Le point de vue d’un ancien sponsor : « c’est quand le bateau coule que l’on a besoin de ses vrais amis »

A l’heure où le Président Pishyar, qui doit se sentir bien seul, cherche des partenaires et afin de tenter de comprendre le désintérêt des sponsors potentiels envers le SFC, nous vous proposons l’interview de l’un d’entre eux. Votre dévoué Oscar Obradovic a donc interrogé M. Michel Abikzer, Président directeur général d’une PME vaudoise (!) qui a sponsorisé le SFC pendant plus de 10 ans avant de cesser toute collaboration à la fin de la saison 2006-2007.

De la fierté grenat dans les yeux

Alors que le SFC a très bien débuté sa saison et espère enfin accrocher le wagon de la Super League, que le département administratif du club a fait un bond en avant depuis l’arrivée du Président Pishyar, l’un des secteurs les plus importants en vue du développement futur du SFC est à la traîne depuis la faillite : le sponsoring. David Pivoda nous avait bien déclaré en fin de saison dernière être en discussion avec une société de haute renommée, mais la nouvelle saison semble débuter sur le même rythme que la saison précédente : le calme plutôt (très) plat. Tentative d’explication.

Les EDS : M. Abikzer, comment devient-on sponsor du SFC ?

M. Abikzer : Je suis né à Casablanca, où j’ai vécu jusqu’à mes 18 ans. Ma grand-mère habitant Genève, j’ai très rapidement suivi le SFC qui avait une très grande renommée internationale à l’époque. Arrivé à Genève en 1967 pour les vacances, je ne suis jamais reparti. Ma femme aime à penser que c’est parce que je l’ai rencontrée. C’est vrai, mais pas seulement. Je suis aussi définitivement tombé amoureux du Servette ! Je suis abonné au SFC depuis l’époque de Martin Chivers.

Les EDS : Le SFC, pour un sponsor, c’est quoi ? Un simple moyen de faire du profit ou la possibilité de soutenir un club sans rien attendre en retour, si ce n’est quelques menues exonérations fiscales ?

M. Abikzer : Je n’ai en tout cas jamais gagné directement un franc avec le SFC. Mais le SFC a toujours été un bon et prestigieux vecteur publicitaire au niveau national et international. Notre collaboration nous permettait également d’inviter nos partenaires ou collaborateurs aux matchs et de les recevoir dans d’excellentes conditions, tant aux Charmilles qu’à la Praille…avant la faillite. Et soutenir le SFC, c’est aussi soutenir ses juniors et la jeunesse.

Les EDS : Pendant combien de temps votre société (ndlr : Infolog SA) a-t’elle soutenu directement ou indirectement le SFC ?

M. Abikzer : Nous sommes restés sponsors pendant 10 ans, soit dès l’arrivée de Canal +, en 1997-1998, cela jusqu’au terme de la saison 2006-2007.

Les EDS : En quoi a consisté ce partenariat ?

M. Abikzer : Il a évolué au gré des saisons, mais consistait avant la faillite en un package de panneaux publicitaires autour du terrain (36 mètres), de la publicité dans le programme des matchs et une dizaine d’abonnements VIP qui comprenaient un accueil personnalisé avant et après les matchs, d’abord dans les locaux de Tavaro près des Charmilles, puis à l’Event Center du Stade de la Praille. Des opérations spéciales avaient également été montées pour certains matchs de Coupe d’Europe et de Coupe suisse, notamment lors de la dernière finale gagnée par le SFC au Parque Saint-Jacques, et lors de la Coupe des Rois. Pour l’anecdote, nous avions également installé un ordinateur chez Vitorino Hilton pour qu’il puisse enfin communiquer avec sa famille au Brésil ; un garçon qui le méritait tant par sa gentillesse que par son état d’esprit irréprochable. Sous l’ère de M. Vinas, nous avons également financé une partie du salaire d’un joueur pour qu’il puisse continuer à faire bénéficier le SFC de son énorme talent.

 

Du monde dans les gradins et sur les panneaux lors du dernier match du SFC dans les mythiques Charmilles

Les EDS : L’accueil personnalisé n’est plus proposé par le SFC depuis la faillite. A juste titre selon vous ?

