Les Enfants du Servette


RENCONTRE AVEC JEAN-MARC GUINCHARD (PARTIE 3): « L’INTÉRÊT DU SERVETTE FC EST AUSSI LE NÔTRE » by Julian Karembeu
19 mai 2020, 14:58
Filed under: Interviews, Parlons Servette, Saison 2019-2020, Super League

Voici la troisième partie de l’interview de Jean-Marc Guinchard (Président de la FSG) et Luc Rasca (Directeur du Stade de Genève) où nous allons nous intéresser à l’actuelle pelouse hybride ainsi qu’à la future pelouse synthétique. Nous aborderons également le rapport des politiques avec le Servette FC et les futurs travaux dans le stade.

Julian Karembeu : Lassé de vagabonder d’un terrain à l’autre pour s’entraîner la semaine, et suite au refus par le peuple pour 16 voix de la construction du futur Centre de Formation du SFC au Pré-du-Stand, le club a demandé à pouvoir disposer d’une pelouse synthétique au Stade de Genève. Quelle est votre réaction en tant que politicien face à cette imbroglio politique?

Jean-Marc Guinchard : Comme vous le décrivez, l’Etat nous a demandé, suite à la demande du Servette FC, de poser un terrain synthétique à la place de la pelouse actuelle. Cela fait suite à la Votation perdue du Pré-du-Stand… C’était malheureusement un projet qui cumulait les défauts et qui était initié par Pierre Maudet. Autant dire que c’était cuit d’avance malgré tous les avantages pour Servette et le fait que Didier Fischer ait très bien défendu ce projet… De notre côté à la FSG, c’était tendu, on n’était pas tous d’accord pour cette pelouse synthétique. Mais on a compris les besoin du Servette. Le Conseil d’Etat et le Servette nous ont donc demandé de poser cette pelouse synthétique dès la fin du championnat pour que la Première équipe, les M21 et les Féminines puissent s’y entraîner, ce qui représentera près de 35 heures d’utilisation par semaine. On part du principe que ces quatres ou cinq prochaines années vont permettre aux équipes du Servette de s’entraîner, de faire les mises en place tactiques et de jouer leurs matchs. Ce temps devra aussi être mis à profit pour trouver un endroit où le club pourra tout centraliser pour avoir son pôle football. Malheureusement, lors de la construction du Stade de Genève, il aurait fallu prévoir à côté de l’enceinte au moins trois terrains pour permettre au club de s’entraîner. Je ne sais pas si c’est par ce que personne n’y a pensé ou parce qu’il n’y avait pas plus de moyens… On a beaucoup échangé avec Didier Fischer, et maintenant avec Pascal Besnard, et je comprends leurs besoins. On voulait poser le synthétique durant la pause estivale mais avec cette crise de Coronavirus on n’était pas sûr de pouvoir recevoir la pelouse à temps pour la nouvelle saison, étant donné que les frontières sont encore fermées. Ce n’est donc pas la pose qui pose problème, mais plutôt le fait de savoir si on recevrait la pelouse en temps et en heure… On a donc décider de garder cette pelouse mixte, de la bichonner, mais surtout de ne plus y laisser jouer le rugby.

Julian Karembeu : Concernant cette pelouse hybride, le problème vient-t-il de la multiplication des matchs ou du substrat utilisé qui ne peut pas s’éliminer au niveau des sédiments ? La pelouse actuelle aura-t-elle la force de tenir une saison entière, encore plus s’il y a une nouvelle attaque de champignons ?

Jean-Marc Guinchard : Je dirai qu’elle est pratiquement aux soins palliatifs. Ce champignon…

Julian Karembeu : Oui, le «Pyricularia grisea» …

Luc Rasca : Ce n’est pas un nouveau champignon en fait. Le problème ici c’est qu’il n’y a pas de vie dans la pelouse du stade. Si le champignon s’attaque à un champ, la vie dans la terre, les bactéries et autres formes de vie pourrait le combattre. Ici, ce n’est pas possible car comme tu l’as dit la base est du sable. C’est comme si notre pelouse n’avait pas d’anticorps… Lors de sa première attaque, le champignon évoluait presque à vue d’œil . On voyait sa progression à la journée ! Et personne ne savait ce que c’était…

Jean-Marc Guinchard : Maintenant, on le traite tous les jours. On arpente le terrain pas à pas tous les jours pour le combattre directement. Ce champignon, c’est finalement un peu comme de l’herpès.

