Une relégation sans un pli (première partie)

Super-Servette et EDS copie

L’exercice peut ressembler à une entreprise masochiste : laisser redéfiler le mauvais film de la saison 2012-2013. On se consolera en se disant que le futur ne peut être en principe que meilleur…

Un recrutement a priori intelligent avec des moyens limités

Après une saison très chargée émotionnellement, chacun était conscient que la nouvelle saison pouvait s’avérer un joli traquenard. Stéphane Nater, qui souhaitait pourtant rester à Genève, rejoint le néo-promu Saint-Gall faute d’offre de la direction servetienne. Eudis doit chercher un nouveau club.  Ishmael Yartey et Roderick, qui appartiennent tous deux à Benfica, ne peuvent pas être conservés. Le Ghanéen rejoint Sochaux, Roderick repart à Lisbonne. Carlos Saleiro ne jouera plus non plus pour Servette, un départ que personne ne regrette. Dans l’autre sens, Geoffrey Tréand revient à Genève, il est accompagné de deux prometteurs joueurs du LS (Alexandre Pasche et Steven Lang). Au chapitre des retours figurent également Genseric Kusunga, prêté par le FC Bâle où il n’avait pas su se faire une place de titulaire, et Christopher Mfuyi que Valenciennes avait à peine aligné. Kusunga et Mfuyi bouchent ainsi les trous laissés par Baumann et Diallo blessés depuis de longs mois. Les jeunes Kevin Gissi et Simone Grippo font leur apparition. De l’avis général, Servette a su se renforcer adroitement même si le départ de Yartey sera probablement difficile à compenser. Un joueur de son calibre n’est toutefois pas à la portée de la bourse du club grenat, dont les finances sont scrupuleusement suivies par l’instance de contrôle de la SFL. Les joueurs auront d’emblée l’occasion de faire leurs preuves avec des semaines anglaises à répétition (qualifications pour l’Europa League)

Un début de championnat raté

Les matchs amicaux sont très moyens, João Alves procède à de nombreux essais. Lake parade oblige, le premier math de championnat est avancé au vendredi 13, un bien funeste présage… Contre un FC Bâle new look, Servette a l’emprise sur le jeu mais reste bien timide en attaque. Comme bien souvent, c’est Bâle qui finit par marquer, de belles chances de revenir au score sont ensuite galvaudées. La défaite est amère mais donne envie de voir la suite !  Seuls 8’135 spectateurs s’étaient déplacés, lors du dernier match de la saison précédente contre la même équipe, ils étaient encore 21821. Où sont-ils donc passés ? La course à la qualification pour l’Europa League débute par un succès contre les Arméniens du FC Gandzasar grâce à des buts de Karanovic et Gissi (2:0). Cette victoire ne doit pas faire oublier que, pour son retour européen après 8 années d’absence, Servette aurait dû l’emporter beaucoup plus nettement. Le dimanche qui suit ce bon match est marqué par une nouvelle défaite malheureuse, cette fois-ci à Tourbillon contre un FC Sion coaché par Sébastien Fournier et où figure l’ancien champion du Monde Genaro Gattuso. Peu avant le terme, Gonzalez, un peu parti à l’aventure, bouscule un Sédunois dans ses seize mètres. Le pénalty qui s’ensuit est fatal aux Servettiens qui auraient mérité un point Quant au public valaisan, bon, laissons cela… De nouveaux transferts sont alors annoncés : Mike Gomes et Samir Ramizi rejoignent une équipe dont 4 joueurs émargent déjà à l’infirmerie. En Arménie, Servette confirme son succès du match aller pour accéder au second tour (1:3, buts de De Azevedo et deux fois Pont). Comme lors de la saison précédente, Alves remplace Gonzalez par Barroca. Avant d’affronter Lausanne, Servette doit composer avec 12 (!) blessés et les fatigues du voyage de 10 heures pour rentrer d’Erevan. Sur la pelouse de la Pontaise, le réveil est dur : défaite 5:1 dans le derby lémanique, une correction à mettre sur le compte de la faiblesse servetienne bien plus que sur l’allant des Vaudois. Même le but servettien avait en réalité été l’oeuvre d’un Lausannois après quelques minutes.

