Gare au virus !

Certes, le Portugal n’a pas présenté de cas récent de fièvre aphteuse ou d’encéphalite bovine spongiforme, les Servettiens peuvent donc en toute tranquilité déguster les canchalas et autres caçoilas que leur mijote le staff du Grande Hotel de Luso. Bien entendu, la majestueuse forêt de Buçaco n’est probablement pas impaludée et quelques gouttes du vin de la Bairrada ne devraient pas faire de mal à des organismes de sportifs aguerris. Nous concevons volontiers que le Portugal ne fait l’objet d’aucune contre-indication sanitaire. Il n’empêche que les vieux coeurs grenats se serrent au moment des préparations hivernales sous le soleil du Sud. Et voilà pourquoi…

Lorsque le 6 décembre 1981 Servette bat Xamax 4:0 aux Charmilles, le club achève un premier tour de championnat brillantissime : 14 victoires en 15 matchs. Au-delà du bilan comptable, le jeu servettien enchante. La défense (Burgener, Guyot, Geiger,Valentini, Bizzini…) est solide, le milieu de terrain très créatif et inspiré (Decastel, Favre, Schnyder…) et les mousquetaires de l’attaque (Elia, Mustapha, Pleimelding…) s’en donnent  à coeur joie dans ce jeu porté vers l’offensive.                            

Encore du soleil : le Placette Indoors

Début janvier 1982, sur la glace des Vernets revêtue pour la première fois d’un tapis vert pour permettre le déroulement d’un tournoi de football en salle, le spectacle est au rendez-vous. Les Français de Monaco et Saint-Etienne ne font qu’une bouchée de Xamax et Zurich. Seul Servette, grâce à la solidité de sa défense, leur tient la dragée haute et finit même par remporter « son » tournoi. C’est l’occasion de revoir Barberis devenu monégasque, Platini est sacré meilleur joueur. Le public est comblé, la fête est belle.

Une mutilation

Une curieuse annonce vient clôre la semaine du Placette Indoors : les défenseurs Gilbert Guyot, Jean-Yves Valentini et Lucio Bizzini ne se verront pas proposer de renouvellement de leur contrat en juin. Quand on est leader avec de loin la meilleure défense, il faut oser… « Nous ne dirigeons pas l’amicale des footballeurs des Charmilles » rétorque le vice-président Didier Tornare, faisant allusion à l’âge et aux services rendus par les trois bannis. Et d’ajouter : « je reçois quotidiennement des appels de gens menaçant de ne pas renouveller leur abonnement si Guy Dutoit et Gian-Franco Seramondi ne deviennent pas titulaires ». Bel exemple d’écoute de la vox populi, il n’empêche que dans les cafés et, probablement, même si les joueurs prétendront toujours le contraire, dans les vestiaires, des dents grincent.

Les "vieux" bannis de la pause hivernale

Revoilà le soleil

Il est ivoirien cette fois-ci. Fin janvier, les Grenats gagnent la Côte d’Ivoire en stage de préparation. Ils disposent de Bassam, puis même de la sélection nationale en match amical. Les plages de sable blanc sont belles.

La tête dans le sac contre Saint-Gall

Pour la reprise, Servette accueille Saint-Gall en Coupe de la Ligue. Devant guère plus de 2000 personnes et dans un froid glacial, les Grenats s’empêtrent face à des Brodeurs uniquement soucieux de défendre. Saint-Gall l’emporte 1:2. Un avertissement sans frais pour un leader du championnat qui se pavane avec quatre points d’avance sur le second Zurich et que chacun s’accorde à considérer comme intouchable ?

Un satané virus

Contre Saint-Gall, Servette avait été privé de Pleimelding, Seramondi, Bizzini et Mustapha victimes de douleurs articulatoires et bronchiales ainsi que d’accès de fièvre. L’entraïneur Peter Pazmandy est également allité. Dans la semaine qui suit, Burgener, Dutoit et Geiger s’ajoutent à la liste des malades. Le camp servettien se transforme en lazaret… Un médecin spécialiste des maladies tropicales est appelé au chevet des Grenats. Au grand soulagement de tous, il diagnostique un virus bénin… Très sportivement, le Lausanne-Sports, pourtant menacé de relégation, accepte le renvoi du derby lémanique qui devait marquer la reprise du championnat. La Ligue accepte cet ajournement. On prend des antibiotiques, on bat Vevey en match amical et on part affronter Grasshoppers…

Une défaite de mauvaise augure

Au Hardturm, Servette est sèchement, mais logiquement battu 3 :0 par les Sauterelles. Les Grenats piétinent ensuite à domicile contre les petits calibres du Lausanne-Sports et de Bulle (deux matchs nuls). Grasshoppers et Zurich sont encore à trois points, mais il faut se ressaisir, retrouver son engagement physique et surtout la jouerie qui avait fait de Servette l’équipe la plus chatoyante du premier tour.

