Entre le foot et le hockey, Quennec fait le grand écart (TDG, 28 septembre 2012)

Docteur Quennec et Mister Hugh

On l’a connu discret, à la tête d’un club de hockey qu’il venait de reprendre. On l’a observé plus ferme quand il a fallu défendre les intérêts du Genève-Servette. On le découvre aujourd’hui omniprésent, voire omnipotent. En tout cas la figure marquante du sport genevois depuis plus de six mois maintenant.

Six mois, c’est le temps qu’il a fallu à Hugh Quennec pour doubler la mise et présider désormais, aussi, le Servette FC après un sauvetage brillamment conduit. Six mois, c’est aussi le temps des premières interrogations. Docteur Quennec est au chevet d’un Servette qui se perd dans les profondeurs du classement, alors que Mister Hugh peut parader auprès d’un Genève-Servette HC qui, à l’opposé, gagne tous ses matches. La réalité reprend ses droits. Sauver le football grenat d’une deuxième faillite était un tour de force. Mais la menace de relégation sportive, qui se dessine après un calamiteux début de saison, ne se balayera pas avec des élans d’optimisme.

Le double président veut rester serein, c’est bien. Il voit les choses sur le long terme, fort du crédit acquis dans la gestion du hockey, il regarde l’avenir en promettant des jours meilleurs. Janus des temps modernes ou posture politiquement rassurante?

Le fait est que pour la première fois, un homme, le même, est à la tête des deux clubs phare du canton. Qu’il a manifestement le soutien des milieux politiques, économiques et populaires genevois. Mais le pari est lourd. Après une saison pénible pour le club de hockey, les Vernets retrouvent le sourire. Tant mieux.

Hugh Quennec ne doit pas oublier une chose: en football, une relégation est bien plus subite qu’en hockey, où trois occasions de rattrapage existent. Si le Servette FC demeure lanterne rouge, il jouera la saison prochaine en Challenge League. Et le formidable engouement suscité par le sauvetage ainsi que les projets de grandeur pour deux clubs qui devaient marcher main dans la main au sein de l’élite auront moins fière allure. Le défi est là, urgent.

Le Genève-Servette HC ne cesse de gagner; le Servette FC de perdre. Président des deux entités , Hugh Quennec est au milieu. Avec un projet global qui dépasse les réalités sportives actuelles.

Impeccable dans son costume, Hugh Quennec soigne autant l’image que le discours. Un exercice de style qui virerait à la schizophrénie? Double président du Genève-Servette HC et du Servette FC, on pourrait le croire. Parce que depuis le sauvetage du club de football et le maintien sportif de l’équipe de hockey, ce printemps, la situation s’est cristallisée dans les extrêmes. Les hockeyeurs caracolent en tête de la ligue, intouchables, tandis que les footballeurs se morfondent dans les abysses du classement, derniers avec deux minuscules points en dix matches. Le grand écart absolu, avec un homme au milieu, le président Quennec, donc. Et beaucoup de questions.

Hugh Quennec, comment vivez-vous  la réussite actuelle du GSHC et la déroute du SFC?

Une équipe qui gagne tout, l’autre rien… C’est vrai que je vis des émotions totalement différentes d’un club à l’autre sur le plan sportif. Mais je ne mesure pas les choses seulement à l’aune des résultats. Si j’ai pris la présidence du hockey, puis du football ce printemps, c’est pour développer un projet commun, autour du sport et des valeurs qui me sont chères.

On connaît ce discours, mais est-il vraiment possible de cumuler deux casquettes: avez-vous le don d’ubiquité…?

Non, mais je constate une chose. J’ai fait mes preuves à la tête du hockey et c’est pour cela que l’on m’a fait confiance en me proposant d’aider au sauvetage de Servette. Les deux cultures sont différentes, les investisseurs des deux entités aussi. Cela veut dire qu’il y a de la place pour tous et que l’on peut piloter un projet commun.

Mais aux Vernets, vous partagez l’actionnariat avec Chris McSorley, l’entraîneur-manager, tandis qu’avec Servette, vous êtes le seul détenteur des actions de la SA: votre implication est forcément différente, non?

Quand je me réveille le matin, je ne me demande pas qui j’aime le plus d’entre mes trois enfants. C’est pareil avec mes deux clubs. Pour ce qui concerne mon rôle, je me vois comme un président qui délègue à ses directeurs respectifs des responsabilités, dans les deux clubs.

