La parole à Gérard Castella (3 ème partie : l’homme)

Nous vous proposons aujourd’hui la dernière partie de l’interview que nous a accordée Gérard Castella. Notre entraîneur se dévoile un peu plus à nous sur des événements de sa vie qui l’ont  marqués et qui ont fait l’homme qu’il est devenu… 

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Les EDS : Gérard Castella, nous allons maintenant parler un peu plus de vous. Comment, lorsque l’on a été joueur, vit-on un match sur le banc, car on ne peut plus rentrer sur le terrain et courir pour reprendre le match en main… Cela doit être terrible…?

Gérard Castella : oui, c’est beaucoup de souffrance…

Les EDS : Le président des Girondins de Bordeaux a déclaré il y a quelques jours qu’il n’avait jamais de plaisir à regarder un match. Après ça va, mais pendant, c’est juste de la souffrance…Est-ce que vous ressentez la même chose durant le match ?

Gérard Castella : C’est vrai qu’il y a beaucoup de souffrance car on aimerait aider encore plus son équipe… l’entraîneur a peu d’influence depuis le coup d’envoi jusqu’à la mi-temps…

Les EDS : Pensez-vous qu’un entraîneur qui crie au bord de la touche peut avoir plus d’influence que celui qui reste calme ?

Gérard Castella : Je crois qu’aujourd’hui, les joueurs ne veulent plus de ça. Si on travaille bien la semaine et que les consignes sont bien comprises et respectées par les joueurs, il n’y a pas forcément besoin de gueuler sur les joueurs, c’est peut-être sinon que le travail n’a pas été bien effectué ou expliqué aux joueurs durant la semaine

Les EDS : Donc crier, cela cacherait un peu les carences de la semaine ?

Gérard Castella : Je pense qu’il faut être rigoureux et sérieux et que si le message et bien passé durant toute la semaine il n’y a pas besoin de s’exciter au bord de la touche. Mais naturellement que pendant le match on souffre et on ne l’apprécie pas à sa juste valeur. On peut l’apprécier après, mais pendant on ne peut pas savourer un match tant que le résultat n’est pas acquis

Les EDS : Dans quel état êtes-vous après un match ?

Gérard Castella : Après un match ? Moi je suis cassé, j’ai mal partout. Physiquement, je suis mort! Et on dort très mal !

Les EDS : C’était la question suivante, il doit y avoir des nuits difficiles…

Gérard Castella : On refait le match, et parfois il y a des moments de grande solitude…

Les EDS : Mais est-ce que cette passion est conciliable avec une vie privée ?

Gérard Castella : Ah c’est dur ! Arsène Wenger disait il y a quelques années qu’entraîneur, c’est un métier de célibataire ! Et il avait raison car c’est difficile de faire partager ce que l’on vit avec quelqu’un car on est toujours en ébullition et dans son monde… c’est possible, mais c’est difficile car ce métier « bouffe » un peu la sphère privée ! Mais je pense qu’on aime souffrir…on est un peut maso !

Les EDS : Et vous voulez souffrir encore longtemps ? Allez-vous rester entraîneur pour encore de longues années ?

Gérard Castella : Mais je ne vais jamais arrêter! Il n’y a pas d’âge de retraite pour un entraîneur…et je ne me réjouis pas d’être à la retraite ! Le jour où je n’ai plus de club et que plus personne ne veut m’engager, là j’arrêterais…l’entraîneur, c’est comme un artiste peintre, il peint tant qu’il a l’envie et l’inspiration. L’arrêt se fait naturellement quand la passion a disparu et un entraîneur est un peu dans le même cas…

Les EDS : Mais n’est-il pas difficile pour un entraîneur, lorsqu’il change de club, de s’imprégner rapidement d’une équipe, d’un club? C’est un peu comme si on change de femme…

Gérard Castella : Je pense que l’imprégnation du club se fait petit à petit, il faut un temps d’adaptation car elle ne peut pas se faire immédiatement. Mais ce qui va accélérer les choses, c’est le travail quotidien, avec les membres du club, du staff et des joueurs. Par exemple, je ne pense pas que Scolari se sente déjà un entraîneur de Chelsea, mais plus comme un entraîneur qui fait son métier à Chelsea, on ne peut pas comparer à ce niveau là avec Wenger et Ferguson qui sont en place depuis plusieurs années et qui sont devenus des monuments dans leurs clubs

Les EDS : Et est-ce que l’on vous a déjà reproché, à Lausanne et à Neuchâtel, d’être servettien ? Car vous ne vous gêniez pas pour le dire !

