Les Enfants du Servette


La der de Sevi by aloisfigo
novembre 21, 2013, 18:25
Filed under: Chroniques partenaires, Un peu d'histoire...

SFC Bienne

Il fut l’un des défenseurs européens les plus doués de la décennie. Son passage sous le maillot grenat ne dura guère plus d’un an mais lança sa carrière et fut ponctué d’un titre de champion national. Avec un champion olympique à ses côtés, la défense servetienne avait fière allure et écoeura les attaquants biennois pour la der de Sevi.

Une victoire… au tournoi du Jeûne genevois !

A l’époque, on ne parlait encore de mercato estival. Selon l’anecdote contée par Jacques Ducret, les choses se passèrent ainsi : un jeune gaillard, pas même 20 ans, avalait 350 kilomètres en vélo pour rallier Zurich à Genève où sa famille l’avait envoyé en stage professionnel et linguistique. Désireux de shooter dans un ballon, ce joueur du FC Küsnacht (troisième ligue), la raie au milieu, se présente alors à la porte du stade des Charmilles où le concierge l’oriente vers le capitaine servettien Gusti Geser, germanophone d’origine saint-galloise. Severino Minelli signe alors immédiatement un engagement en grenat et inscrit dans la foulée son nom au palmarès du tournoi interne du Jeûne genevois en remportant le concours technique (dribbles, tirs, jonglage, remises en touche) !

Un renfort bienvenu

En ce mois de septembre 1929, Severino Minelli est un renfort bienvenu. Depuis trois saisons, Servette court après le titre de champion romand qu’il avait trusté durant près de dix ans. Bienne, puis Etoile Carouge et UGS se sont engouffrés dans la brèche. Le recrutement local des Grenats n’a pas donné les résultats escomptés, il faudra songer à élargir le rayon de prospection pour retrouver son rang. Le début de saison est raté (deux défaites). Remercié avant l’été, l’Anglais Teddy Duckworth est déjà rappelé pour succéder au major Frido Barth incapable d’imposer ses méthodes à sa troupe de footballeurs. Servette se reprend, son attaquant prodige Raymond Passello revient de voyage de noces, les premiers succès tombent dans l’escarcelle. En défense, c’est l’éclosion de Severino Minelli. Au fil des matchs se profilent déjà les qualités qui feront de cet athlète de pointe un footballeur en avance sur son temps :  technique hors pair, habileté des deux pieds, sûreté des interventions, frappe de mule, tempérament de feu, intelligence de jeu, constance… Un succès 2:1 arraché de haute lutte mi-décembre face au leader Bienne aux Charmilles devant 6000 personnes offre aux Servettiens une intéressante position d’attente à 4 points des pensionnaires de la Gurzelen.

Servette champion

Au cours de l’hiver, le vif ailier espagnol Rodriguez et l’attaquant allemand Link viennent affûter l’attaque servettienne, malgré des défaites à Bienne et UGS, les Grenats conservent in extremis le second rang romand qui pour la première fois donne droit d’accéder aux finales nationales en compagnie du FC Bienne. Une victoire initiale contre Young Boys (4:2) est suivie d’un beau succès de prestige contre Grasshoppers (1:0), souverain, Minelli met en échec toutes les incursions des Sauterelles. La semaine suivante à Lugano, il inscrit d’un splendide coup-franc le second but d’un match qui voit les Grenats sacrés champions suisses (1:3), une semaine avant un ultime succès à Bâle (0:3). Servette avait retrouvé sa couronne !

Servette_1930

Les vainqueurs de Lugano : Minelli est le second en haut depuis la gauche, Son compère Bouvier est hilare sous son béret au centre.

Nous avions narré la fin de cette saison dans la chronique : Battre Young Boys, devenir champion, inaugurer son stade, “créer » la Coupe d’Europe : joli programme !)

La seconde jeunesse du médaillé olympique

Devant le gardien Moget, la fulgurante ascension de Severino Minelli valorisait l’action de son valeureux partenaire de la défense, Charly Bouvier. Ce colosse, sempiternellement coiffé d’un béret, affichait alors près de quinze ans de sociétariat grenat à son compteur. Vieux briscard de la lumineuse décennie 1920 (trois titres nationaux), il avait été aligné 5 fois en équipe de Suisse et avait pris part, en tant que remplaçant, aux Jeux Olympiques de Paris en 1924 qui avaient accouché d’une médaille d’argent helvétique. Mais le plus haut fait de cet athlète complet était encore à venir : reconverti dans le bob, il décrochera une médaille d’or aux JO de Garmisch en 1936 en tant que pousseur de l’équipage du Fribourgeois Pierre Musy ! Un prolongement insolite d’une carrière de footballeur déjà bien remplie !

Musy et Bouvier

L’équipage suisse médaillé d’or Garmisch. Charly Bouvier est juste derrière Pierre Musy (http://www.musy.net/Musy_-_Gruyere/Pierre-1/Pierre-2/pierre-2.html)

L’envol de Minelli

Le titre national 1930 débouche pour Minelli sur ses deux premières sélections en équipe de Suisse en juin lors d’une tournée en Scandinavie. Ce footballeur pur-sang, à l’engagement parfois désordonné mais toujours sans faille, entame à Stockholm une odyssée d’exactement 13 ans avec la Nati avec en point d’orgue l’élimination de la Grande Allemagne lors de la Coupe du Monde 1938. Capitaine de la Nati lors de deux Coupes du monde, il incarnera la figure éternelle de l’intraitable et héroïque défenseur helvétique, le Winkelried des terrains de football, un comble pour un fils d’immigrés bergamasques et doué techniquement par-dessus le marché ! Le coach italien Vittorio Pozzo fera d’ailleurs le voyage de Küsnacht pour tenter de le convaincre personnellement d’endosser la tunique azzuri en lui faisant miroiter une naturalisation accélérée, offre que Sevi déclinera. Mais n’anticipons pas, en juin 1930, Severino Minelli est encore grenat pour quelques mois…

