Les Enfants du Servette


Pas de match aujourd’hui ? Allons donc ! by Germinal Walaschek

Notre chroniqueur Jacky Pasteur nous assure qu’il a vu un match aujourd’hui, amical, certes, mais quelle affiche : 1979-2019 ! un match fictif en trois actes.

Eh oui, nous en avions quelques uns de ces rares joueurs de classe mondiale. De temps en temps, on entend encore des Servettiens claquer de la langue. Mekhloufi, Dörfel, Rummenigge ou Karembeu, tous avaient atterri à Genève dans des circonstances un peu particulières. Malheureusement, l’écart qui les séparait des autres joueurs étaient trop conséquent pour qu’ils puissent aujourd’hui encore être associés, pour nous Grenats, à de grands succès. Il en va tout autrement quand il s’agit de l’équipe mythique de 1979. Chacun se souvient d’une anecdote. Bien des choses sont enjolivées, idéalisées ou relèvent carrément de la magie. Rares sont encore ceux qui ont vraiment vu jouer cette équipe. Le maillot Admiral, désormais presque brun, est le vêtement le plus recherché de Genève. Tous connaissent les noms. Bizzini, Guyot, Barberis et Pfister font revivre de temps à autres dans nos souvenirs le Stade des Charmilles. Avant le match légendaire du 10 mai dernier contre Lausanne, ils ont été honorés sur la pelouse. Un hommage bien mérité.

L’équipe de 1979 a conquis quatre titres, même si la Coupe des Alpes en soi était un tournoi de pré-saison et si on veut pinailler, elle a été remportée en 1978. Quoi qu’il en soit, l’équipe était extraordinaire et comptait de supers joueurs et un entraîneur intelligent. Il avait une longueur d’avance tactiquement sur ce qui allait devenir la norme dans les stades européens. La défense en ligne et les schémas à une touche de balle étaient célébrés à toute allure. A cela s’ajoutaient des caractères bien trempés avec l’ADN de la victoire. L’auteur de ces lignes lui-même était époustouflé. Mais bien plus que la tactique, c’étaient la couleur cool, les cheveux longs ou les bas tombant sur les chevilles qui l’impressionnaient alors. Cette équipe provoque aujourd’hui encore de la nostalgie !

Premier acte

Et voici qu’elle doit rechausser les crampons ! Pour le match amical fictif sont conviées l’équipe de 1979 et la formation actuelle d’Alain Geiger. Comment s’en sortiront–elles ? Le jour dit, les deux équipes se retrouvent à la Praille. La plupart des joueurs actuels n’auraient de toutes façon pas su trouver les Charmilles… L’équipe de 1979 doit donc porter son deuxième maillot. Pour les vieux briscards, ce n’est nullement un problème: ils ont aussi gagné tant de fois en arborant la version blanche du tricot Admiral. Par piété, les joueurs et l’entraîneur qui ont déjà quitté ce monde seront laissés au repos. Paix à leur âme au paradis grenat.

La veille du match, la conférence de presse est quelque peu inhabituelle. Guyot et Barberis se montrent combattifs: « comme à chaque match, nous voudrons les deux points. » On leur fait alors remarquer qu’une victoire en vaut désormais trois et que Bertine devrait d’urgence aller se procurer des protège–tibia. Iapichino et Tasar s’étonnent de leur confiance en eux et de leur ton ton d’évidence. Il est vrai que les deux équipes ne partent pas du même point. L’équipe articulée autour d’Andrey et Hamberg est coutumière des victoires. L’équipe d’Alain Geiger est un néo–promu fringant et ne veut pas rater l’occasion de créer à nouveau la surprise.

Les Genevois, spectateurs événementiels par excellence, veulent naturellement tous être de la partie. On joue quasiment à guichet fermé. Si le match contre Lugano n’avait pas été déprogrammé, beaucoup seraient restés chez eux en faisant la moue. Quel dommage ! La Section Grenat est bien sûr fidèle au poste, elle regroupe les fidèles parmi les fidèles qui sont avec leur coeur, leur âme et leurs cordes vocales derrière l’équipe chaque week-end pour défendre les couleurs et les valeurs qui font le Servette FC. Un grand merci à eux !

L’équipe de Servette de 1979 avant le match Servette FC – Lausanne-Sport (10.05.2019)

Fischer, Dutoit, Locca, Guyot, Seramondi, Schnyder, Milani, Barberis, Bizzini, Dr. Compte, ?, Weber, Tankymovitch (physio), Roguet (comite), Trinchero, Coutaz, Peterhans, Andrey

Chapeau les gars!

Le décor de fête est planté. Le stade est plein comme un oeuf. Les sièges sont grenats, l’ambiance excellente. les deux équipes foulent une pelouse rongée par les champignons. La musique à plein tube bluffe un peu l’équipe de 1979. Comme il se doit pour un derby genevois, le „Cé qu’è lainô“ est entonné à pleins poumons. La Section Grenat est la plus bruyante. Les deux Tessinois Angelo Elia et Lucio Bizzini s’accoutument au profil du terrain. Quelques passes courtes devraient suffire. Guyot s’amuse de voir que l’arbitre n’est pas habillé en noir. Les autres joueurs sourient aussi en voyant les chaussures fluo et les tatouages des jeunots. Le match commence !

Deuxième acte

Barberis prend le jeu à son compte. Il se fait toutefois avertir après quelques minutes. L’absence de protège-tibia et les chaussettes entortillées autour des chevilles lui sont fatales. Il rit et continue de jouer comme si de rien n’était. Bertine! Trinchero et Guyot sont bien présents et ne s’en laissent pas conter. A eux deux ils font trébucher sans guère de douceur le Coréen Park. S’ensuit une scène confuse : pressé par le virevoltant Stevanovic dans on dos, Dutoit adresse une passe en retrait, captée sans difficulté par le portier Karl Engel. Un murmure parcourt les gradins. Ça ne va pas ! Après les explications de l’arbitre, les footballeurs intelligents de la fin des années septante intègrent la nouvelle règle. Le coup-franc n’apporte rien.