Gérard Castella : A Lausanne, naturellement, car il y avait l’histoire du 2 juin 1999, où Servette s’était imposé dans le match pour le titre de Champion Suisse…pour les gens à Lausanne, c’est encore très présent dans les mémoires…Donc ils étaient encore un peu sous le choc de ce match là, c’était un peu comme un reproche…mais j’ai vite corrigé le tir car on a fêté deux montées avec Lausanne, ce qui a fait que je suis devenu un des leurs…Mais d’abord j’ai dû prouver que je voulais vraiment me battre pour le Lausanne-Sport…

Les EDS : Plus personnellement Gérard Castella, quel est l’homme qui incarne le plus vos valeurs

Gérard Castella : Je pense que c’est mon père…C’est quelqu’un qui était modeste, qui a énormément travaillé pour nourrir sa famille

Les EDS : Et le football pour lui ? Est-ce qu’il vous a dit que c’était plus un loisir qu’un métier ?

Gérard Castella : Non, non, mon père nous a toujours laissé faire ce que l’on voulait dans la vie…il nous a laissé vivre de nos choix, il voulait simplement que l’on fasse quelque chose de notre vie.

Les EDS : A-t-il eu la chance d’assister au titre de 1999 à Lausanne ?

Gérard Castella : Ah ça, c’est mon grand regret…ou plutot tristesse. Mon père est décédé en décembre 1984  juste après ma première promotion avec Carouge en LNB, malheureusement il n’a pas vu la suite de ma vie…mais je regrette surtout qu’il n’ait pas vu mon fils, plus que le titre…et chaque jour j’ai une petite pensée pour lui car il a été très important dans notre éducation, comme ma mère du reste…

Les EDS : Et que faites-vous de votre temps libre? Est-ce que vous déconectez du foot ou au contraire vous regardez les matchs à la télévision ?

Gérard Castella : C’est ça qui est le plus pénible encore pour mon entourage!

Les EDS : Mais est-ce que vous le faits par déformation professionnelle ou simplement par plaisir ?

Gérard Castella : Non mais bon, des fois j’exagère…mais je pense que cela fait partie de moi et…s’ il y a un match à la télé, il faut que je le regarde! Il y a des semaines, c’est infernal! Mais chaque fois que je peux aller voir un bout de match, j’y vais car je pense que l’on peut toujours apprendre quelque chose, et je ne regarde pas le match comme un simple téléspectateur, mais plus comme un tacticien qui veut toujours progresser. Je crois que plus on voit de matchs et plus on peut développer de nouveaux aspects avec sa propre équipe…

Les EDS : Selon vous, qu’est-ce qui a changé dans le foot depuis quelques années ? 
Gérard Castella : La vitesse d’exécution. Les événements dans un match sont plus courts, mais aussi de plus intensifs et il y a beaucoup plus d’intensité dans les courses et les appels; et comme les espaces sont réduits, il faut être très précis.

Les EDS : Une dernière question, Gérard, quel aurait été votre métier si vous n’aviez pas fait carrière dans le foot ?

Gérard Castella : A un moment donné, lorsque j’étais jeune (!), je voulais être conducteur de train ou pilote d’avion, et ensuite maître de sport. J’ai finalement fait un apprentissage car j’ai bien senti que mes parents avaient besoin que j’aide financièrement la famille, et à l’époque je donnais à mes parents les 3/4 de mon salaire d’apprenti…mais j’étais l’ainé de 6 enfants, un peu le chef de tribu (!) et je trouvais ça normal.

Les EDS : Vous avez toujours été un leader alors ?

Gérard Castella : Pas toujours, surtout lorsque j’étais joueur au Servette où j’étais un jeune et il fallait un peu « s’écraser » devant les anciens…Mon départ à 23 ans à Chênois a été un grand bien pour moi car l’entraîneur, Peter Pazmandy, m’avait confié le brassard de capitaine ce qui m’a permis de prendre confiance en moi…

Les EDS : Là, ce sera vraiment ma dernière question, si nous avons le bonheur de remonter en Super League dans quelques années, est-ce que ce sera aussi beau que le titre de champion de 1999 ?

Gérard Castella : Je pense que si cette année on se maintient, j’aurais la même émotion et la même satisfaction que le titre du 2 juin car le challenge d’aujourd’hui vaudra largement celui de 1999. Je me sens une immense responsabilité pour que l’on se sorte de cette sale période. Voir  Servette en bas du classement, cela choque.  Gossau ou Nyon, ça ne choque pas, c’est presque normal. Pour Servette, ce n’est pas normal ! Et il faut prendre conscience que cette situation n’est pas normale et ça je le dis tous les jours aux joueurs.

Les EDS : Merci Gérard pour cette interview, c’était un plaisir

Gérard Castella : Merci à vous!

Interview par Oscar Obradovic et transcrite par Julian Karembeu

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