Servette se défausse du titre avec désinvolture…

SFC-Bale

Rien n’est joué avant la dernière journée, même des retards apparemment insurmontables peuvent être comblés, une froide leçon bâloise.

L’adage prétend qu’il est plus simple d’arriver au sommet que d’y rester. Le Servette FC, qui avait bataillé durant toute la décennie 1970 pour petit à petit se hisser à la pointe du championnat était enfin parvenu à ses fins au printemps 1979. Restait à confirmer…

Un effectif reconduit

Certes l’attaque avait été remodelée (départs d’Elia, Pfister, Weber et Peterhans) remplacés par Matthey, Sarrasin et Cuccinotta, mais l’essentiel de l’effectif restait identique : la défense composée de vieux briscards (Bizzini Guyot, Trinchero…) et l’axe médian (Andrey-Schnyder-Barberis), indéniablement le meilleur de Suisse et qu’il n’avait pas été aisé de conserver pour le président Cohannier. Après l’élimination au second tour de la Coupe d’Europe (Dynamo Berlin) puis en demi-finale de la Coupe de Suisse (Sion), les espoirs grenat devaient totalement se reporter sur le championnat.

La réédition de 1979 ?

Le championnat suisse 1979-1980 voyait 14 équipes aux prises les unes avec les autres. Seules les six meilleurs participaient ensuite à un sprint final durant tout le mois de juin pour l’attribution du titre. En tête à l’issue du tour préliminaire, Servette se retrouvait, après division des points par deux, une longueur devant Bâle et deux unités devant Grasshoppers. Un peu plus loin , Zurich, Lucerne et Sion pouvaient au mieux espérer jouer les trouble-fête. Servette débute le tour final au pas de course : Sion, Lucerne et Zurich sont battus avec une maîtrise collective qui laisse entrevoir la réédition de l’exploit de 1979 où le SFC avait remporté chacun des huit matchs du tour final. Bâle est ensuite à l’affiche aux Charmilles. Les Rhénans, fidèles à leur tradition de solidité défensive, sont difficiles à manoeuvrer. Servette bute sur de grands gabarits au marquage individuel tenace.

Barberis
Barberis s’efforce de faire le poids face à un défenseur rhénan en fâcheuse posture

En seconde mi-temps, en procédant davantage par débordements, les Grenats trouvent la faille sur une frappe lumineuse de Valentini. Bâle égalise alors dans la minute qui suit ! Une jolie astuce concoctée par Didi Andrey et Cuccinotta sur coup-franc ouvre finalement le chemin à une victoire servetienne à un quart d’heure de la fin. Ce succès genevois sonne apparemment le glas du suspense en championnat : avec cinq longueurs d’avance à six journées du terme (la victoire valait alors deux points), une nouvelle consécration semble acquise  pour la troupe de Pazmandy, unanimement encensée.

Valentini
Frappe imparable de Valentini :le FCB tourne le dos au titre…

Servette trouve son maître

3 jours plus tard, sur la pelouse des Grasshoppers, Servette montre des premiers signes de fatigue et de nervosité. Didi Andrey avait ouvert le score dans le premier quart d’heure et les Grenats imposaient leur jouerie comme de coutume. A l’heure de jeu, GC égalise contre le cours du jeu. Les Sauterelles prennent alors conscience de la fébrilité servetienne et des séquelles physiques de l’engagement consenti contre Bâle. A dix minutes du terme, un pénalty permet aux Zurichois de décrocher la totalité de l’enjeu. Les semaines anglaise se succèdent : trois jours après la déconvenue zurichoise, Servette est l’hôte du FC Sion à Tourbillon. Schnyder et Hamberg, blessés, manquent à l’appel. La partie est allègre. Barberis ouvre le score en début de seconde mi-temps mais les Grenats s’avèrent à nouveau incapables de gérer leur avantage. Sion, piqué au vif, égalise peu après sur pénalty. La foudre sédunoise s’abat alors sur des Servettiens qui rompent à la 68ème (but de Brigger). Le final est somptueux : Servette joue son va-tout, tire sur la latte puis se fait piéger sur un contre à l’ultime minute. Les choses se compliquent même si la venue de Lucerne le week-end suivant à Genève permet aux Grenat de se rassurer avec la manière : 6:0 ! Bâle est à trois points, Grasshoppers à quatre… Servette perd ensuite des plumes au Letzigrund (2:0), défaite indiscutable d’une équipe appliquée à soigner la manière mais sans mordant et fatiguée. Bâle n’est plus qu’à un point et il faut maintenant aller défendre ce viatique au Stade Saint-Jacques…

