de rêver un peu. C’est beau et très franchement, on a envie de les suivre. Ce qui n’était pas le cas avec les gestions précédentes. J’aurais d’ailleurs sincèrement rêvé de travailler pour le SFC. Afin de lui rendre en énergie et investissement tout ce qu’il m’a donné en 34 ans en termes d’émotions.

Les EdS : Nous en arrivons à la dernière question ! Arnaud, que peut-on te souhaiter pour le futur ?

Arnaud Cerutti : De garder la santé, ce qui est primordial, aussi pour ma femme et mes enfants. Au-delà de cela, ce serait de pouvoir trouver un emploi. Je suis au chômage et très motivé à travailler à nouveau, dans le journalisme, la communication et/ou le sport, ces branches que je maîtrise le mieux. Voilà ce que vous pouvez me souhaiter en premier lieu. MERCI! 🙂

Les EdS : Ce fut un véritable plaisir de converser avec toi. Bonne chance pour la suite et à bientôt !

Arnaud Cerutti : Merci mille fois. On se tient au courant. Belle route aux EdS!

Les EdS : A toi aussi, merci !

Julian Karembeu


6 commentaires so far
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Ahh Match Mag que de beaux souvenirs…super journal on on pouvait disséquer tous les matchs de LNA et du SFC bien entendu..franchement cela manque sur papier.
Bel article et bonne chance Arnaud pour la suite..

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Commentaire par Karl

C’est vrai que Match Mag c’était un Super journal.

Top Football en est un peu son successeur, avec un dernier numéro consacré à la promotion du SFC…

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Commentaire par Julian Karembeu

Dirigeants grenat, cette personne est libre et rêverait de bosser pour Servette 😉

Aimé par 1 personne

Commentaire par John King

Moi aussi…

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Commentaire par Boardermannn

Hélas la presse écrite s’éteint à petit feu avec la disparition de nos journaux et il n’y a plus beaucoup de pages dans ceux qui survivent. Maintenant….. plus de papier, il y a internet !
J’aime bien vous lire A. Cerutti et suis désolée pour votre départ 😯 de la TdG. Après tant d’années, je sais que c’est très dur. Vous avez du talent, vous allez retrouver un autre emploi.
Après 20 ans de bonheur passés au Journal La Suisse où j’ai eu la chance de côtoyer de nombreux journalistes et personnages connus, j’ai vécu difficilement la faillite. 3 ans pour m’en remettre…. avant de trouver un super job dans le milieu médical.
Tout peut arriver, il ne faut jamais baisser les bras ! La roue tourne comme au SFC. Post tenebras lux.
Good luck…. Arnaud 😘

Aimé par 1 personne

Commentaire par Stanley

Il faudrait l’engager au Servette pour le site internet du club, les magasines des matches, et d’autres écrits…

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Commentaire par Stian




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