Financement et mode d’exploitation des stades de football en Suisse

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En farfouillant un petit peu sur internet, je suis tombé sur cette étude de Anne-Céline Rolland, Direction de projet Métamorphose, datant de novembre 2012. Si la plupart des éléments de cette analyse du Stade de la Praille sont déjà connus, c’est l’une des première fois que l’on peut comparer les données de l’enceinte genevoise avec celles des autres stades suisses…

Etude dans le cadre du projet Métamorphose

Lausanne, ville Olympique, péclotte avec son projet de nouveau stade, et cela fait dix ans que cela dure. Incapable d’aller au bout du projet initial de Métamorphose, les Lausannois ne verront jamais leur stade au bord du lac se construire, mais une pâle copie, toujours encré dans les Pleine du Loup…

Le stade de l’ancien projet qui ne verra jamais le jour…

L’étude, fort bien réalisée s’il en est, analyse donc la créaction passée ou future des stade de football en Suisse. Et Genève n’y coupe pas. Retrouvez l’analyse d’Anne-Céline Rolland ci-dessous.

L’analyse

Lancy – Stade de Genève

5.4.1 Informations générales

Le Stade de Genève, situé sur la commune de Lancy, a été inauguré en 2003 et compte environ 30’000 places. Un bâtiment de liaison comprenant des bureaux, des salles de conférences et un hôtel relie le stade au centre commercial et de loisirs de La Praille qui, en plus des commerces, abrite aussi un bowling, un fitness, une garderie et des restaurants.

L’année 2011 n’a pas été idéale en termes de spectateurs car il n’y a eu aucun concert. Le gros événement qui devait avoir lieu, le concert de Prince, a été annulé. Au total, quelques 140’000 personnes se sont rendues au stade durant l’année pour environ 20 événements – les matchs du Servette FC et un match international – donc environ 7000 spectateurs par match.

5.4.2 Fonctionnement

En 1998, la Fondation du Stade de Genève fut créée, dans le but notamment d’être propriétaire du nouveau stade et de l’aménager afin de favoriser la pratique et le développement du sport, particulièrement pour le Servette FC, mais aussi d’assurer la construction, le financement, la gestion et l’exploitation de l’infrastructure. Les membres fondateurs sont l’Etat de Genève, la Ville de Genève, le Crédit Suisse et la Fondation Hippomène, propriétaire du stade des Charmilles (ancien stade). La Ville de Lancy et Jelmoli sont venus compléter cette formation de base.

Le canton a octroyé les terrains pour l’ensemble du complexe à la Fondation en droit de superficie, qui les a elle-même mis à disposition du centre commercial La Praille SA sous cette forme.

Au départ, la Fondation était chargée de l’exploitation du stade, mais en 2011 le club a repris cette tâche sous forme d’un contrat de mise à disposition de 32 ans contre une redevance de 250’000 francs par année. Il est donc chargé de l’organisation d’événements dans le stade, sportifs et non sportifs, de la billetterie, du marketing, des VIP etc. Le club assume également la totalité des charges d’entretien du stade. Le rôle de la Fondation est alors de vérifier que le club entretienne le stade selon les normes et qu’il se donne les moyens de jouer au meilleur niveau suisse. Elle doit aussi continuer de gérer les relations contractuelles avec La Praille SA, qui n’ont pas été transmises. Enfin, elle reste responsable des comptes.

Le catering était d’abord géré par la société Compass, puis le Servette FC a racheté la créance du groupe afin d’exploiter lui-même les buvettes et stands de restauration.

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5.4.3 Aspects financiers

L’ensemble du complexe a coûté 280 millions de francs, dont environ 102 millions pour le stade. Le coût prévu initialement était de 60 millions, mais au vu de la complète réadaptation du projet dans le but de pouvoir accueillir des matchs de l’Euro 2008 (notamment un changement de 18’000 à 30’000 places), les coûts ont évolué en conséquence. Le stade a été financé par les entités suivantes :

Etat de Genève : 24 millions

Ville de Genève : 3 millions

Ville de Lancy : 6 millions

Confédération : 7,8 millions

Crédit Suisse : 20 millions

Jelmoli : 36 millions

Souscription publique : 3,8 millions

Commission cantonale du Sport-Toto : 4,75 millions

Fonds d’équipement communal : 18,8 millions

Compass : 1 million

Autre : 0,3 million

Ces chiffres comportent les investissements initiaux ainsi que d’autres qui se sont ajoutés en cours de chantier, comme la commune de Lancy qui a complété son investissement initial de 3 millions par 3 millions supplémentaires sous forme de prêt pour des équipements déterminés.

Une partie du loyer dû par La Praille SA (Jelmoli) à la Fondation pour le droit de superficie a été payée sous la forme d’une redevance capitalisée totale de 36 millions (650’000 francs par an sur 55 ans). Cette solution a permis à la Fondation de ne pas contracter d’emprunt comme cela avait été initialement prévu. A cette somme s’ajoute un loyer annuel de 150’000 francs, variable selon le chiffre d’affaires de La Praille SA.