Luc Rasca : On a dû investir pour éviter que le champignon se propage énormément avec la chaleur. On a fait le maximum pour que cette pelouse puisse tenir. Le problème, c’est que l’on doit avoir des phases relativement longues pour prévoir des scarifications, ce qui implique d’enlever une partie de cette matière organique. Il y a aussi l’escalpage, qui consiste à enlever une partie de la pelouse pour retirer toute cette matière organique. Normalement cela se fait une fois par an, à la pause estivale. Sauf qu’en Suisse la pause est tellement courte que l’on n’a pas le temps de le faire correctement…

Julian Karembeu : Pourtant, Madrid n’a pas ce soucis… et c’est la même pelouse !

Luc Rasca : Oui, mais il y a deux différences : la première, c’est le nombre de personnes qui s’occupent de la pelouse, soit bien plus qu’ici. Et la deuxième, c’est le temps d’occupation de la pelouse. C’est un peu comme à Milan, la pelouse n’est pas aussi belle qu’à Madrid car le Milan AC et l’Inter y jouent chaque semaine, c’est la raison pour laquelle ils doivent changer la pelouse régulièrement. Sans compter que la pelouse est aussi en fin de vie ici. Avec un escalpage en profondeur, on aurait pu améliorer la pelouse, mais comment le faire alors que tout est arrêté et que l’on ne sait même pas si le championnat va reprendre ? La discussion serait bien sûr différente si l’on avait une date de reprise du championnat. Ce n’est pas la même chose si cela reprend en juin ou en septembre… Dernière précision, si on devait faire un escalpage, on pourrait avoir besoin de replaquer du gazon qui aurait été arraché, et avec la situation sanitaire actuelle il nous serait difficile d’obtenir du gazon pour replaquer,  on est vraiment dans l’impossibilité de faire plus…

Julian Karembeu : Mais logiquement, la pelouse devrait tenir en cas de beau temps, amis ce pourrait être plus compliqué en cas de périodes de mauvais temps assez longues…

Jean-Marc Guinchard : Oui, c’est un peu ce qui est arrivé en octobre et novembre où les joueurs se plaignaient des odeurs qui étaient la cause des remontées des matières organiques à la surface. Comme la pelouse ne peut pas éliminer d’elle-même ces matière, organiques, elles ont tendances à fermenter, d’où l’odeur quand elle remonte à la surface…

Luc Rasca : Après, c’est vraiment aussi l’attaque de ce champignon qui a amené ces problèmes car les jardiniers ont dû ressemer, et plus tu sèmes, et plus il y aura de déchets organiques. Et cette quantité de déchets organiques a bouché le système de drainage de la pelouse qui est pourtant l’une des meilleures de Suisse. Et cette masse devait ensuite ressortir par en haut, d’où ce qui s’apparentait à de la boue ressortant de la pelouse. Le but des scarifications et d’éliminer cette matière organique pour mieux faire respirer la pelouse. Et si on a peu de matchs, on pourra faire de scarifications régulièrement, et donc augmenter la qualité de la pelouse. Il faut compter une bonne dizaine de jours pour que la pelouse reprenne de la force. Donc, en jouant moins dessus, on la préserve.

Julian Karembeu : Concernant cette pelouse synthétique, y-t-il plusieurs types qui vous ont été proposés ?

Jean-Marc Guinchard : Oui, nous avons eu plusieurs contacts. Notre choix sera celle du meilleur synthétique pour jouer au foot. Il y a une hauteur de coupe et de densité qui n’est pas la même pour le foot et le rugby, et cela dépendra aussi de la fréquence d’utilisation.

Luc Rasca : Selon les spécialistes si la pelouse est trop molle, avec 1’000 heures d’utilisation par an, ce sera problématique. Nous voulons au maximum éviter les blessures.

Jean-Marc Guinchard : Nous avons consulté des spécialistes, notamment Pierre Bovigny qui est responsable des pelouses pour l’ASF. Il est assez remarquable car il arrive à rendre abordable des données scientifiques complexe, et sa grande qualité c’est de vous donner l’impression que vous êtes intelligent parce que vous comprenez tout ce qu’il vous raconte alors que c’est un scientifique de haut-vol.

Julian Karembeu : Qu’y aura-t-il comme autre changement dans le stade ?

Jean-Marc Guinchard : Aujourd’hui, le football est vraiment devenu un produit et nous avons des contraintes, notamment visuelles, des télévisions. Nous allons devoir rehausser les lumières au niveau de la Tribune Est, car elles sont trop basses et éblouissent les caméras de télévision. Donc des mas devront être posés d’ici trois ans sur le toit de la Tribune Est.

