Les Enfants du Servette


Decastel et ses pairs laminent les gueux by Germinal Walaschek
15 novembre 2012, 14:00
Filed under: Chroniques partenaires, Un peu d'histoire...

En l’an 8 avant CC, le FC Sion était une désargentée formation de basse extraction vivant de sporadiques rapines en Coupe de Suisse. Vassalisée par le Servette FC, elle lui livrait chaque année ce que les pelouses rhodaniennes de Saint-Maurice à Oberwald avait produit de plus doué footballistiquement. Par ce tribut, le baron félon André Luisier renouvelait sans cesse son allégeance profonde à son suzerain grenat. Une fois l’an toutefois, l’armée des gueux venait se frotter aux châtelains des Charmilles pour une jacquerie bien vite matée.

Il est 20 heures ce 28 août 1984 lorsque, sous la grande voûte scintillante des Charmilles étoilée de 14 titres nationaux, la petite troupe de onze manants foule la rutilante pelouse des seigneurs grenats. Liquette blanchâtre aux salissures rougeâtres et barrée d’une infâme réclame pour un papelard alpestre, elle fait face aux maîtres de céans tout parés d’un étincelant grenat serti de parures nivéales où miroite tout le luxe des étals du boulevard de Grenus. Les Grenats, aureolés de leurs succès sur les terres sinoples des comtes de Toggenburg et contre les gueules et sables ducs Facchinetti et Gress de Valangin, n’ont jusqu’à présent laissé que leurs hôtes de Chillon leur chaparder une unité. Ils sont prêts à en découdre chevaleresquement…

D’entrée de joute, le palefrenier Alain Balet laisse gauchement échapper le cuir qu’il avait maraudé à mi-terrain, Jean-Paul de Brigger (tribut 1982) chevauche alors impérialement en direction du portier Pittier lorsque le chiffonnier Fournier stoppe traîtreusement sa course. Le ménestrel Schnyder fait justice au blason grenat si bassement outragé en marquant imparablement le premier point du tournoi.

Bien en selle, les chevaliers grenat font prestement virevolter le cuir, laissant leurs adversaires au froc gras gros Jean comme devant. Trois de ces drôles rôdent autour du prince amstellodamois Robert de Kok dans le vain espoir de lui chiper le cuir : il cisèle alors une ouverture lumineuse pour le ménestrel Schnyder qui envoie à nouveau le vilain Pierre-Marie Pittier récurer la pelouse de sa camisole loqueteuse sous les yeux impuissants du regretté Jean-Yves Valentini (tribut 1976, revenu au pays après de bons et loyaux services dans la seigneurie grenat). Le tournoi avait à peine débuté que la gente foule de 10 500 curieux s’esbaudit déjà devant les deux points de retard des croquants.

Sous l’impulsion du coquin Yves Mauron, la troupe de manants ourdit alors  un menu larcin en direction des bois d’Eric de Burgener. Ni le mercenaire maure Aziz Bouderbala ni le vagabond Claude Sarrasin (tribut 1979, déchu et renvoyé au bercail) n’ont toutefois l’outrecuidance de porter le fer plus avant. C’est au contraire le seigneurial Alain de Geiger (tribut 1981) qui se lance dans une chevauchée magistrale laissant s’écrouler dans son sillage tout une foule de ribauds en guenilles désemparés par son aisance. Il dépose souverainement le cuir sur la jambière du flamboyant Jean-Paul de Brigger (tribut 1982) qui ajuste royalement la cible. Suite à ce glorieux fait d’armes, le bon monsieur Macheret de Ruyères-Saint-Laurent met charitablement un terme provisoire à la débandade du ramassis de brigands en donnant le signal aux échansons de servir de revigorants breuvages.

Jean-Paul de Brigger jubile comme de dû après avoir porté l’estocade.

La seconde partie de la joute débute par un crasse rudoiement frauduleux du prince amstellodamois Robert de Kok par le palefrenier Alain Balet provoquant un indicible émoi parmi les donzelles de la tribune princière. L’infâme se voit brandir un vélin doré d’avertissement tandis que le valeureux Robert de Kok, la cheville abominablement meurtrie, cède sa place à un adorable jouvenceau lévantin : Angelo d’Elia. Dans la foulée, un trait de génie du comte de Barberis (tribut 1976 après un passage par le couvent de sauterelles de la Grossmünster) permet d’octroyer le cuir au fringant Jean-Paul de Brigger (tribut 1982) qui décroche prestement un étincelant centre que le jouvenceau lévantin fraîchement apparu catapulte sans coup férir dans la lucarne.