Il est important de remarquer que tous les financements supplémentaires pour l’agrandissement du stade en vue de l’Euro 2008 devaient initialement être utilisés pour la gestion quotidienne et l’exploitation du stade. Cela a joué un rôle important dans la mauvaise rentabilité actuelle du stade.

Les frais d’exploitation du stade s’élèvent en moyenne à un million de francs par année, tout comme les frais d’entretien. Ce montant total d’environ deux millions est à la charge du club. Généralement, les recettes d’exploitation ne permettent pas de couvrir les charges.

Le Servette FC n’est actuellement pas dans une situation financière saine, puisqu’il était récemment au bord de la faillite. L’exploitation du stade par le club, voulue par l’ancien président du club Majid Pishyar, était vue au départ comme une bonne solution pour toutes les parties. Cependant, avec les problèmes financiers qu’a connu le club et la démission du président, la question se pose aujourd’hui de savoir si le Servette FC peut continuer à assumer ce contrat, signé pour 32 ans, surtout avec l’entretien du stade qui représente une charge considérable presque impossible à assumer pour un club suisse.

5.4.4 Implication des pouvoirs publics

Les entités publiques ont grandement participé au financement de l’infrastructure, surtout le canton de Genève qui a investi 24 millions. Le canton est également chargé de la sécurité extérieure lors d’événements dans le stade, dont les conditions sont précisées dans un contrat avec le Servette FC.

Les villes de Genève et de Lancy ont participé à hauteur de 3 et 6 millions respectivement, alors que la subvention de la Confédération s’élève à 7,8 millions.

Ces acteurs, hormis la Confédération, ont chacun un ou plusieurs membres au Conseil de la Fondation. D’ailleurs, aujourd’hui, il n’y a plus que des représentants du secteur public dans le Conseil.

5.4.5 Spécificités

Genève a choisi de se doter d’un stade en prévision de l’Euro 2008, tout en sachant qu’opter pour un nombre de places relativement élevé était un choix risqué. Actuellement, le club joue ses matchs dans un stade pratiquement vide, ce qui n’est optimal ni pour les spectateurs, ni pour les joueurs. Par contre, c’est le seul endroit en Suisse romande où peuvent avoir lieu de grands concerts, des matchs internationaux de préparation ou des matchs de l’équipe de Suisse. Cette infrastructure a donc son utilité dans la région, malgré sa taille et le fait qu’elle ne soit pas toujours utilisée à pleine capacité. Le nombre de places dans un stade est donc un choix important pour lequel il faut bien définir l’objectif du futur stade et les implications y relatives.

La spécificité principale du Stade de Genève est qu’il est aujourd’hui totalement exploité par le club résident, le Servette FC. C’est le seul cas en Suisse. Pour un club qui aurait une bonne situation financière, cela pourrait être une bonne solution. Mais pour le Servette FC, qui dispose d’un des plus petits budgets de la League, c’est assez difficile pour l’instant. La volonté de l’équipe est d’augmenter le nombre de spectateurs lors des matchs. De plus, il y a un risque lié aux perspectives d’exploitation. En effet, un club de football fonctionne avec une stratégie à court terme (gagner le championnat), alors qu’un stade de football nécessite une vision d’exploitation sur le long terme, ce qui peut donner lieu à des conflits d’intérêts. Cependant, la Fondation du Stade de Genève remédie à cette problématique en procédant tous les deux ans à une expertise de l’infrastructure afin de voir si les investissements nécessaires sont faits. Genève fait ainsi office de laboratoire pour tester l’exploitation d’un stade par le club. A souligner qu’il est fort probable qu’en cas de moyens insuffisants, le Servette FC demande un soutien financier à la Ville ou au Canton.

Au sujet de l’exploitation du stade, on trouve une remarque intéressante dans le Rapport de la Commission de contrôle de gestion du Grand Conseil au sujet du Stade de Genève qui énonce, dans les constats relatifs à l’exploitation du stade, que les premières expériences de la Fondation du Stade de Genève en matière d’exploitation montrent bien que l’on ne s’improvise pas exploitant de stade. Dès lors qu’il s’agit d’utiliser cette infrastructure à des fins polyvalentes, sportives et non-sportives, des compétences très particulières et plutôt rares sont nécessaires.

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Des coût exorbitants

La construction du Stade de la Praille s’éléverait, selon l’étude, à 102’000’000.- millions de francs suisses. En réalité, c’est près de 128’000’000.- qu’il aura fallu pour ériger ce stade…moins bien fini que le plus moche des parkings genevois! Et il faudrait encore près de 20’000’000.- pour lui apporter son dernier lifting nécessaire à une exploitation saine.

