
Ce n’est pas tous les jours qu’un club quitte son stade. Après plus de 100 ans, Servette abandonnait toutefois son antre mythique des Charmilles un soir de décembre 2002. Les Young Boys y ont été les ultimes adversaires des Grenat pour un match au scénario haletant à la hauteur de l’événement.
Une longue histoire…
Après sa création en 1890, Servette avait navigué de terrain en terrain, cette situation précaire mit en péril l’existence-même du club lorsqu’il ne put plus jouer sur la Plaine de Plainpalais au moment de l’Exposition Nationale. Lorsque Servette adhère ensuite en tant que club de football à l’ASFA le 21 octobre 1900, il dispute peu après ses premiers matchs sur le terrain de la Garance (Grange-Canal, route de Chêne). Au début de 1901, le club vient s’installer le long de la rue de Lyon. L’association des Intérêts de Genève y avait construit un golf au pré Cayla dans le but, entre autres, d’inciter les touristes anglo-saxons à séjourner plus longtemps à Genève. Afin de centraliser la pratique des différents sports, on construit encore des courts pour le Tennis Club de Genève et plusieurs emplacements sont dévolus au football, Servette, ainsi que différents pensionnats, sont autorisés à y jouer. Le 31 mars 1901, le terrain du Parc des Sports est officiellement inauguré par les rugbymen grenats qui l’emportent 26-0 contre l’Athlétic Club Genevois.

En 1902, on construit une première tribune pour la somme de 200 francs, collectée grâce à une souscription parmi les joueurs qui versèrent chacun 5 francs. L’édifice était alors réservé aux dames et aux membres du comité !

En 1908, le Parc des Sports est fin prêt pour accueillir son premier match d’équipes nationales (Suisse-France) : une tribune de 200 places a été construite le long de la Rue de Lyon.

L’influence de la Première guerre mondiale
Par ricochet, le premier conflit mondial va avoir une grosse influence pour le Servette FC. Dopées par les commandes d’armement anglaises, les usines Pic-Pic passent en effet de l’artisanat à l’industrie et agrandissent leurs ateliers. Cela oblige à déplacer le terrain de football qui se fixe alors perpendiculairement à la rue de Lyon, à l’emplacement qu’il gardera jusqu’à la fin. Cet espace était auparavant dévolu au rugby, mais avec la fermeture de la frontière, les Grenats ne peuvent plus rencontrer leurs homologues français et faute d’adversaires suisses, la section rugby périclite définitivement… Des gradins de terre sont construits, la capacité de la tribune est doublée (les 464 places), les barrières en béton impressionnent les observateurs, bref, l’enceinte est considérée comme la plus belle du pays et les recettes venant des spectateurs augmentent.
L’inauguration du Stade des Charmilles
La popularité du football va en s’accroissant et en 1930, le Parc des Sports se mue en Stade des Charmilles : de gros travaux avaient été entrepris pour augmenter la capacité du stade et ne plus avoir à installer de gradins supplémentaires comme pour la finale de la Coupe de Suisse 1928 contre GC (14 000 spectateurs). En juillet, pour l’inauguration du nouveau stade, un grand tournoi international est organisé, avec la Coupe de Mitropa, on peut considérer que ce prestigieux tournoi des Nations est une des formes les plus anciennes des Coupes d’Europe actuelles.

Après-guerre, la capacité du Stade est encore augmentée, officiellement à 30 000 places, mais 40 000 personnes s’y massent à l’occasion d’un match amical contre la France en octobre 1951. Peu après, on inaugure l’éclairage électrique lors de la venue de Nice (11 juin 1956), les mémorables nocturnes peuvent commencer ! En 1977, ce sont les pylônes d’éclairage qui apparaissent puis le panneau d’affichage électronique. En 1983, on couvre les tribunes derrière les buts, amplifiant encore la dégaine britannique des Charmilles. Signe des temps, en 1988, le secteur visiteur fait son apparition.
Le tournant des années 1980-1990
Confort, sécurité et rentabilité deviennent les maître-mots dans un monde du football où quelque chose est en train de changer. Au milieu de la décennie 1980, Carlo Lavizzari, promoteur immobilier et président du SFC dévoile un projet de reconstruction des Charmilles avec, entre autres, un centre commercial et des logements. Le projet capote. En 1992, le comité dirigé par Marcel Morard est toujours confronté à la vétusté croissante de la vénérable enceinte, on évoque un déménagement à Balexert, rien ne se fait et pourtant le temps presse : en janvier 1995, l’ASF ordonne la fermeture de la Tribune A jugée trop dangereuse. L’arrivée de Canal+ permet de procéder à différents travaux, le stade répond finalement aux normes de l’UEFA avec guère plus de 9000 places, toutes assises. Entretemps, le projet d’un nouveau stade à la Praille a été enteriné. Au début du troisème millénaire, les travaux commencent, le déménagement définitif est agendé pour mars 2003.
Dimanche 8 décembre 2002 : le dernier match aux Charmilles

Le stade est plein comme un oeuf (9293 spectateurs) pour un vibrant adieu à une enceinte qui a submergé d’émotions et de souvenirs des générations et des générations de Servettiens. Le regretté Jacky Fatton, légende parmi les légendes, donne le coup d’envoi d’un matc entre deux équipes naviguant en milieu de classement.

