Billy Warpelin : « La sécurité se construit avec du dialogue, des règles, et du respect » .

Promis, aujourd’hui je vous parle d’eux. C’est le manifeste de Billy Warpelin pour défendre un dialogue assumé avec les ultras. Pas de condescendance là dedans, simplement une réflexion pragmatique qu’avec le dialogue on arrive plus facilement à communiquer. Où quand les punitions collectives ne font qu’envenimer des situations parfois tendues…

Julian Karembeu : Après avoir joué au football ensemble au FC Penthalaz, dans la commune vaudoise du même nom qui ne dira rien à nos amis genevois 😄, nous partageons aujourd’hui un constat clair : la répression contre les ultras n’amènera pas à plus de sécurité. Peux-tu nous résumer ton état d’esprit par rapport à cette problématique ?

Billy Warpelin : Tu étais mon défenseur et j’étais ton gardien. Si on image la chose, notre but était de prendre le moins de but possible et de permettre à l’équipe de faire un bon résultat. C’est un peu pareil pour la sécurité. Nous sommes, à quelque part, le premier échelon avant un match. Parfois, ça se passe mal, des fois bien. Mais comme les joueurs, c’est l’état de préparation qui prime et qui va donner le tempo. Une défense bien préparée à moins de chance de prendre des buts. Une sécurité préparée à plus de chance que cela se passe bien. Mais comme tout, il faut du travail et mouiller sa chemise.

Julian Karembeu : En quoi ton passé d’ancien policier t’amène à ces différents constats ?

Billy Warpelin : D’abord, au début et théoriquement maintenant encore, je fais ou faisais partie des 1312. Mais je ne vais pas le prendre personnellement. Alors avec un peu de recul et les différentes expériences, je me suis rendu compte que c’est toujours le même schéma qui se produit. Limite à se demander qui pisse le plus loin. C’est je pense la réalité du moment. Un bras de fer qui peut durer longtemps si personne ne fait le premier pas vers l’autre.

Et je me rappelle souvent d’une anecdote que j’ai vécue en tant que policier. Nous devions faire des passages réguliers à Tannay pour des jeunes qui mettait le feu aux poubelles à l’arrêt de bus. La commune nous avait demandé d’agir. Soit. Un soir, nous sommes arrivés et les jeunes étaient là. On est simplement allé vers eux et leur avons demandé s’ils savaient pourquoi les poubelles de cet arrêt de bus avaient tendance à brûler aussi facilement. Ils nous ont gentiment expliqués qu’ils se retrouvaient ici pour discuter ensemble et que malheureusement, il n’y avait aucun cendrier à cet endroit. Et que des fois, voulant ne pas mettre leurs mégots par terre, ils les mettaient dans les poubelles. Et certaines fois, la clope mal éteinte…. Résultat, on a acheté un cendrier à 15.- et l’avons fixé à l’arrêt de bus. Depuis ce jour, plus aucun souci de cette commune.

Je pense que s’il faut retenir quelque chose de ceci, c’est que sans dialogue sain à ce moment-là, une tension inutile aurait émergé là-bas. Et tout ceci pour un détail comme un cendrier alors que ces jeunes voulaient bien faire.

Julian Karembeu : Tu es depuis quelques saisons le chef de la sécurité d’Yverdon-Sport. Tu as été le premier en Suisse à prôner le dialogue avec les fans adverses et à les accueillir à bras ouverts, tout en les écoutant. Quels sont tes expériences par rapport à ça et quels retours t’ont fait les ultras ?

Billy Warpelin : Le premier constat est d’ordre sémantique. Pour une bonne compréhension : visiteurs ou invités ? Parce que beaucoup passe sur cette différence en n’y faisant pas attention. Le visiteur visite. Donc, il vient, regarde et se barre. Souvent il paie quelque chose. C’est le même principe qu’aux musées finalement. La grande différence avec l’invité, c’est qu’il est le bienvenu. On fait en sorte de bien l’accueillir. Et quand on invite quelqu’un chez soi, c’est celui qui invite qui reçoit. Pas un agent de sécurité.

Voici le principe de base. Après, on fait en sorte que tout se passe bien. Des fois c’est respecté, des fois pas. Tout le monde a des désirs de liberté. Il faut juste se rappeler que la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres. La liberté, ce n’est pas faire en sorte d’emmerder les gens et ensuite de se plaindre. Mais c’est valable pour tout le monde, qu’on soit d’accord. Et pour avoir de vraies libertés, il faut des règles. Sinon, cela s’appelle de l’anarchie. Et à ce moment-là, le football comme on le vit en tribune va disparaitre.

