Les mercenaires grenat

Le départ d’Ishmael Yartey en camp d’entrainement avec le Ghana (en espérant qu’il revienne !) est l’occasion d’aborder l’histoire des « mercenaires servettiens », ces joueurs étrangers qui ont revêtu la tunique de leur sélection nationale alors qu’ils jouaient pour Servette. On y constatera un mouvment de balancier de l’Ouest vers l’Est de l’Europe avec une coloration africaine toujours plus soutenue.

Cette chronique n’abordant que les joueurs appelés en équipe nationale au moment où ils étaient servettiens, elle n’abordera pas le cas des nombreux joueurs sélectionnés avant leur passage à Genève (Karl Rappan, Camillo Jerusalem, Joseph Epp, Theo Brinek, Lev Mantula, Jurgen Sundermann, Mustapha Hasanagić, Rachid Mekhoufli, Tomislav Crnković, Bernd Dörfel, Martin Chivers, Kalle Rummenigge, Philippe Fargeon, Jan Eriksson, Edwin Vurens, Christian Karembeu…) ni le cas des joueurs ayant été retenus en équipe nationale après leur période chez les Grenats (Henri Bard, Jean-Christophe Thouvenel, Bent Christensen, Oliver Neuville, Alen Skoro, Jorge Luis Valdivia ou Djamel Mesbah…). Aussi étonnant que cela puisse paraitre au regard de la riche histoire du SFC, cette histoire des mercenaires servettiens ne remonte qu’à guère plus de 30 ans, mais il faut préciser que pendant la première moitié du siècle, il était en principe de coutume de ne retenir en équipe nationale que les joueurs évoluant dans le pays. En outre, de l’après-guerre jusqu’aux années 1980, le nombre d’étrangers pouvant évoluer dans les équipes suisses était drastiquement limité. Voyons cela par le menu.

Un précurseur

Yaghcha Mustapha est, à notre connaissance, le premier de la série des mercenaires servettiens. L’attaquant marocain, qui après avoir fait les beaux jours du CS Chênois, avait rejoint Servette en 1980, a participé à l’infructueuse campagne de qualification de son pays pour le Mundial espagnol de 1982. A l’époque, c’était un vieux briscard des compétitions internationales puisqu’il avait déjà pris part aux JO de Munich une décennie plus tôt. Une fois les crampons raccrochés, Mustapha est resté à Genève, il s’est investi dans l’arbitrage amateur et a continué à graviter autour du Servette FC (membre du Club « Hall of Fame »). Il a été un personnage central de notre chronique : Allez voir Servette-Young  Boys et trouvez-y votre âme soeur sans crainte que Mustapha ne gâche votre nuit de noces.

Les années Lavizzari et des internationaux ouest-européens

Michel Renquin, qui était arrivé à Genève en 1982 pour compenser les départs des piliers défensifs Guyot, Bizzini et Valentini, avait commencé dès 1976 son parcours chez les Diables Rouges, cueillant une médaille d’argent lors de l’Euro 1980  et participant au Mundial espagnol de 1982. Après une saison catastrophique à Anderlecht qui lui avait coûté sa place en sélection, Renquin se relance à Genève et revient en équipe nationale. Il renonce toutefois à l’Euro 1984 (nous vous expliquerons pourquoi la semaine prochaine) mais prend ensuite pleinement part à la campagne des éliminatoires de la Coupe du Monde 1986 au Mexique à laquelle il  participera alors qu’était déjà parti au Standard de Liège.

Une année dans le creux de la vague

La saison 1985-1986, succédant à celle du titre, fut une des plus décevantes de la décennie pour les Grenats. Deux internationaux de l’époque symbolisent ce raté : le Ghanéen Samuel Opoku N’ti qui, à 24 ans, a déjà ses heures de gloire derrière lui (cf. Samuel Opoku N’ti, un pionnier du continent noir) et le Suédois Mats Magnusson, qui ne s’imposera jamais à Genève avant d’exploser à Benfica.