Mitchkov permet rapidement aux Grenats d’ouvrir le score mais les Bernois, coaché par Marco Schällibaum, se remettent en selle profitant de quelques bourdes de Marco Pascolo et en l’espace de 20 minutes renversent totalement la vapeur pour prendre le large (1:4). Est-ce l’absence de Philippe Senderos, qui mettait ainsi ses ex-coéquipiers dans l’embarras ? Le prudent dispositif en 4-5-1 de l’entraineur Roberto Morinini (paix à son âme) aurait pourtant dû mettre les Grenats à l’abri d’une telle mésaventure. Le scénario est cauchemardesque, le match a de funestes allures d’obsèques…
Un intermède plein d’émotion
Malgré le grand froid jeté par la tournure prise par le match, le public vibre durant la pause : 100 grands Servettiens du passé entrent sur la pelouse et un Jean-Jacques Tillmann en grande forme rappelle les mérites de ces différentes personnalités à l’occasion d’un magistral cours d’Histoire accéléré. Puis les deux équipes reviennent sur le terrain avec un nouveau visage chez les Grenats…
Le hat trick de la tête de Léonard Thurre
Prendre congé des Charmilles sur une défaite mortifiante aurait été un crime impardonnable. C’est peut-être ce que s’est dit Léonard Thurre, trop souvent blessé et entré à la mi-temps pour Miéville. Avec l’aide de Massimo Lombardo, intenable sur son aile, il est le grand artisan d’une remontée au score aussi fantastique qu’inespérée étant donné que Servette jouait à dix suite à l’expulsion d’Hilton. A quelques minutes du terme, il égalise à 4:4, les Charmilles peuvent reposer en paix.

Les lumières s’éteignent, au-dessus d’une mer de feux de Bengale, un feu d’artifice clôt cet enterrement de première classe marqué par un épisode de pure folie footballistique goûté comme il se doit par un public au coeur chaviré.

Comme le proclamait la longue banderole du kop servettien ce jour-là : rien n’effacera 72 ans d’Histoire. 101 ans non plus d’ailleurs en comptant depuis l’origine…

Rendez-vous à la Praille
Un peu moins de trois mois après cette ultime nocturne mémorable des Charmilles, Servette inaugurait Son stade flambant neuf de la Praille contre… Young Boys. En distribuant gratuitement des billets, on était parvenu à remplir le stade (30 000 spectateurs). Epargnons-nous les batailles d’Hernani sur les mérites comparés des différentes enceintes et bornons-nous à constater que presque tous les grands stades de Suisse ont fait peau neuve à cette période : le Stade Saint-Jacques est devenu le Parc Saint-Jacques et le Wankdorf le Stade de Suisse, mais leur emplacement est resté inchangé. Il était temps : en 2008, la Suisse organisait l’Euro ! Le Hardturm zurichois était abandonné alors que le Letzigrund subissait un lifting en attendant mieux. Dans la foulée, Neuchàtel, Saint-Gall, Thoune ou Lucerne se dotaient également de nouveaux stades dans l’air du temps. Pour les nostalgiques et les archéologues, il reste encore Tourbillon et la Pontaise…

En conclusion, nous ne pouvons qu’inciter à relire le très beau texte signé Gatito, saisi de blues à la vision de la chute définitive de la mythique tribune des Charmilles un petit matin blême de février 2012 :
L’Histoire des Charmilles a définitivement pris fin
La dernière chronique : le premier match de Lucerne en LNA à domicile… à la Pontaise !
La semaine prochaine : Roger Vonlanthen, en route pour le Calcio !
Pour els amateurs d’images : Servette-YB 4:4
Deux précédentes chroniques concernaient des matchs entre Servette et Young Boys :
https://enfantsduservette.ch/2012/02/02/ces-trois-minutes-hitchcockiennes-apres-young-boys-servette/
Jacky Pasteur et Germinal Walascheck
Magnifique article!!!
Ça me rappel de belle soirée au Charmille!!
Une bonne saucisse en regardant le match et je me rappel de bon derby contre le Sion de Lehmann!! Que C’etais beau…
Merci encore pour ton article
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Pfffffff ‘ faite chiez avec vos articles. Maintenant j’ai une larme à l’oeil. Trop de souvenirs qui remontent. On aurait jamais dû quitter les Charmilles.
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30 à 40’000 places dans les années 50′ !!!! Et dire que c’était possible de refaire un stade « aux Charmilles ». Visiblement il y avait la place. C’est trop nul.
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Oui, effectivement on a loupé le coche…
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En plus il parrait qu’il y avait un projet… Servette serait allé jouer à Carouge le temps des travaux.
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Du grand art cette chronique, je ne m’en lasse pas. Bravo.
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Trop beau… Les larmes me coule trop sensible
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Mais quel match, quels souvenirs! J’ai encore la chair de poule en repensant à l’ambiance de feu à partir du 4-3. Et pour ceux qui ne s’en souviennent pas, voici une video du 4e but de Thurre que la SG avait mis sur son site à l’époque: http://www.youtube.com/watch?v=tMUhu-a9KRI
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Incroyable soirée!
Ce stade a une ame!
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Merci !
Que d’émotions !!
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Emotions…
merci !
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Merci les gars! ça fait chaud au coeur!!!!
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Quel souvenir… quelle fin de match… 3 centres de Lombardo 3 tête de Thure…
Merci Servette 🙂
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On peut nous reprocher d’être nostalgique mais force est de reconnaître que Les Charmilles EST et RESTERA le stade du SFC dans le cœur des suporters. On l’aimait ce stade. Le verbe n’est pas trop fort. Même en ayant vécu la promotion à la Praille bein ce stade – pour moi – n’a toujours pas d’âme. Je ne pourrait pas vous dire pourquoi mais c’est comme ça.
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J’y était au 4-4!! Grandiose. Les Charmilles resteront pour moi LE stade du Servette! J’y suis tellement allé et emmagasiné tant de souvenirs que je peux plus passer là-bas sans un immense pincement au coeur.
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en mémoire de tous ces souvenirs et pour continuer à faire vivre ce lieu mythique, pourquoi ne pas rebaptiser la Tribune Nord, « Tribune des Charmilles » ?
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