La Praille a donc coûté plus cher que le St.Jacob-Park de Bâle et que la Swissporarena de Lucerne. Il y aurait comme quelque chose qui cloche que cela ne m’étonnerait pas… Reste à savoir quelle sera l’attitude des autorités face à ce dossier du stade qui lui revient aujourd’hui en pleine poire. L’Etat assumera-t-il ses responsabilités en aidant le Servette FC à tenir le rafiot à quai ou coulera-t-il lamentablement l’embarcation bancale qu’il a lui même crée de doute pièce?

Le combat de ne fait que commencer…

Lien vers l’étude complète :

Julian Karembeu/Anne-Céline Rolland

9 réflexions sur « Financement et mode d’exploitation des stades de football en Suisse »

  1. Pour moi trois erreurs magistrales ont été commises. La première, ça a été de ne jamais permettre au club de tirer des revenus du centre commercial. Créer cette Praille SA n’aurait jamais dû arriver. A la place d’avoir la Fondation qui bouffe l’argent du club et du centre commercial, on aurait pu dès le départ créer une société propriétaire du stade qui serait gérée conjointement par le SFC et des partenaires publics/privés et dont les revenus seraient entièrement dédiés au stade et à son entretien, ainsi qu’au club. Après tout, sans Servette, ce stade n’aurait pas lieu d’être.
    La deuxième erreur a été la capacité. Décider de construire un stade à 30000 places assises pour 3 matchs (Euro 2008) est une aberration. Un stade à 20000 places aurait été bien plus approprié. Mais apparemment voir l’Euro débarquer au bout du lac était plus important que tout pour certains… On en paie les conséquences aujourd’hui.
    Enfin la troisième a été le manque de finitions. J’insisterai sur le détail qui me touche le plus: la couleur des sièges. Déjà qu’on ne remplit pas le stade au tiers, si en plus les sièges sont roses après quelques années, bonjour le sentiment d’être à la maison. Avant la faillite, ça avait une autre gueule quand même! Et puis la fièvre grenat se transmet plus facilement dans une enceinte GRENAT!

    Bref, au vu de ce que font les autres clubs suisses, on est des vrais kamikazes. Mais on y croit!

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  2. PS: Il serait temps que la Ville et l’Etat fassent passer les intérêts du club avant ceux de la fondation (qui pour moi frise la corruption)!

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  3. Et Servetakis, tu oublies aussi la promesse jamais tenue de l’UEFA de faire jouer des matchs de gala et/ou la supercoupe d’Europe à la Praille, je me souviens que l’augmentation de capacité de 25 à 30000 places avait aussi été motivée par cela.

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    1. Si l’UEFA s’était engagée officiellement à jouer la supercoupe à Genève, ça se saurait. Se baser sur une ‘promesse’ quand on claque autant de millions me paraît un peu léger. Après si je me trompe et que l’UEFA a fait volteface alors que les travaux étaient déjà entamés, c’est clairement un manquement… D’ici-là, c’est pas eux qui ont l’air cons dans l’histoire.

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  4. Lors du choix, c’était : les Charmilles rénovées, 12’000 places grand maximum, un stade vers Palexpo ou un stade à Blandonet. Devant le forcing de M. Alain ROLLAND et de Jelmoli qui voulait faire un centre commercial à la Praille et que sans le stade, il n’y aurait JAMAIS eu de centre commercial, les parties se sont entendues pour faire ce stade à la Praille. Idéalement, le centre commercial devait verser une participation pour couvrir les frais d’exploitation du stade. Hélas, le centre commercial n’a pas atteint ses objectifs et est resté dans une situation déficitaire chronique. Puis, Canal parti, plus personne n’a mis la pression sur Jelmoli.

    Peu importe l’historique. Il faut maintenant arrêter de rêver. Ce stade ne sera jamais rentable. Tout au plus, on pourra envisager un cash flow positif. Et encore… Donc, l’Etat devra en faire un stade « National », dès que c’est bien l’Etat qui a voulu de ce stade pour l’EURO 2008. Et remettre la compresse avec l’UEFA pour organiser (enfin…) cette super coupe d’Europe comme cela était prévu, avant que Monaco ne fasse ce qu’il faut pour avoir cette manifestation.

    Mais à Genève, on est toujours en train de râler et de trouver qu’on est les meilleurs…

    Il serait temps que l’on se bouge enfin… on a perdu un an… mais c’est comme ça…

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    1. Je ne pense malheureusement pas que l’organisation de la super coupe change grand chose…connaissant platoche, la plupart des recettes seront reversées a l’UEFA, la plus grosse mafia au monde…

      Mais je suis d’accord avec toi tu as raisons, malgré que cela change pas grand chose…

      Il faut : un naming sur le stade, une équipe locage jouant l’Europe, des organisations de matchs internationaux, et pourquoi pas l’ETG qui payerai 50% du loyer?

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    1. Le seul « avantage », c’est que les hypothétiques soutiens dont parle Quennec depuis des semaines vont devoir se matérialiser… ou pas !

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