Elimination en Coupe d’Europe

Alors que le club ne souhaitait pas conserver Eudis, le Brésilien, qui n’avait toujours pas trouvé d’employeur, est réintégré dans une équipe qui sèche devant le but. En Europa League, les Grenats signent ensuite un bon match contre les Norvégiens de Rosenborg TK mais au prix d’une grosse débauche d’énergie (1:1, but de Schneider). Ce résultat laisse toutes les options ouvertes contre une équipe rodée à Champions League. La rencontre contre YB débute par une minute de silence à la Praille : Jean-Yves Valentini (62 ans) est décédé suite à un accident de moto. Il avait fait partie de la mythique équipe servettienne de la saison 1978/79 qui avait remporté 4 trophées. Contre les Bernois, Servette marque enfin son premier point. Peu avant la mi-temps, Karanovic avait obtenu une importante égalisation (1:1), c’est bien le seul motif de satisfaction. Des éléments porteurs tels que De Azevedo, Pizzinat, Karanovic, Moubandje ou Rüfli ne semblent plus en mesure de donner une impulsion à l’équipe, ils semblent eux-mêmes en pleine crise. Comme bien trop souvent, Estaban est blessé. Kouassi stagne et les nouveaux ne sont pas encore prêts. Alves procède à de multiples essais, doit composer avec les nombreux blessés et parait lui-même douter parfois. Physiquement, l’équipe n’est pas à la hauteur. Le voyage en Norvège marque la fin de l’aventure européenne : le nul 0:0 contre Rosenborg TK n’est pas tout à fait inattendu, le carton rouge récolté par De Azevedo après le coup de sifflet final est symptomatique.

Servette s’enfonce en championnat

L’élimination européenne permettra-t-elle au moins de désormais se concentrer sur le championnat ? Même pas : une performance catastrophique contre GC est sanctionnée d’une défaite 1:0. Le score est toutefois trompeur : les Zurichois auraient tout aussi bien pu marquer 5 ou 6 fois sans un Barroca en état de grâce. Servette n’avait eu aucune réelle chance de but. Karanovic, Pasche, Moutinho, De Azevedo, Eudis ? Aux abonnés absents. Il s’agissait de la première défaite des Grenats dans le nouveau Letzigrund. Tout ce qui avait fait la force de Servette la saison précédente a été balayé. C’est grave docteur ? A la Praille contre Zurich, les Grenats grapillent un petit point. Eudis ne touche qu’une fois la balle en 90 minutes mais marque suite à un joli solo. La rencontre suivante, toujours à la Praille est le duel des cancres : Servette accueille le FC Lucerne qui vient déjà de remplacer son coach Murat Yakin par Komornicki. Les Grenats prennent un bon départ et pressent les Lucernois une demi-heure durant, sur la gauche Tréand et Esteban (!) sont incisifs. Un but parfaitement valable de Kusunga de la tête est annulé, c’est le début de la fin, Lucerne l’emporte 0:2. Servette s’incline ensuite le plus logiquement du monde à Thoune (3:0). Cette défaite coûte son poste à Alves et à son staff. Est-ce la solution ?

Sébastien Fournier aux commandes

La recherche d’un nouvel entraineur traine en longueur puis Sébastien Fournier est intronisé. Avec son franc-parler, il avait insulté des joueurs fêtards avant de démissionner de la première équipe du FC Sion. Il connait Servette et le football suisse. A lui de redonner confiance aux joueurs ! Sa première sur le banc servettien tourne au désastre : contre les Zougois du SC Cham, pensionnaires de première ligue, les Grenats s’inclinent dans les toutes dernières minutes (2:1) après une ouverture du score par Tréand. Peut-on encore tomber plus bas ? Fournier est alarmé par la faible condition physique de l’équipe. Docteur : Oui, c’est grave !

Fournier
Sébastien Fournier : un gagneur-né. Suffisant pour remettre le onze grenat sur de bons rails ?

 Un chemin de croix sans rémission

Le calvaire se poursuit contre le leader de Super League Saint Gall à l’AFG-Arena, la défaite 2:0 marque selon Fournier certains progrès malgré des séances d’entrainement éprouvantes. Dans un match capital contre Lausanne à la maison, Servette lutte mais perd le lac sous une pluie continue (0:1). L’intérêt principal du match est l’introduction du jeune Kevin Mbabu à la 66ème minute pour Pasche. Formé au club, âgé de 17 ans, il est un immense talent. Au stade de Suisse, une inquiétante défaite  6:2 plonge les Grenats dans un désarroi complet. A leur retour aux Evaux, les joueurs sont « accueillis » par une trentaine de supporters dont certains avaient quitté le stade prématurément et qui leur demandent des comptes pour leur piètre performance. Selon les fans, les joueurs ne respectent pas leur maillot. Durant 30 minutes le duo d’entraineurs  Fournier/Braizat ainsi que quelques joueurs, parmi lesquels David Gonzalez et Eudis dont les performances avaient donné flanc à de vives critiques, s’efforcent d’expliquer la situation. Avant une difficile expédition à Bâle, l’équipe travaille toujours sa condition physique. Tout en montrant de bonnes choses, les Grenats s’inclinent 3:2. Au chapitre des satisfactions figurent les deux jolis buts (Tréand et Lang). Un hors-jeu imaginaire conduit à l’annulation d’un but servettien, les Bâlois bénéficient toujours d’un petit bonus… Les Servettiens n’avaient vraiment pas besoin de ces coups de sifflet malencontreux…

