Grosdidier, Pelikaan, Talew, Boully, Barroca: bienvenue dans la mini-famille des gardiens étrangers du SFC !

Super-Servette et EDS copie

Si les joueurs étrangers qui ont façonné la légende du Servette FC sont légion depuis les origines, il est un poste pour lequel le club grenat n’est que rarement allé chercher du renfort au-delà des frontières helvétiques : gardien de but. A cet égard, l’affirmation du Portugais João Barroca à ce poste est, historiquement parlant, relativement singulière.

Lorsque l’aube se lève sur le football suisse, la question de la nationalité des joueurs ne se pose pas et pour cause : ce ne sont à l’origine que des Anglais qui pratiquaient ce sport et édicter des règles pour contingenter le nombre d’étrangers dans les équipes n’aurait eu aucun sens. Dans le cas du Servette FC, si l’on se fie aux patronymes des ses premiers portiers, on peut imaginer qu’il s’agissait de gens « du cru » sans toutefois pouvoir en avoir de certitude absolue, sauf pour deux d’entre eux qui ont défendu la cage helvétique : Joe Navarro et Ivan Dreifuss. Premier changement de décor aux débuts des années 1920…

Un Bordelais pour un titre raté de peu

Après un bref passage au FC Genève, le Bordelais Grosdidier rejoint le Servette FC à l’occasion de la saison 1922-1923. La saison précédente, alors que le FC Genève qui réalisait une bien belle saison avait été convié à une rencontre d’exhibition en Valais, un journaliste valaisan (mais voulait-il aguicher le chaland ?) le présentait comme le meilleur portier du pays, ajoutant qu’il ne devait qu’à sa nationalité française sa non-sélection en équipe de Suisse. Précédé de cette flatteuse réputation, Grosdidier constituera, avec les défenseurs Otto Fehlmann et Charly Bouvier un infranchissable rempart pour les adversaires des Grenats : lors des 14 matchs de la poule régionale, Servette n’encaissera que 5 buts !  Hélas, lors de la poule finale à trois équipes, il se trouera d’emblée contre le FC Berne, en calculant mal la trajectoire d’un shoot lointain.  Servette laissera ainsi échapper un titre qui lui semblait promis. Nous avions d’ailleurs consacré une chronique à cette saison rocambolesque au terme de laquelle nulle équipe ne sera sacrée.

La seconde saison est moins aboutie pour le portier grenat : au printemps 1924, il apparaît déjà sur le déclin et ne participe pas aux finales puis disparaît de l’effectif grenat.

Grosdidier lors du tournoi de Paris (Nouvel An 1923), Servette - KS Cracovia 1:1
Grosdidier lors du tournoi de Paris (Nouvel An 1923), Servette – KS Cracovia 1:1

Le Hollandais météorique

Dans les années 1930, le Servette FC avait bénéficié du concours de deux gardiens de but de grande classe, tous deux titularisés en équipe nationale : Frank Séchehaye d’abord, Roger Feutz ensuite. Le second, acrobatique et fantasque, tire sa révérence à l’issue de la saison 1941-1942. Pour le remplacer, Servette met la main sur un autre drôle d’oiseau : Adrian Pelikaan, jeune réfugié hollandais évoluant dans un style semblable à la référence suisse de l’époque, le Grangeois Ballabio. Lorsque Pelikaan demande son affiliation à l’ASFA et est incorporé au sein du Servette FC, certains supputent que son statut de réfugié ne l’y autorise pas et que cela pourrait déboucher sur un protêt. Il n’en sera rien. Au cours de la saison 1942-1943, le longiligne Batave donne satisfaction même si une grosse bourde de sa part d’entrée de jeu contre GC précipitera l’échec servettien en demi-finale de la Coupe. Il rempile pour la saison suivante mais un beau jour de septembre prend la poudre d’escampette. Selon l’anecdote rapportée par Jacques Ducret, il donnera de ses nouvelles deux ans plus tard en envoyant une carte postale d’Australie dans laquelle il annonce qu’il s’adonne désormais au golf… Tony Ruesch s’impose alors comme titulaire pour cinq belles années qui s’achéveront avec l’arrivée de Karl Rappan qui l’écartera.

