Plaidoyer pour un jeu grenat à 2 attaquants

Le Servette de Gourvennec s’était trouvé. La défaite à Yverdon a rebrassé les cartes tactiques, faisant replonger l’équipe dans les mêmes problèmes rencontrés depuis plusieurs saisons…

Un système à deux attaquants

Thomas Haeberli l’aura éprouvé jusqu’à l’usure, ce fameux 4-2-3-1. Ce système qui permet à la selecao brésilienne d’Ancelotti de retrouver des couleurs, malgré une récente défaite contre le Japon, mais qui enlise le Servette dans un jeu qui manque de présence et d’animation en zone 3. Encore, et toujours. Il s’agit d’une question de contexte, de forces en présence, de profils. Le Brésil étant capable d’attaquer à 11.

Gourvennec avait pourtant trouvé la clé très vite. Avait tout compris dès son arrivée, en observant attentivement les problèmes. Son passage en 4-4-2 avait redynamisé le collectif, l’avait équilibré pour mieux l’harmoniser. La victoire à Sion, dans un derby toujours très compliqué pour les Grenat, en était une parfaite illustration.

Tout cela semblait logique. Une équipe qui possède en son sein les deux centreurs les plus prolifiques de la ligue, se doit d’avoir dans la boîte et devant le but, de la présence. Or, ça tombe bien, cette saison le Servette dispose de deux buteurs.

Il a fallu une défaite à Yverdon dans la foulée, synonyme d’élimination en Coupe, ce qui n’est pas rien, pour que tout l’univers grenat s’agite. En vrai, qui, en Suisse, et ce soir-là, aurait gagné contre cette magnifique équipe d’Yverdon?

Pour les supporters, pour les médias, il n’en fallait guère plus pour parler de crise. Et quoi de plus tentant pour le nouvel entraîneur de ressortir ce fameux disque, rayé à force, qui tourne en boucle depuis des saisons (excepté lors du passage-éclair de Weiler) : un attaquant nominal qui recule pour servir de pivot et lancer les actions sur les côtés, pour de multiples centres qu’il ne recevra jamais… Absurdité d’un système inefficace. Qui nourrit cette impression d’un beau jeu mais qui manque de réalisme, de volonté ou de confiance.

Mais pourquoi toujours y revenir? Si Geiger semblait l’appliquer dans une forme de stevanovico-dépendance, Haeberli par l’obligation d’aligner deux demis défensif récupérateurs pour blinder son équipe avec cette peur de perdre constante (faute d’idées tactiques pour aller gagner), Gourvennec y revient, probablement pour des raisons différentes. Ancien excellent numéro 10, il doit certainement être sensible à la présence d’un meneur de jeu sur le terrain. Certes.

Il se trouve cependant qu’Antunes n’en a pas l’étoffe. Il en a le talent, le beau jeu, mais aucune productivité dans le dernier geste à cette position-là, dans ce rôle-là. Ses statistiques sont insuffisantes sur le plan des passes décisives, et des buts marqués. Il n’est également pas aidé par cette difficulté à trouver de la présence à ses côtés dans cette zone 3. Son attitude d’impuissance à l’heure de jeu face à Bâle en témoigne. Toujours très impliqué, mais perdu, Alexis a alors regardé Gourvennec, les bras en mode questionnement. Voulait-il lui demander de basculer sur un couloir, là où il se révèle très bon et bien plus productif? Ce qui peut paraître paradoxal… ou pas. Il se lisait en tout cas clairement sur son visage le message suivant : « Qu’est-ce que je peux faire? »

4-4-2? 3-5-2? 3-4-1-2? Peu importe, au fond, mais il faut ce fameux 2, c’est là l’essentiel! A Sion, Mraz marque deux fois. Des buts de vrai renard des surfaces, grâce à l’aide, les deux fois, d’Ayé, qui lui fait de la place. Il plane toutefois un avis faussé : les deux joueurs seraient semblables, donc incompatibles. Ca doit être l’un, ou l’autre. Comme avant eux, Crivelli ou Guillemenot, Ndoye ou Beniangba… Erreur de raisonnement. L’un n’est jamais meilleur qu’associé à l’autre. Comme l’auraient d’ailleurs été tous les attaquants servettiens de ces dernières saisons (et comme Rouiller est meilleur associé à Severin que tout seul et livré à lui-même). Ils se doivent de former un plan de jeu en équipe dans une zone 3 aussi importante que les 2 autres zones.

La présence de deux pointes devant aide le Servette à augmenter ses xg, à gagner en percussion et en animation en zone 3, et transforme littéralement tout le mouvement grenat, dans un championnat dont le contexte s’y prête. Soudainement, les joueurs semblent plus motivés, plus engagés, plus concernés. Mais ils l’ont toujours été. Il est juste difficile d’exprimer ses intentions, et de les laisser transparaître, dans un système qui les limite.

A l’inverse, un système cohérent permet de créer de l’énergie, et met en mouvement une réussite.

GrenatDC

3 réflexions sur « Plaidoyer pour un jeu grenat à 2 attaquants »

  1. Servette possède t ‘ il l ‘ équipe , l’ effectif pour jouer avec deux attaquants ? Ne manque t’il pas quelque chose a cette equipe ? Un patron dans l ‘ entrejeu ?

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  2. entièrement d’accord avec cette analyse ..Servette est bien plus dangereux avec Mraz ET Ayé devant qu’avec le seul Ayé devant et Antunes en soutien derrière.

    Antunes ne sera jamais le nr10 buteur qu’était Gouvernec..faut être réaliste ..Mraz en vrai renard des surfaces est bien plus efficace dans les 16m adverse.

    et la paire Rouiller-Severin est indiscutable derrière de loin la plus performante du SFC.

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  3. @GrenatDC

    Merci pour cet excellent article et ton analyse, à laquelle j’adhère totalement.

    Ce système crasse en 4-2-3-1 avec un attaquant nominal ne fonctionne pas et je ne comprends pas non plus cette obstination qui nous fait défaut.

    La complémentarité Ayé + Mraz a été démontrée et quand le premier fait de la place au second, celui-ci peut terminer les actions, c’est son métier pur de renard des surfaces.

    Comment peut-on se passer de cette pression naturelle mise par Mraz dans les 16 mètres adverses ?

    C’est simple, on ne le peut pas, puisque l’on ne performe plus depuis plusieurs matches que nous perdons. Thoune était prenable, mais il aurait fallu ne pas commettre ces grossières erreurs.

    4-4-2 à plat voire 3-5-2 selon l’adversaire et les faits de matches à choisir pour davantage de percussion dans les 16 adverses.

    Pour réussir en 4-2-3-1, il faudrait un 10 distributeur en « soleil » genre Modric pour amener les actions à leur fin, ce que notre Alexis est loin d’être. Dès lors, les seconds ballons ne parviennent pas au pivot qui ne peut finalement pas remettre au finisseur et nous ne marquons pas dans le jeu, du coup.

    Notre grand problème actuel est notre inefficacité dans les deux zones de vérité et comme nous ne gagnons pas tous les combats à mi-terrain, cela est trop insuffisant pour réussir et nous perdons des matches en commettant des erreurs inacceptables à ce niveau.

    Mental, remise en question et redépart sur un meilleur pied. C’est là tout le chantier stratosphérique de Joss.

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