 

Renquin Magnusson Genghini

La suite de la filière ouest-européenne

Deux futurs Grenats avaient pris part à la compétition mexicaine, marquant chacun un but : le Français Bernard Genghini (un but contre la Belgique) et le Danois John Eriksen (buteur contre l’Allemagne). Dans la foulée, ils débarquent tous deux à Genève avec des fortunes diverses. Genghini qui avait participé à deux grandes Coupes du Monde de la France (1982 et 1986) ne parvient pas à trouver sa place à Genève. Alors qu’il est sous contrat avec Servette, il participe à un match de qualification pour l’Euro 88 contre l’Islande qui sera aussi sa dernière apparition sous le maillot tricolore (avec Tigana, Fernandez ou Battiston). Eriksen, par contre, restera trois ans grenat et sera un redoutable chasseur de buts (cf. chronique deux fois meilleur buteur avec Servette avant de partir à Lucerne John Eriksen). Il a pris part à trois matchs du tour qualificatif puis à deux matchs de l’Euro 88 raté par le Danemark. Face à la concurrence de Larsen et Laudrup, stars du Calcio, il était difficile pour lui de s’imposer en sélection nationale.

Le but de John Eriksen contre l’Allemagne (Mondial 1986)

Bouleversements géopolitiques

Avec l’effondrement des dictatures d’Europe orientale, le vivier d’intrnationaux servettiens s’étend vers l’Est. Bel exemple de cette période tumultueuse : l’esthète Igor  Dobrovolsky qui a évolué en l’espace de quelques années sous trois maillots nationaux différents (URSS d’abord, puis CEI et enfin Russie). Durant sa période genevoise, il a porté quatre fois le maillot de la Communauté des Etats Indépendants en participant à l’Euro 1992 en Suède pour laquelle en réalité l’URSS s’était qualifiée. Il a marqué contre l’Allemagne. Cette compétition a également vu le dernier match de la CEI, remplacée par la Russie par la suite. Pour compliquer les choses, signalons que le prince Igor était toujours présenté comme un joueur ukrainien…

Autre nation (ré-)apparue à cette époque : la Macédoine. Le défenseur servettien Bosko Durovski, qui avait joué quelques matchs pour la défunte Yougoslavie dans les années 80, participe au second match international des Macédoniens en mars 1994 dans le cadre des qualifications pour l’Euro 1996. Il disputera encore quelques rencontres pour son pays, réalisant même un hattrick contre Chypre !

A la même époque, de façon un peu moins exotique, signalons que Hakan Mild a joué 15 fois pour la Suède alors qu’il était grenat. Extrêmement endurant, il a été une pièce importante de la conquête du titre 1994 par les Grenats, dans la foulée, il a pris part à l’excellent Championnat du monde des Scandinaves aux Etats-Unis en 1994 (troisième place, un but). Entré en second mi-temps lors du match de qualification pour l’Euro 1996 contre la Suisse à Berne, il n’a pas pu battre son coéquipier Pascolo !

 

Hakan Mild, médaillé de bronze du Mondial 1994

Arrêt Bosman et les filière est-européenne et africaine

Dès la saison 1996-1997, l’arrêt Bosman rend progressivement caduque la limitation du nombre d’étrangers dont le nombre augmente dans les clubs suisses. Le nombre d’internationaux grenats, en particulier est-européens, croît aussi.

Lorsque Vaclav Nemecek arrive à Genève, il joue pour la République tchèque depuis 7 ans et compte déjà 50 sélections au compteur. Il participe à la campagne de qualification pour l’Euro 96 ainsi qu’à la phase finale. Il a joué la demi-finale contre la France mais pas la finale perdue contre l’Allemagne.

Peu après, le Libérien Jonathan Sogbie, à défaut de pouvoir confirmer sous les couleurs servetiennes les potentialités entrevues à Lausanne porte le maillot de sa sélection nationale. Honni par le public des Charmilles, il laissera surtout le souvenir d’un immense raté seul devant le but vide.

En juin 1997, le Roumain Dan Ion Potocianu fait une apparition en seconde mi-temps dans un match contre le Liechstenstein comptant pour les éliminatiores de la Coupe du Monde 1998. Une sélection sans suite. Confiné au banc des remplaçants servettiens en raison de la richesse de l’effectif, le Togolais Lantame Ouadja évoluera toutefois en équipe nationale lors de son passage à Genève.