Pelikaan s'impose Avec maestria face aux attaquants bâlois (Bâle – Servette 0:2, 06.06.1943)
Pelikaan s’impose avec maestria face aux attaquants bâlois (Bâle – Servette 0:2, 06.06.1943)

Talew : la déception bulgare

Pour la clôture de la saison 1949-1950, alors que la saison tire à son terme, le Servette FC accueille Arsenal, l’occasion de tester quelques nouveaux joueurs en vue de la saison suivante. En cette fin d’après-midi de mai, une foule estivale se presse aux Charmilles pour voir évoluer le sixième du championnat anglais. Dans les buts, elle découvre trois nouveaux visages : le Montreusien Parlier qui joue avec les réserves puis, lors du match principal, Hug et en seconde mi-temps le Bulgare Anastas Talew, venu des Grasshoppers. Bien que Talew sorte d’une longue période durant laquelle il n’avait pas joué, il réussit ce soir-là une performance suffisamment convaincante pour que le club grenat l’embauche. Le Bulgare étant connu pour sa « virtuosité féline » de « panthère », ce recrutement est présenté comme un gros coup, ce sera toutefois un demi-fiasco. Jusqu’en novembre, Talew évolue avec les réserves où, aux dires de son entraîneur Karl Rappan, il donne pleine satisfaction. Passé ce délai, le joueur n’est plus considéré comme étranger et il fait effectivement ses débuts dans les buts servettiens mais se blesse en retombant lors d’un match à  Bellinzone le 18 novembre déjà… Au printemps, il retrouve sa place, se reblesse un temps puis dispute la fin du championnat. Sa grande souplesse renforce sa propension à conférer à chacune de ses parades une dimension spectaculaire qui ravit le public tout en el faisant passer pour un écervelé. C’est assurément un des meilleurs gardiens du pays mais il alterne le meilleur et le pire. A l’issue de la saison, il part pour les Young Fellows et Servette jette son dévolu sur le plus prometteur des jeunes espoirs suisses : Eugène Parlier.

Talew face à un attaquant du LS (Lausanne – Servette 2:1, 08.04.1951)
Talew face à un attaquant du LS (Lausanne – Servette 2:1, 08.04.1951)

Stockenberg : un intermède pascal

Eugène Parlier s’était révélé être le grand gardien que Servette attendait le départ depuis le départ de Ruesch. Seul petit défaut : le bonhomme n’aime pas les piqûres. Ainsi, lorsque le week-end de Pâques 1953 le Servette FC se retrouve à Porto pour affronter l’équipe local en match amicale, « Gégène » déclare forfait et c’est le Suédois Stockenberg qui joue dans les buts des Grenats. Petite précision : c’était un gardien de handball qui avait fait grosse impression lors du match Portugal-Suède de la veille sous les yeux des Servettiens… Avec son concours, le SFC décroche un méritoire match nul 2:2 ! Et il faudra attendre bien longtemps pour revoir un portier étranger dans les cages servettiennes…

Boully : abonné aux promotions !

Conséquence logique de la faillite de février 2005, Servette repart la saison suivante en première Ligue avec un effectif profondément chamboulé. Pour repourvoir le poste de gardien, le SFC fait appel au Français Mickaël Boully. Agé de près de 30 ans, il quitte ainsi le Lausanne-Sports où suite à une malheureuse suspension il avait perdu sa place de titulaire. Véritable abonné aux promotions, il venait d’en connaître une avec le club de la Pontaise après en avoir réussi trois avec Rouen !  Il portera bonheur au Servette FC qui ne moisira qu’une saison en première Ligue avant de se hisser en Challenge League. Il prit part à l’élimination surprenante de Thoune en Coupe de Suisse en retenant un des tirs au but des Oberlandais. En concurrence avec l’étoile montante David Marques, il ne disputera qu’un seul des quatre matchs des finales : celui de la victoire obtenue sur la pelouse d’Herisau. A l’issue de la saison, il raccrochera les crampons pour aller coacher les gardiens de l’US Boulogne.