Julian Karembeu : Tu connais très bien le sujet de l’accueil des fans dans les stades. Quelle est selon toi la philosophie à suivre pour que les rencontres se déroulent dans un cadre sécuritaire ?

Billy Warpelin : Je l’ai écrit sur mon premier article Linkedin : la sécurité se construit ensemble avec un cadre clair, des règles cohérentes, une parole tenue, une application proportionnée, une identification des vrais fauteurs de troubles, une responsabilisation des groupes, un dialogue avant la crise, et pas seulement après. Et du respect dans les deux sens.

Ensuite, il faut aussi la volonté de tous pour faire avancer le truc et arrêter de se chercher en permanence des excuses pour ne pas le faire.

Julian Karembeu : Sergei Aschwanden, comme d’autres politiques, aimeraient que les billets nominatifs deviennent la règle à l’avenir pour entrer dans une enceinte sportive. Quel est ton avis à ce sujet ?

Billy Warpelin : Mon avis, c’est qu’entre les politiques et les gens de terrain, il y aura toujours une confrontation entre les idées (bonnes ou mauvaises) et la réalité. Ensuite, les politiques ont tendance à aller dans le « populisme ». Utiliser le drame de Crans-Montana pour lutter contre la pyrotechnie dans les stades, alors que le contexte et les causes n’ont rien à voir, je trouve ça honteux et peu respectueux envers les victimes et leur famille. Tout comme M. Favre, ancien conseiller d’état valaisan qui avait dit à l’émission Mise au Point que la police ne pouvait pas s’occuper des enquêtes de pédo-criminalité parce qu’ils assuraient la sécurité aux matchs. Là, c’est no comment….. Mais cela fait partie du truc. Allez regarder le sketch de Yann Lambiel « Les bananes bleues ».

Le billet nominatif donnera l’impression que tout va bien. Un temps. Mais imposer un billet nominatif ferait naître d’autres problèmes. Inévitablement. Et je pense bien plus gros que d’entamer simplement le dialogue sans commencer une phrase par « répression ».

Julian Karembeu : Les ultras te rendent bien le fait de les respecter. Aurais-tu quelques anecdotes à nous partager sur tes bonnes relations avec eux ?

Billy Warpelin : Pour être franc, nous avons, depuis 2023 et le début de cette manière de faire, vécu près de 60 matchs à Yverdon. Et honnêtement chaque match à son histoire. Certaines, par respect de certains groupes ultras, je ne peux pas en parler. J’ai passé des moments incroyables avec certains, notamment avec un groupe important, et le mot confiance est apparu. Alors, je ne peux pas rompre cette confiance aujourd’hui, mais cela restera pour moi un moment hors du temps.

Sinon, prenons le dernier match de Coupe de Suisse, nous avons eu des échanges soutenus avec le groupe des St-Gallois. Communication alors qu’ils sont encore dans le train avant d’arriver. Ouverture des voies d’évacuation (il aurait fallu 42 minutes pour que les 1600 entrent par les tourniquets). Présence constante avec eux pour que leur séjour se passe le mieux possible. Bref, tout s’est bien passé jusqu’à leur départ.

Et là, au pont qui se trouve devant l’entrée principale du stade, le Capo arrête le cortège qui faisait bien 200 mètres de long. Je me suis demandé à cet instant ce qui avait merdé. Et bien non, il est juste venu vers nous pour nous remercier avec un bon check. On a parlé un moment puis le cortège est reparti. Un grand moment de gratitude.

L’article sur le compte LinkedIn de Billy

Vous pouvez télécharger ci-dessous l’article de Billy Warpelin

Julian Karembeu

3 réflexions sur « Billy Warpelin : « La sécurité se construit avec du dialogue, des règles, et du respect » . »

  1. Notre problème ne se situe pas dans la tribune nord, mais dans la tribune sud. Nous devons trouver un terrain d’entente. Nous sommes peu nombreux (voir le match à l’extérieur contre le GC, où il y avait environ 80 personnes) ; je pense que les supporters que nous avons doivent se serrer les coudes. Et ceux qui ne respectent pas les règles n’ont pas leur place dans la tribune nord ; c’est pourquoi je comprends tout à fait la position de la SG. J’espère que ce conflit s’apaisera bientôt.

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