M. Abikzer : C’est difficile à dire. Je ne connais pas les conditions de location de l’event center faites au SFC. J’ai entendu dire que les loges ne rapportaient rien au SFC et que les bénéfices qu’elles dégagent rentrent directement dans la poche de la Fondation ; l’attitude de cette dernière envers le SFC ne me pousse en tout cas pas à m’y intéresser. Ce qui est certain, c’est que c’est tout ou rien ; soit le SFC propose un vrai accueil personnalisé avec des hôtesses et des traiteurs de qualité, soit ça ne vaut même pas la peine pour la majorité des entreprises. Mais même si le monde amène le monde, je n’ai pas la légitimité de dire si le SFC devrait proposer ou non un accueil VIP en Challenge League comme il le faisait (bien) avant la faillite. 

Les EDS : Vous avez pourtant continué à soutenir le SFC après la faillite, contrairement à la plupart des sponsors de l’époque.

M. Abikzer : Effectivement, nous avons même augmenté notre soutien au club après la faillite et le logo de notre société figurait sur les deux manches du maillot du SFC la saison de la promotion en Challenge League, puis l’année suivante.

Les EDS : Alors pourquoi ne pas avoir suivi le mouvement et quitté le navire ?

M. Abikzer : Parce que c’est quand le bateau coule que l’on a besoin de ses vrais amis.

Les EDS : Pouvez-vous chiffrer le soutien financier de votre société au SFC sur ces dix ans de sponsoring ?

M. Abikzer : Euh oui, mais je ne vous donnerai pas de chiffres, ça n’est pas ça l’important. Mais en dix ans, ça fait pas mal de zéro alignés.

Les EDS : La fin de votre collaboration avec le SFC correspond à l’avant dernière année de présidence de M. Vinas. Quand on sponsorise le club de son coeur pendant 10 ans, qu’est-ce qui fait que l’on stoppe son soutien ? Le club n’avait pourtant pas fait une mauvaise saison (ndlr : les grenats avaient fini 7ème) ?

M. Abikzer : Vous savez, quand on demande à quelqu’un de payer, ce dernier attend quelque chose en retour. Avec M. Vinas, il fallait payer, mais se taire. Ce n’est pas ma notion de collaboration. Des engagements non tenus m’ont définitivement coupé l’envie de continuer à collaborer avec l’ancienne direction du SFC. La politique sportive, le niveau de jeu proposé et l’image donnée par le club en général étaient de plus catastrophique. Je n’ai d’ailleurs pas pu mermettre les pieds à la Praille la dernière saison de présidence de M. Vinas. Ca n’était tout simplement plus possible pour moi.

Les EDS : Mais aujourd’hui M. Vinas a laissé la place à M. Pishyar. Le SFC est en net progrès dans tous les domaines. Alors pourquoi ne pas « remettre les couverts » avec le SFC ?

M. Abikzer : A l’arrivée de M. Pishyar, je suis revenu à la Praille. Mais j’ai vite été dégoûté par le jeu proposé par l’équipe lors de la première saison de présidence de M. Pishyar, même si ce dernier avait dû faire avec ce qui lui avait été légué. Je n’ai par ailleurs pas compris comment M. Pishyar a pu garder M. Niederhauser aussi longtemps à la tête du SFC ou engager comme pseudo-renfort un joueur comme Duruz ; cela démontrait une méconnaissance du football de la part des dirigeants, ce qui a augmenté mon exaspération après certaines performances très faibles de l’équipe, voir honteuses comme ce fut notamment le cas lors de la défaite 2-0 à Nyon la saison passée. J’étais présent à cette mascarade et croyez-moi, ça m’a coupé l’envie.

Les EDS : Votre raisonnement semble dicté tant par la raison que par le coeur. Est-il pour autant applicable aux autres sponsors potentiels ?

M. Abikzer : A mon avis oui en ce qui concerne la qualité de l’accueil. Pour le reste, même si je suis un supporter avant tout, j’attends que le SFC gagne avec la manière et soit respecté. En fait, comme tout sponsor. Mais, personnellement, c’est le coeur qui parle en premier.

Les EDS : Mais alors comment pourriez-vous expliquer cette difficulté pour le SFC à retrouver des sponsors ? Un problème d’image ?

M. Abikzer : Sûrement, même si M. Pishyar n’en est pas responsable. Il faut reconstruire la relation, se déplacer et aller voir les sponsors ; en fait prendre le temps de les rencontrer et d’exposer dans les détails le projet du SFC. Après, on y adhère ou on n’y adhère pas. Mais le plus important est vraiment de renouer un contact franc et transparent. Pour notre cas, nous envoyer une plaquette ne sert donc à rien. Ca n’est pas comme ça que l’on construit, ou plutôt renoue, un partenariat.

Les EDS : Le SFC a déclaré avoir pris contact avec plusieurs milliers d’entreprises. Votre société a-t’elle été à nouveau approchée par le SFC ?