Qui veut aller loin ménage sa monture. Forts de cet adage et au vu de l’horrifiante propension des rustres à endiguer leur déconfiture par de mortifiants coups bas, les souverains servettiens décrètent la fin des hostilités, laissant les balourds se dépenser lamentablement dans une vaine quête au cuir mais ne cherchant plus à cavalcader plus avant. Le duc Lucien de Favre, revenu d’Occitanie, fait étalage de moult fioritures techniques enchantant la vaste foule et le marquis Michel Decastel adoube libéralement le baladin Gilbert Castella pour les 20 dernières minutes. Ô gloire et déchéance des hommes ! Le bon Michel se doutait-il en cet instant de grâce que, 28 ans plus tard, forcé de délaisser les rivages céruléens de la Méditerranée et ses raffinées peuplades, il deviendrait un entraîneur-kleenex de cet odieux assemblage de chapardeurs relooké par un félon octodurien ?

Qu’elle était douce la vie de château !

Lorsque le bon monsieur Macheret renvoie les uns dans leurs nobles appartements et les autres dans leurs sinistres bas-fonds, un océan d’oriflammes, d’écus, de blasons et de bannières grenat pare toute l’enceinte royale des Charmilles, au milieu de cette mirifique féerie se détache la bannière dorée frappée d’une tête d’auroch des libres citoyens des vallées d’Uri, enchâssée dans un odorant panache fumigescent. La petite bande de ribauds venus pousser ses favoris mités à réaliser un crime de lèse-majesté remballe son linge mité aux 13 loupiotes pour reprendre le chemin de ses tristes chaumières sous les regards révulsés des pucelles. De leurs poitrails décharnés ne s’échappent plus que de faméliques cris de désespoir où perce une admiration compulsive mâtinée d’une jalousie sans bornes pour les rois de la balle qui s’emparent en solitaire du trône et ne le céderont à plus aucun subalterne jusqu’à la fin de la glorieuse campagne 1984-1985.

A l’issue de la joute, le félon André Luisier se prosterne dans la loge de son suzerain Carlo de Lavizzari dont la moustache, où miroitent d’exquises paillettes d’or surfin, frémit de dégoût face à la frustre prestation qui lui a été offert par ses vils vassaux. Se confondant en couardes excuses (Bregy et Ben Brahim offert aux Zähringen), l’insigne félon reconnaît la piètre exhibition de sa troupe et déplore qu’aucun palefrenier ne puisse décemment venir renforcer les troupes royales. Bon prince, le seigneur Carlo de Lavizzari concède un délai pour le tribut dû et glisse libéralement quelques ducats dans un pan la camisole loqueteuse de l’insigne félon en lui ordonnant de tripler les rations de fromage de Bagnes d’un jeune larron monté en graine qui pourrait un jour servir d’écuyer sur les ailes de l’attaque grenat : Christophe Bonvin. Tout à son lâche bonheur d’avoir ainsi berné le munificent seigneur grenat, le félon André Luisier se retire obséquieux en ourdissant une infâme revanche…

Jacky Pasteur et Germinal Walascheck

La semaine prochaine : Leduc voit rouge

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quand Servette allait au Tribunal : le cas Perroud

Hommage à Piquet


10 commentaires so far
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Franchement génial.
Bravo les gars !
Ca remet un peu l’église au milieu des montagnes !

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Commentaire par princeigor

Juste princeigor, tout simplement magnifique !

Pourrais-tu toutefois demander à notre cher conteur de nous narrer les joutes retours d’un beau jour du mois de mai 85.

D’avance, un grand merci….

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Commentaire par Thierry

Il y a une toute petite allusion à la fin du texte, tu devras malheureusement t’en contenter ! En effet, il ne s’est rien passé en mai 1985, il n’y a pas eu de mois de mai 1985, ceux qui disent le contraire sont de fieffés menteurs ! Cette année-là, il n’y eut qu’un long mois de juin et Servette était champion !

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Commentaire par Germinal Walaschek

Dommage…..

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Commentaire par Thierry

Bravo, bien écrit … Et vivement dimanche

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Commentaire par Marco Anderson

L’équipe sera-t-elle au complet dimanche???

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Commentaire par José

Bravo à vous pour ce texte,ça m’a bien fait marrer de dieu !

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Commentaire par Gégé

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