Le milieu de terrain, avec Schnyder, Barberis et le gaucher Andrey prend lentement l’emprise sur le match. Quels beaux joueurs techniques ! Ondoua et Cognat résistent toutefois et adressent régulièrement de bons ballons en pointe où Tasar et Stevanovic font étalage de leur vitesse et de leur vision du jeu. le trublion hollandais Schalk a une bonne occasion, aussitôt anéantie par le retour de Seramondi. Engel veillait aussi au grain.

Puis tombe le 1:0, de l’autre côté. Surgi de nulle part, l’autre Hollandais présent sur le terrain fait trembler les filets. Avec beaucoup de sang froid, il place sa tête sur un corner taillé au cordeau par Andrey. Les spectateurs les plus âgés se souviennent de bien des buts similaires, copier-coller comme diraient les plus jeunes. Frick n’avait pas l’ombre d’une chance de s’interposer. Plus la partie progresse, plus l’équipe actuelle revient dans le match, grâce à ses joueurs habiles. Iapichino et Sauthier poussent sur les côtés. Ce sont clairement les consignes de Geiger. Kone parvient également de plus en plus à se mettre en valeur face à la défense en ligne de Guyot et Trinchero. Démarqué par Park, il peut plusieurs fois s’imposer. Coutaz parvient toutefois à l’empêcher de conclure.

Avec son agileté, Park anime le secteur offensif. Le match est ouvert dans les deux sens, pour le plus grand plaisir du public genevois. Weber et Peterhans font leur apparition et savent se mettre en évidence. L’égalisation survient sur un shoot de loin bien réfléchi de Sasso. Le stratége de la défense avait attentivement observé Engel avant d’armer sa frappe. Le portier schwytzois reste pantois face à la trajectoire du ballon qui n’aurait pas été imaginable ainsi à son époque. Belote et rebelote : le 2:1 suit, sur une lumineuse ouverture de Rouiller pour Stevanovic.

Toujours collectif, le Bosnien sert à son tour un caviar à Park qui n’a plus qu’à conclure. Les vieux routiers n’acceptent pas d’en rester là. Marc Schnyder et toujours et encore Umberto Barberis poussent leurs coéquipiers habitués à la victoire. Guyot se sent mal compris après un foul sur Schalk, il rouspète et reçoit illico un carton jaune. Ondoua aussi dans la foulée : sa charge sur Peterhans était un peu rustique. Frick s’interpose avec bravoure devant Weber. Le public est gâté !

Troisième acte

Il ne reste que 10 minutes à jouer ! L’équipe d’Alain Geiger semble plus flexible tactiquement et a totalement pris le dessus. Admiral contre Puma. Sauthier déborde sur la gauche, Dutoit met le holà à sa chevauchée. L’infatigable Barberis ne veut pas perdre. Il remet son équipe sur de bons rails. Il semble littéralement éperonner Joko Pfister. Ce dernier est resté bien discret jusqu’à présent face à Sasso et Rouiller. Toutefois, un joueur de sa trempe n’a pas besoin de mille chances de but pour conclure. Il signe le 2:2 à la dernière minute. Un résultat qui arrange tout le monde.

A l’époque, il n’y avait pas 7 ou 8 minutes d’arrêt de jeu. Il faut en outre recourir à la VAR, Pfister a-t-il bénéficié d’une irrégularité ? Les joueurs de 1979 n’en croient ni leurs yeux ni leurs oreilles. Et puis quoi encore ? Tout ce cirque pour rien. Cela ne plait à personne et le but est finalement bel et bien validé. Pas de „Genferei“ aujourd’hui. Tout le monde est content. Au théâtre, le troisième acte est celui du dénouement tragique, mais pas ici.

Ce match est une fiction, mais pas notre amour pour le club: il vit ! Venez tous au stade, en 1979 et aujourd’hui ! Nous sommes les Servettiens et nous allons gagner!

Jacky Pasteur


6 commentaires so far
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@ Jacky Pasteur

De bleu, quel talent! Un peu plus et on s’y serait cru, vingt dieux…

Aimé par 1 personne

Commentaire par Dumbledore

Ça, tu fermes les yeux, et tu y es !

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Commentaire par Julian Karembeu

C’est comme si on y était 🤩. Génial @J. Pasteur 🎩. Ça compense un peu le manque que l’on va ressentir aujourd’hui, c’est pas facile à supporter quand on est addict au SFC 😉
🙂

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Commentaire par Stanley

Précision du « statisticien » : La coupe des Alpes était effectivement un tournoi de pré-saison. Celle remportée en 1978 l’a été en début de saison 1978/79. Servette a donc bien remporté 4 coupes cette saison-là.

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Commentaire par François Werz

HS bonne nouvelle

Selon « L’Equipe » Gérard Bonneau reste servettien et n’envisage plus de rejoindre l’ AS Saint-Etiennne.

Aimé par 1 personne

Commentaire par Dumbledore

Merci, cher Jacky Pasteur.

L’on s’y serait cru quelques instants, tant le mélange des générations et des genres paraît – certes décalé – mais si compatible, puisque Grenat des deux côtés.

J’ai connu certains des joueurs de ce groupe mythique 1979, notamment Bertine, dont j’ai repris le pseudo, qui m’impressionnait tant et notamment par ses bas de jambes…!

GRENAT jusqu’à la mort.

Un GRAND MERCI, BRAVO ET RESPECT à toi.

ALLEZ SERVETTE

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Commentaire par Bertine




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