Bâle inarrêtable

Les 27’500 spectateurs qui garnissent l’enceinte bâloise constatent d’emblée que les Grenats n’ont plus l’influx qu’ils avaient manifesté tout au long de la saison. Les Bâlois, guère inspirés techniquement, ont néanmoins l’emprise sur un match que des Servettiens sans venin ne semble vouloir disputer que sur la pointe des pieds… Un raté de Schnyder seul face au portier rhénan à la 20ème minute constitue un des tournants du championnat : Lauscher ouvre la marque peu avant la mi-temps d’un joli coup de tête au milieu d’une défense genevoise amorphe. En seconde mi-temps, alors que Servette est censé désormais prendre le jeu en mains, ce sont à nouveau les Bâlois qui, avec beaucoup d’abnégation et de rage de vaincre, portent le danger devant le but de Karl Engel. Ils doublent la mise à l’heure de jeu. A une journée du terme, la donne est désormais inversée : Bâle a un point d’avance sur Grasshoppers et Servette. Les Grenats, qui accueilleront les Sauterelles pour l’ultime journée,  ne peuvent plus que croiser les doigts pour que Bâle s’incline face à Zurich…

Tanner et Gaisser
Tanner et Gaisser unissent leurs efforts pour porter le coup de grâce sous les yeux d’une défense servetienne qui semble avoir cruellement baissé les bras…

La messe est dite

Averti à Bâle, Barberis ratera l’ultime ronde du championnat, une absence bien préjudiciable tant le petit lutteur au numéro 6 avait paru être l’un des rares Servettiens à finir la saison avec le même tempo qu’il l’avait commencée. Dans la presse, Pazmandy, privé de sa pièce maîtresse, s’affiche défaitiste… La rencontre est de petite cuvée : Servette, inexistant offensivement, croit tenir le bon bout grâce à une de ces longues chevauchées de Bizzini dont le fougueux défenseur tessinois a le secret. Puis une accélération de Ponte à deux minutes de la fin permet à GC d’égaliser. Ce but permet aux Zurichois de souffler le second rang aux Grenats mais reste sans influence sur le titre : au Letzigrund, Bâle avait bien vite pris le large en menant 1:4 à la demi-heure de jeu.

Les raisons d’un échec

Après cet échec inattendu des Servettiens, chacun y va de sa petite théorie pour expliquer leur émoussement fatal à quelques encablures d’un titre qui leur tendait les bras… Signalons d’abord que le rideau était tombé sur le championnat suisse le dernier jour de juin, près de dix jours après la finale de l’Euro 80 remportée par la RFA de Schuster, Rummenigge et Hrubesh face au Cendrillon belge… Une saison à rallonge pouvant surcharger les organismes (la formule sera abandonnée dès la saison suivante), mais pas seulement ceux des Servettiens ! Après la victoire contre Bâle, les Grenats ont sans doute aussi pêché par excès de confiance. On les soupçonne d’être tombés dans une certaine facilité : habitués à gagner haut la main, ils se retrouvent soudain dépourvus de ressources face à des formations accrocheuses capables de les faire douter. Autre élément déstabilisateur : d’insistantes rumeurs de transferts et le fracas de certains départs jalonnent la fin du championnat. Fin mai, on apprend ainsi par le biais d’un quotidien de boulevard zurichois que Piet Hamberg a été transféré à Ajax. Prise de court, la direction servetienne doit confirmer. Début juin, Andrey, Engel et Trinchero font leur apparition sur la liste des transferts. Le portier lucernois trouve bien vite de l’embauche du côté de Xamax. On apprend le lendemain la confirmation d’une nouvelle dans l’air depuis de longues semaines : le départ de Barberis pour l’AS Monaco. Servette brade les joyaux de la couronne, une curieuse ambiance de démobilisation s’installe alors dans l’esprit de certains. Quant aux Bâlois, sans génie mais toujours présents, misant sur la continuité d’un effectif coaché par Benthaus, ils décrochent à la sauvette un titre qui sera suivi d’une longue éclipse…

Jacky Pasteur et Germinal Walaschek

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Une réflexion sur « Servette se défausse du titre avec désinvolture… »

  1. Merci. La morale : Rien n’est joué avant le coup de sifflet final du dernier match.
    Elle vaut pour le titre comme pour la relégation.
    ABE et allez Servette !

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