Pleimelding échoue face à la défense bulloise. Qui l’eut cru ?

Les séquelles du virus définitivement vaincues ?

Les 5000 spectateurs des Charmilles qui huent leurs favoris à l’issue du nul contre Bulle ont-ils en tête toutes les données du problème ? Les joueurs évoqueront souvent les traces persistantes du virus, soulignant que la presse et le public les avaient minimisées, à tel point qu’il n’en sera guère question dans la presse alémanique… Toujours est-il que Servette se reprend avec quatre victoires d’affilée dont trois à l’extérieur (Bâle, Lucerne, Saint-Gall). Il reste néanmoins le sentiment que la machine ne tourne pas tout à fait rond. Dans l’optique de la saison à venir, Seramondi a remplacé Valentini et Dutoit occupe le poste de Guyot même s’il peine à évoluer dans le registre de son ainé. Quant à Bizzini, toujours fringant, il conserve encore sa place.

Cela fait toujours plaisir de gagner à Bâle : merci Burgener !

Encore des points égarés

En avril, Servette ne parvient pas à vaincre Chiasso à domicile, il concède également un nul à Vevey. C’est donc presque logiquement que Servette va s’incliner au Wankdorf. Grasshoppers est alors sur les talons des Grenats (à un point) et Zurich en embuscade (à deux points). Guy Mathez, jusqu’alors adjoint de l’entraîneur, remplace alors Peter Pazmandy. Il se chuchote que le Jurassien a bien savonné la planche… Servette affronte Zurich, est mené 0:1 puis Favre égalise d’un magistral coup-franc à la 94ème minute des arrêts de jeu (grave blessure de Decastel au bras). Les Servettiens exultent, il n’empêchent qu’ils doivent partager la place de leader avec GC…

Le banc servettien, Guy Mathez en tête, explose de joie. Elle sera de courte durée…

Tout s’écroule…

Servette bat Nordstern puis Bellinzone. Il ne reste plus que deux journées, Servette semble avoir retrouvé son football et accueille le FC Sion. Les Servettiens ratent des montagnes contre des Sédunois qui obtiennent le nul (2 :2), dans le même temps, GC gagne à Bâle et devient seul leader. Lors de l’ultime journée, les derniers espoirs s’envolent avec une défaite à la Maladière. Servette avait probablement rarement aussi bien joué que cette saison-là.  Quelle cruauté de se retrouver deuxième ! Qu’incrimer ? Le virus ? Les bisbilles internes ? La malchance ?

Jacky Pasteur et Germinal Walascheck

La semaine prochaine : un pionnier noir : Samuel Opoku N’ti

Dernière chronique : y aura-t-il un champion au printemps ? Un triste précédent

11 réflexions sur « Gare au virus ! »

    1. tu dois être le seul à t’endormir négativement, je suis sûr que beaucoup de jeunes supporters du servette s’endorment de plaisir en lisant les remarquables articles de pasteur et walaschek

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    2. C’est pourtant un plaisir à lire ces articles historiques!
      Ah.. ça c’était le grand Servette. Le club était dans les 2 meilleures équipes de Suisse. Platini venait jouer en salle aux Placette Indoors. Il y avait des moyens, des sponsors suisses. Des grands joueurs.
      Cela semble si loin malheureusement.. Comme une impression nostalgique de temps définitivement révolu..

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  1. Dans la série des grands gachis servettien,on pourrait citer
    aussi la saison 79-80.A 5 journées de la fin, on avait encore
    5 points d’avance,et la de nombreux bruits de transferts
    avaient miner la cohésion a l’intérieur de l’équipe.Et au final,
    Bâle avait terminer champion suisse.Un grand merci a Germinal de nous faire revivre ces grands moments de l’histoire grenat,un grand moment de nostalgie pour les
    vieux supporters et une découverte pour les plus jeune.

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