Les recordman des mercenaires !

Le Slovène Ermin Siljak a joué trois ans pour son équipe nationale alors qu’il était grenat : de février 1998 à février 2001. Il a disputé quinze matchs internationaux durant cette période dont un match de l’Euro 2000 et un match contre la Suisse comptant pour la qualification pour la Coupe du monde de 2002. Il y a été opposé une heure durant au Servettien Sébastien Fournier et a marqué un but. S‘il avait su s’imposer comme titulaire à ses débuts à Genève, il s’émoussera lentement au fil de l’ère Canal+.

Siljak contre la Suisse !

Le « Maradona des Carpates » Martin Petrov est le mercenaire servettien le plus capé. Il a fait sa première apparition sous le mailot bulgare en juin 1999 alors qu’il venait de fêter le titre de champion suisse avec Servette qu’il avait beaucoup contribué à gagner. Il prendra une part active à la campagne de qualification pour le Mondial 2002. La Bulgarie, en tête à deux journées de la fin échoue alors sur le fil.

L’inoubliable battant bulgare Martin Petrov

A la même époque, le pigeon voyageur lituanien Tomas Razanauskas (40 sélections sous 11 maillots différents !) prend part à un match de qualification pour l’Euro 2000 remporté par la Lituanie en Estonie alors qu’il est en prêt à Genève.

Peu avant la faillite de 2005, l’Arménien Harutyun Vardanyan joue trois fois pour son pays lors de la saison 2003-2004 mais à cette époque, la star des Grenats est plutôt le Togolais Kader. Un peu pataud à ses débuts, il s’avérera un redoutable buteur, il est actuellement recordman de sélections chez les Eperviers.

Le retour dans l’élite et de nouveaux noms ?

Après six ans de purgatoire, Servette revient dans l’élite du football suisse le 31 mai 2011. Les premiers matchs de Super League sont très encourageants, cerise sur le gâteau : l’Ivoirien Kouassi entre en seconde mi-temps d’un match des Eléphants contre Israel disputé… à Genève !

Tableau récapitulatif des « mercenaires servettiens »

(sources : http://eu-football.info/_players.php et http://fr.fifa.com/worldfootball/statisticsandrecords/players/index.html).

Remarque : faute de base de données exhaustive, pour les joueurs africains sélectionnés avant 2005, seules les sélections pour des compétitions organisées par la FIFA sont prise en compte, cela explique l’absence de joeuurs tels qu’Oruma par exemple).

Cliquez dessus pour l’agrandir !

La semaine prochaine : un Servettien renonce à l’Euro

La dernière chronique : les buteurs souriants

Jacky Pasteur et Germinal Walascheck

23 réflexions sur « Les mercenaires grenat »

  1. Comme d’habitude remarquable article de Germinal.
    Un souvenir,en 86 quand Genghini et Eriksen sont
    arrivés,on avait droit a deux étrangers,et l’affimation
    du jeune inconnu Sinval avait mis sur le banc l’international
    francais Genghini et précipiter son départ.C’était le
    début du duo de feux Sinval-Eriksen qui a enflammer
    les Charmilles.

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    1. Magnifique assiciation qui a été cassée par l arrivée du petit bavarois prétentieux aux joues rouges: Kalle.
      Ah quel manque de lucidité Carlo !

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      1. Un peu sévère pour Rummenige,qui a remplit son contrat
        lors de son passage sous le maillot grenat.Mais il est vrai
        que son arriver a casser le duo qui a fait tant rêver les
        Charmilles.

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    1. Oui, je sais mais comme je l’ai indiqué dans les remarques, pour les Africains, je n’ai mis que les compétitions FIFA (éliminatoires coupe du Monde, Coupe du Monde), faute de base de données complète, il est dur de reconstituer qui a joué à quel moment pour sa sélection nationale pour la CAN, les éliminatoires de la CAN. J’ai cherché pour Oruma, mais sans succès, si tu en sais plus, je complète volontiers !

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  2. Très chouette article, une fois de plus. Par contre, si mes souvenir sont bons (album panini à la clé) l’Euro 1992 a eu lieu en Suède et non en Allemagne. 😉

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  3. Ping: aol.com

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