M. Abikzer : Oui, mais très maladroitement. On nous a appelé il y a une année environ pour savoir si on serait d’accord de mettre des ronds. Avant de mettre de l’argent, je veux savoir pourquoi et avoir mon mot à dire sur son affectation. Payer et me taire, désolé, j’ai assez donné. De plus, comme expliqué plus haut, le jeu proposé m’avait coupé toute envie. Un partenaire doit pouvoir être fier de son engagement. D’oû l’importance des résultats sportifs et la nécessité d’une prise de conscience des joueurs.

Les EDS : Concrètement, votre soutien d’aujourd’hui, c’est quoi ?

M. Abikzer : Huit abonnements en Tribune principale et…c’est tout.

Les EDS : Mais seriez-vous prêt à sponsoriser à nouveau le SFC, voire son académie ?

M. Abikzer : Actuellement, je n’ai pas le temps. Mais si je dois me réinvestir dans le projet du SFC, il est clair que je ne me satisferai pas à me limiter à signer des chèques. J’attends également que M. Pishyar tiennent ses promesses. Il y a certes Joao Alvès, qui est le meilleur transfert du SFC. Mais on nous a aussi promis du lourd dans les transferts. Il faut aussi donner à M. Alvès les moyens d’atteindre l’objectif fixé.

Les EDS : Serez-vous présent samedi pour voir le SFC contre Bienne ?

M. Abikzer : Oui, évidemment.

Les EDS : Votre pronostic ?

M. Abikzer : Victoire du SFC 3-1.

Les EDS : Merci pour cet entretien !

M. Abikzer : Merci à vous et mes félicitations pour l’excellent travail sur votre site que je consulte souvent. Et longue vie au Servette.

Par Oscar Obradovic

30 réflexions sur « Le point de vue d’un ancien sponsor : « c’est quand le bateau coule que l’on a besoin de ses vrais amis » »

  1. Excellent interview, vraiment très intéressant à lire. Du grand Oscar.
    Un grand Merci à M. Abikzer et à sa société de services informatique pour son soutient ces dernières années. C’est vrai que le clubs a progressé à tous les échelons. Au niveau Sponsoring par contre on marque le pas. Il serait bien de s’attacher les services d’une personnalité genevoise du monde des entreprises industrielle ou de la finance pour faire démarrer cette dynamique de sponsoring. L’avenir du club de notre coeur passe par la. Si Infolog veut rejoindre notre projet ils sont les bienvenus du côté des supporters. Longue vie à nos couleurs.

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  2. Merci Oscar, ton interview soulève de nombreuses questions pertinentes. Vraiment très instructif. C’est vrai que le sponsoring me semble l’un des chantier les plus importants pour l’avenir du SFC. Il y a du pain sur la planche ! Mais c’est un beau Challenge.

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  3. C’est aussi bien que cette réaction paraisse publiquement, de quoi peut-être faire réfléchir la direction du club sur ses méthodes d’approche et améliorer certaines choses…

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  4. Je crois que la direction du club lit comme nous assidûment le site des EDS et aussi plus que certainement le Forum. C’est d’ailleurs important cela permet de connaitre l’avis de la vox populi.
    La vox populi dit d’ailleurs: ALLEZ SERVETTE 😉

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  5. Il y a malgré tout un point qui me chiffonne : un sponsor doit-il avoir un mot à dire ? Je ne connais pas les relations qui existent habituellement entre sponsors et clubs de foot, mais j’avoue être surpris. Pour moi, un sponsor met de l’argent pour être vu, parce qu’il apprécie l’image dégagée par le club, parce qu’il se reconnaît dans la manière dont le club est géré, mais de là à avoir son mot à dire… Et dans quels domaines ?

    Entendons-nous bien : je ne dis pas que M. Abkizer, que je respecte totalement pour son engagement que je connaissais tout au long de ces années, a tort. Je suis étonné.

    Excellent interview ceci dit.

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  6. La remarque et l’étonnement de Cédric sont à mon avis pleinement justifiés et pertinents.

    Mais pour bien comprendre la situation, il faut à mon avis remettre les choses dans leur contexte et distinguer deux périodes bien distinctes :

    1. Le pur sponsoring, soit la situation d’avant faillite, avec des contre-prestations en adéquation (en tout ou en partie)avec les investissements consentis, et

    2. Le mécénat déguisé (d’après faillite), où l’investissement, paradoxalement plus important qu’avant la faillite, avait été conclu sur une base différente et ne permettait évidemment pas au dit « sponsor » de bénéficier de contre-prestations aussi intéressantes (la prise en charge d’une partie du salaire d’un joueur, une politique sportive et une communication désastreuses).