First Vienna au tapis

La saison 1930-1931 s’annonce donc sous les meilleures auspices : nouveau stade brillamment inauguré lors de la Coupe des Nations, couronne nationale à défendre… Fin août, le FC Zurich inaugure lui aussi une nouvelle tribune. A cette occasion, les Grenats sont conviés à donner la réplique aux prestigieux Autrichiens de First Vienna, ceux-là même qui les avaient boutés hors de la Coupe des Nations à Genève quelques semaines plus tôt en demi-finale. La revanche tourne à l’avantage de Servette (3:2). Pour marquer le coup, Minelli convie ses coéquipiers à dîner au bord du lac à Küsnacht. Peut-être leur annonce-t-il ou apprend-il à cette occasion une regrettable nouvelle : l’épicerie familiale a besoin de lui, il faudra qu’il enfourche à nouveau sa bicyclette pour revenir dans le giron zurichois… En attendant, Servette atomise Fribourg pour la reprise du championnat (12:0). Jacques Ducret rapporte d’ailleurs que le préposé au tableau d’affichage jette l’éponge alors que les attaquants grenats ne sont pas encore rassasiés… La semaine suivante, les Servettiens sont à Liège pour un tournoi international. Ils éliminent Anvers (3:2) à l’issue d’une partie où Minelli met totalement sous l’éteignoir l’avant-centre de l’équipe nationale de Belgique. Son coéquipier Gusti Geser, qui n’est pas spécialement un manche (9 capes internationales) se surprend à applaudir l’intransigeante maîtrise de Sevi. La finale est néanmoins perdue contre Liège (1:3).

Servette_1930-31

Les vainqueurs servettiens de First Vienna, Minelli est tout à gauche.

La der

Un dimanche de septembre, Minelli revêt pour l’ultime fois le maillot grenat. A la Gurzelen, Servette défie le champion romand sortant. L’opposition des styles est patente : Servette procède par petites passes et développe un jeu technique, les Seelandais usent de longs ballons à destination de leurs ailiers. Peu à peu, Bienne prend l’emprise sur le jeu mais Minelli et Dubouchet veillent au grain, il est vrai qu’ils ont la partie facile face aux petits gabarits biennois. Rien n’est marqué avant la mi-temps. La seconde période est du même tabac, on s’achemine vers un match nul qui ne lèse personne lorsque suite à un effort de Tschirren, Bailly, laissé étrangement seul à trois mètres des buts, ouvre la marque pour les Grenats. Servette enchainera encore deux victoires puis le mois de novembre sera funeste : trois défaites, une élimination en Coupe… Outre Minelli, ce sont aussi Geser et Pichler qui ont dû quitter le club, la saison se soldera par une morne cinquième place romande.

Une splendide carrière    

A la fin de la saison entamée en grenat, Minelli est champion, mais avec les Grasshoppers ! Il ne s’arrêtera pas en si bon chemin, récoltant quatre autres couronnes nationales et 8 Coupes de Suisse avec les Sauterelles. Après 13 ans de fidélité, il passe chez le voisin du FC Zurich en tant qu’entraineur, il donnera même un coup de main en coachant la Nati avant la Coupe du Monde 1950 au Brésil. Indéboulonnable pilier de la Nati de 1930 à 1943, il battra le record suisse et européen détenu conjointement par le Hongrois Imre Schlosser et Max Abbeglen (69 sélections)  puis au match suivant, il dépassera l’Uruguayen Angel Romano pour établir un record du monde. Son total final s’établira à 80 capes. Ce n’est qu’en 1956 que le Hongrois Ferenc Puskas le détrône au niveau mondial. Sur le plan suisse, son successeur sera un autre Zurichois, lui aussi exemplaire de régularité et paré des vertus cardinales helvétiques : Heinz Hermann (en 1987).

Minelli allemagne

Minelli capitaine de la Nati lors de l’homérique confrontation avec la Grande Allemagne de 1938

Si son éphémère compère de la défense servettienne Charly Bouvier s’était reconverti dans le bob, Minelli, après deux Coupes du Monde de football participera aussi à deux championnats du monde de… golf !

Jacky Pasteur et Germinal Walaschek

Autre chronique portant sur le FC Bienne :

“Les Biennois sont de bons Bernois” : une analyse de 1927

Des récits détaillés de la carrière de Minelli avec la Nati :

Sous le maillot grenat à croix blanche (2),
Sous le maillot grenat à croix blanche (3),

Sous le maillot grenat à croix blanche (4)

Sous le maillot grenat à croix blanche (5)

Sous le maillot grenat à croix blanche (6)

Sous le maillot grenat à croix blanche (7)

Couverture et quatrieme de couv


5 commentaires so far
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Quennec sur leman bleu…comment ne rien dire pendant 15min. Brian a bien été le chercher, mais il est tombé sur le champion du monde de la langue de bois. Roger et Pyshiar c’était l’autre extrême, mais Quennec point de vue communication, c’est quand même un sacré client aussi!

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Commentaire par grenananère

Ce Sévi était vraiment un gars incroyable. Très belle chronique, merci !

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Commentaire par Michel

[…] La semaine passée : la der de Sevi […]

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