Des signes encourageants

Après la défaite à Bâle, le directeur sportif Arpad Soos annonce son départ. Ceux qui le regretteront pourront sans problème de place cohabiter dans une cabine télephonique. Il s’agit bien de la première bonne nouvelle depuis  longtemps. Si on peut mettre à son crédit son concours pour cartographier la faillite servetienne du printemps précédent, il laissera cependant le souvenir d’un directeur sportif à temps partiel, en désaccord avec l’entraineur Alves, et au réseau de contacts limité aux environs de Nyon. Le mois d’octobre qui suit est bon. Fournier a fini de remettre son équipe à niveau physiquement : contre le fringant néo-promu Saint-Gall, les Grenats décrochent un point dans la douleur puis obtiennent leur premier succès de la saison contre le leader GC, désarçonné par l’agressvité servetienne. Il en va de la survie, il faut se battre… Après le départ désastreux, les fans reprennent un peu espoir. A Lucerne, l’équipe est toujours limitée sur le plan du jeu mais ne se laisse pas décrocher. Un joli but en pivot d’Eudis peu après la pause permet au SFC de mener à la stupéfaction générale. Contre des Lucernois qui ne sont pas des foudres de guerre, toute la seconde mi-temps est consacrée à se défendre. Cela ne peut pas marcher ainsi, l’équipe de Suisse centrale obtient l’égalisation à quelques encablures du terme. Les Servettiens font de leur mieux mais leur potentiel est malheureusement bien maigre. Cela suffira-t-il pour le maintien en Super League ? Piero Bobbio est nommé directeur sportif par Hugh Quennec. Le département de marketing lance de nombreuses actions. Fourteen présente sa collection de vêtements de sport, devant le stade est installé le „Village du Servette FC“, le secteur VIP est amélioré. Les spectateurs doivent se sentir bien et naturellement dépenser de l’argent. Malheureusement, les matchs ne réchauffent guère le coeur…

Un retard de sept points

La défaite à domicile 0:2 contre Sion fait mal en brisant une mini-spirale ascendante. Gilbert Dutoit avait donné le coup d’envoi. Genaro Gattuso et ses coéquipiers sont tout simplement supérieurs, une vérité difficile à avaler… Les Sédunois semblent capables d’élever le rythme à chaque instant mais l’emportent sans forcer. Après le lac, c’est aussi le Rhône qui est perdu. Par contre, les Grenats font tomber Rolf Fringer en ramenant trois points de Zurich : Tréand et Eudis réjouissent les rares fans qui ont fait le déplacement, il y a de la joie ! Avec Alves, seuls les changements étaient constants : lors des 10 matchs joués sous sa direction, l’équipe avait connu 4 capitaines ! Fournier fait confiance à un onze de base, les automatismes doivent peu à peu être huilés. Le premier tour se clôt sur un maigre match nul contre Thoune à la Praille (0:0). En un sens, c’est déjà un progrès réjouissant, mais le public est déçu. Les six derniers matchs auront permis de cueillir 9 points mais passons sous silence tout ce qui s’était passé avant. Servette pointe à 7 longueurs de l’avant-dernier (Zurich). La pause hivernale permettra-t-elle d’apporter les modifications nécessaires ? Il est permis d’en douter. La situation financière est fragile, on peut seulement se consoler en disant qu’au moins le club vit toujours : Hugh Quennec, qui l’avait sauvé d’une seconde faillite, probablement fatale, à quelques années d’intervalle, est désormais sans cesse en quête de sponsors. Les fans sont néanmoins perplexes : d’inconfortables questions font surface. On peut aussi s’étonner que le Genève-Servette HC ait pu aligner quelques millions pour débaucher des joueurs touchés par le lockout nord-américain alors que le football crie misère. Mini-drame pour conclure l’année : Patrick Baumann, héros de la promotion doit plier bagage. Conséquence du recrutement pléthorique orchestré par Arpad Soos, le club ne veut pas utiliser une licence pour le Bâlois qui revient d’une longue blessure. Diallo lui est préféré. Deux autres licences sont encore disponibles. Comment les pourvoir au mieux ? Ce sera tout l’enjeu du mercato hivernal…

SFC-FCB
Steven Lang

Jacky Pasteur et Germinal Walaschek

Dans le GHI de cette semaine :

GHI

5 réflexions sur « Une relégation sans un pli (première partie) »

  1. Bravo et vivement la suite. Une plongée intéressante dans les faits de la saison précédente, même si c’est encore douloureux. Il s’agit surtout d’essayer (à jamais) d’éviter de faire les mêmes erreurs. A tous les niveaux, y compris dans certains jugements de supporters.

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