    Je pense qu’il faut bien séparer les deux périodes.

    Après, c’est vraiment une question de confiance. Si l’investisseur a confiance en ses partenaires, il ne va pas la ramener toutes les 5 minutes…

    Mais il est aussi normal que ceux qui mettent de l’argent puisse avoir leur mot à dire sur l’image que reflètera le club, car en vérité, c’est à cette image qu’ils s’associent.

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    1. Bien entendu qu’un sponsor doit avoir son mot à dire. L’époque du chèque signé les yeux fermés est révolue.

      Il faut impliquer les sponsors, leur faire sentir qu’ils peuvent aider le club. A partir de là seulement ils afflueront en masse.

      Monsieur Abziker est un entrepreneur hors pair, il a fait ses preuves. Se passer des conseils d’un tel génie est vraiment absurde !! Il doit pouvoir donner ses idées, libre ensuite à la direction de les appliquer.

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  7. Je suis persuadé que le club saura réagir intelligemment à cette interview pour la bonne et simple raison que c’est dans leur objectif de trouver un moyen de mieux communiquer avec les sponsors.

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    1. Disons que ton interview est aussi un moyen pour le club de comprendre pourquoi le club peine à attirer les sponsors. Mais il est vrai qu’il ne faut pas non plus forcément généraliser ce cas avec les autres sponsors.

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  8. Très honnêtement, je ne sais pas comment cela fonctionnait pour tous les sponsors. Il est par contre évident qu’un sponsor important doit pouvoir accueillir ses clients dans un cadre adéquat, avec l’accueil du club en conséquence. C’est bien tout le problème actuel des loges. Et c’est probablement pourquoi Pishyar veut reprendre le stade.

    Il serait intéressant d’avoir la réaction de Pivoda à cet interview. Est-il au courant de cela ? Que peut-il faire pour changer cela ?

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  9. C’est quand même incroyable qu’on puisse croire qu’un coup de téléphone suffit pour obtenir le soutien d’un sponsor! Ce monsieur ainsi que tous ceux qui ont soutenu le SFC méritent quand même un peu plus de respect. Pour Vinas, c’est juste incroyable un tel comportement.

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  10. Très bon interview… bon je crois qu’on est une nouvelle fois tous d’accord pour dire que la situation avec la fondation nous empêche de nous développer… Par contre, c’est clair qu’il faut que le club puisse accueillir les sponsors correctement. Donc pour celà :
    – En finir une fois pour toute avec la fondation que Servette gère le tout !
    – Mieux cibler les potentiels sponsors (approcher plus personnellement les sponsors historiques, même si pour certains les personnes en charge ne sont plus là, FIAT par exemple)
    – Et continuer sur cette voie pour le marketing ! Ca va payer !

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  11. Cela serait un signe fort si Infolog revenait mettre quelques mètres de panneaux publicitaires autour du stade. J’aimais bien le logo. A+, RAMS

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  12. Désolé pour le petit bugg de 30-45 minutes ce matin très tôt(l’article avait disparu) qui est dû à une interférence entre mon I-Phone et mon blackberry et des sauvegardes de versions antérieures différentes sur mes téléphones. Heureusement, nous avons des sauvergardes temporaires sur notre serveur ( je ne le savais pas…) et j’ai pu récupérer l’interview après avoir réveillé mes collègues des EdS. Je me voyais mal déranger Mr Abikzer une nouvelle fois pour une interview et lui expliquer mon incompétence informatique! Voilà pour l’explication si les gens se posaient des questions.

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  13. Etant précisé que l’incompétence informatique de notre cher Oscar n’a eu de conséquence qu’entre 6h15 et 6h45 ce matin. Il est donc pardonné !

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    1. Cette fameuse incompétence est partagée avec d’autres rédacteurs qui en plus se lèvent très tard!!! Heureusement que Julian combine compétence, disponibilité et courage. Merci pour le dépannage ce matin.

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  14. A noter que la direction du SFC a trouvé l’interview très intéréressante et demandé à pouvoir réagir sur notre site. Les réactions de David Pivoda devraient être postées en fin d’après-midi, sauf imprévu.

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  15. Excellente initiative que cette interview qui va certainement faire avancer les choses positivement dans le sens de dissiper les malentendus liés à la communication et à l’approche encore un peu candide ou semble-t-il maladroite du staff auprès des sponsors potentiels.

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