Pourtant, certaines personnes semblaient prêtes à investir dans le football et vous n’avez pas donné suite: cela aurait permis de renforcer l’équipe. Ce que vous avez fait pour le Ge/Servette HC cet été (Romy, Almond), et encore dernièrement avec Weber et Couture?

Pour les deux derniers cités, il y avait une opportunité exceptionnelle due au lock-out (ndlr: suspension du championnat de NHL) . Et nous avons trouvé des financements privés. Pour le football, c’était plus compliqué. Parce que nous avons déjà sollicité beaucoup de monde pour réussir le sauvetage du club, il ne faut pas l’oublier, et parce que nous avons encore du boulot pour équilibrer le budget. Sinon, pour les investisseurs qui se sont manifestés pour rejoindre le Servette FC… je vais être clair: j’ai refusé des millions! Car il faut être sûr des motivations et je ne voulais pas hypothéquer la philosophie du projet en cours. C’est ma responsabilité. Il y a aussi eu passablement de contacts avec des personnes pas toujours claires… Cela dit, si des gens sont toujours intéressés, je suis prêt à entrer en matière.

Quel est l’avenir de Hugh Quennec, président des deux clubs phare de la ville?

J’aimerais que le sport bénéficie du soutien financier qu’il mérite à Genève. D’abord par des partenariats avec des entreprises et mécènes genevois qui valorisent l’impact positif du sport et des clubs phare de la ville, le tout pour le développement de notre jeunesse, pour l’image de Genève. Je souhaite aussi attirer des soutiens étrangers. Je suis déjà en contact avec des partenaires russes, des gens du Moyen-Orient et des Coréens. Ils sont très intéressés. Genève-Servette est stable aujourd’hui. Servette pas encore, mais il le sera très bientôt. Et même si les résultats sportifs sont inquiétants, je suis confiant pour la suite. Alors l’avenir… c’est de voir le GSHC et le SFC tous deux en tête de leur classement. Cela arrivera!

Grégoire Surdez et Daniel Visentini

7 réflexions sur « Entre le foot et le hockey, Quennec fait le grand écart (TDG, 28 septembre 2012) »

  1. Intéressant la remarque sur le recrutement. Vu tous les ex-servettiens récupérés (Tréand, Kusunga, M’fuyi, Eudis) et les lausannois Pasche et Lang, que Alves a eu tout le loisir d’apprécier en tant que coach lors des confrontations contre Lausanne, je ne vois pas qui d’autre qu’Alves aurait pu définir les priorités du recrutement.

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    1. Aved un budjet misérable de 5 millions le choix n’est pas
      bien grand et il faut faire du bricolage.Alves voulait garder
      Roderick,Yartey et Nater,et prendre 2 joueurs offensifs
      d’expérience,hélas on est vraiment trop faucher.

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    2. Je pense que la réalité se situe entre deux. Je doute qu’Alves ait voulu tous les joueurs qui sont arrivés, mais quelques-uns, oui. Alves n’a pas bien négocié cette période, c’est certain. Mais que dire de Soos? Et quels souhaits pouvez-vous bien exprimer avec un budget dérisoire d’à peine 5 millions… Il n’y a pas qu’un coupable. La campagne de transferts est un cuisant échec. Et le bilan sportif de la nouvelle direction du Servette FC est le plus pauvre de l’Histoire jusqu’à présent en ce début de saison. 2 points sur 30 possibles en… 10 matches, vous vous rendez compte? Et seulement 3 buts marqués. Le Servette FC marque aujourd’hui 1 but…chaque 5 heures de jeu..!! Et encore, il faut pour cela l’aide précieuse d’adversaires malheureux. Alors moi, si j’étais le directeur de cette section sportive-là, je me ferais tout petit. C’est affolant de désolation… A tuer la passion, véritablement. Et c’est pas fini… Alors, oui, M. Quennec est toujours optimiste et se plaît à y croire. Moi j’attends pour y croire. Et je ne demande que ça. Il y a du boulot plein les bras. J’espère simplement pour notre club que Quennec n’est pas seulement un exceptionnel et brillant sauveur, mais aussi un vrai président de…foot.

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  2. Je suis déjà en contact avec des partenaires russes, des gens du Moyen-Orient et des Coréens. Ils sont très intéressés

    Il a des contacts avec Pishyar ???

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  3. Il parle bien notre président,mais j’aurais aimer avoir du
    concret en plus.Depuis mai cela n’a pas beaucoup changer
    autour du stade,et en plus cerise sur le gâteau notre
    équipe est en plein désastre sportif.

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