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La joie sous les flocons appenzellois ! (Herisau – Servette 1-3, 01.06.2006) – Photo : Marrons

Barroca : à suivre !

Le Portugais João Barroca, en provenance de Tourizense, a rejoint sur la pointe des pieds le Servette FC durant l’été qui a suivi le retour en Super League dans un contexte où les relations entre le SFC et le Portugal étaient multiples : le SFC était un partenaire de Benfica, l’entraîneur avait pour nom João Alves, le directeur sportif Costinha et le président Pishyar dirigeait par ailleurs Beira Mar. Initialement considéré comme une doublure du titulaire David Gonzalez, João Barroca sera une première fois titularisé en Coupe de Suisse contre Guin, dans un esprit de rotation. Quelques semaines plus tard toutefois, il est titularisé en championnat contre Lausanne au détriment de Gonzalez, de plus en plus fréquemment sur la sellette. Le Portugais réalise une bonne fin de premier tour mais cède à nouveau sa place à Gonzalez le printemps suivant. Lors de l’actuelle saison, le scénario se répète peu ou prou : Gonzalez est titulaire mais sans parvenir à donner pleine satisfaction. Barroca le remplace puis se blesse. Le carrousel des gardiens reprend. Remis de sa blessure, Barroca contribue à la stabilisation de la défense servettienne à la fin de l’automne après le début de saison catastrophique des Grenats. Doté d’excellents réflexes sur sa ligne, le Lusitanien est parfois moins à l’aise dans ses sorties mais le calme qui émane de lui a apparemment eu le don d’influer sur une défense trop souvent coupable d’errements fébriles en début de saison. Il arrivera en fin de contrat en juin prochain, deviendra-t-il le plus chevronné des portiers étrangers du SFC en rempilant pour une troisième saison chez les Grenats ?

Barroca : un blanchissage de bon augure pour son baptême du feu en championnat (Lausanne-Servette 0:0, 25.09.2011)
Barroca : un blanchissage de bon augure lors de son baptême du feu en championnat (Lausanne-Servette 0:0, 25.09.2011)

Les « secondos »

Un puriste de la nationalité pourrait adjoindre l’Italien Aldo Brignolo, un des successeurs de Jacques Barlie au début de la décennie 1970, à cette mini-famille de portiers grenat étrangers. Qui aurait toutefois vraiment le coeur de désigner ainsi un gardien né à Genève ? Disons plutôt qu’il s’inscrit dans une lignée à l’ascendance sud-européenne qui se poursuivra encore avec Marco Pascolo, Paolo Collaviti ou David Gonzalez…

Jacky Pasteur et Germinal Walascheck

La semaine prochaine : quand l’attaque servettienne était jurasienne

Dernière chronique : João Alves ressuscite Servette, Thoune crucifié

9 réflexions sur « Grosdidier, Pelikaan, Talew, Boully, Barroca: bienvenue dans la mini-famille des gardiens étrangers du SFC ! »

  1. Oui, et le plus tôt serait le mieux. En espérant que ceux qui le méritent puissent ou veulent prolonger rapidement, à savoir avant janvier histoire que les autres clubs nous les piquent pas!

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      1. Merci, pardon pour mon manque de respect, j’ai vraiment eu un très gros blanc sur ce coup là… il m’était complètement sorti de la tête et je ne savait même pas qu’il était français, n’ayant retenu que Marques que je croyais avoir fait tous les matchs et
        qui flambait à l’époque… Encore mille excuses!

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    1. « Et qui sait, ce n’est peut-être pas un adieu, mais un au revoir. »
      Voilà une phrase qui en dit long sur la volonté de Baumann de rester à Servette.
      Lui proposer un contrat avec un salaire moins important (vu que c’est le problème du club) et le prêter jusqu’en juin est-ce vraiment imprensable? Ainsi pas de license utilisée et on garde un joueur de qualité pour la saison à venir?

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