Julian Karembeu : Les deux écrans géants du stade vont être changé pour des versions plus grandes, plus «minces» et d’une meilleure définition d’image. Il en coûtera 600 000.- francs. Qu’en est-il de ces changements d’écrans ?

Jean-Marc Guinchard : Il y aura de nouveaux écrans, on espère pour septembre, mais rien n’est sûr actuellement, les frontières étant fermées. Mais il semble que le fournisseur puisse nous livrer dans un délai assez court.

Julian Karembeu : Des nouveaux sièges Sabelt ont été posé sur les bancs de touche pour les joueurs et le staff…

Jean-Marc Guinchard : Oui, nous avons quelques 36 sièges au total sur roulettes qui habillent maintenant les bancs de touches. Cela aura coûté près de 50 000.- francs et ils remplacent ces sièges monobloc bleus qui avaient été posés pour l’Euros 2008. Il y avait d’ailleurs à l’inauguration du stade aussi des sièges en cuir, mais l’UEFA avait demandé deux rangées supplémentaires, d’où la pose de ces sièges en plastique…

Julian Karembeu : La Tribune Nord a été magnifiquement repeinte par la Section Grenat, qui a pu s’accaparer le lieu. Les autres coursives devraient également se voir repeintes. Vous disiez à la TDG : «J’ai un projet avec la Haute École d’Art déco. Les élèves y sont spécialisés en design, en peinture, en graffitis, ils ont une imagination créatrice très intéressante et je compte approcher l’institution pour habiller l’intérieur du stade, j’en ai déjà parlé au directeur…»

Jean-Marc Guinchard : Effectivement, nous vous inviterons à visiter cette Tribune Nord tout-à-l’heure pour vous rendre compte du magnifique travail entrepris par les fans de la Section Grenat. Nous leur avions juste demandé de montrer l’identité de Genève dans leurs créations avec le jet d’eau, la cathédrale,… Ils nous ont soumis leurs projets qui étaient vraiment bien et ce sont deux personnes de chez eux qui se sont occupées de repeindre la Tribune Nord. nous, on voulait vraiment que les fans puissent s’identifier à leur tribune!

Julian Karembeu : Et concernant la façade extérieure au niveau des coursives, des travaux vont-ils être entrepris ?

Jean-Marc Guinchard : Alors, concrètement l’Etat nous a demandé de lister tous les travaux qui devraient être faits jusqu’en 2030. L’absence de ces fenêtres pose problème pour le froid des spectateurs, mais aussi car il laisse l’accès libre aux pigeons et aux fientes dans le stade.

Julian Karembeu : En tout cas le Stade va poursuivre sa mue, il est enfin digne de Genève et le public le ressens, s’y identifie beaucoup plus notamment avec la pose des nouveaux sièges. Avec une équipe du Servette attractive et des dirigeants compétents, les supporters vont regagner de la confiance et revenir au stade !

Jean-Marc Guinchard : J’aime beaucoup votre appréciation où vous dites qu’une population a besoin de s’identifier à un club, pas seulement en football d’ailleurs. Moi j’ai passé toute ma jeunesse à Fribourg et les matchs de Gotteron c’était la fête ! Le samedi avant les match tout Fribourg vivait aux couleurs du club!

Luc Rasca : Moi j’allais au match avec mon père à l’époque et il n’y avait pas d’autre moyen de voir du foot qu’au stade. Aujourd’hui, on peut voir du foot à la TV tous les soirs. Et avant l’arrêt Bosman, on avait quand-même de sacrés joueurs en Suisse. Rummenige, Sinval, Anderson, Eriksen, Dobrovolski ! C’est vrai que l’arrêt Bosman a redistribué les richesses avec les droits télés et qu’à l’époque on ne pouvait avoir que trois étrangers par équipe. Aujourd’hui, certains clubs ne comptent aucuns joueurs locaux…

Julian Karembeu : C’est vrai que l’essence même du foot n’y est plus vraiment… On en revient finalement à la formation, où la Suisse et notamment le SFC, investissent pour former de jeunes talents. Le club a donc besoin de soutiens, notamment financiers, mais aussi politiques. Monsieur Guinchard, comment percevez-vous le soutien politique par rapport au Servette FC ?

Jean-Marc Guinchard : Alors, par rapport au sport, qui reste un facteur d’intégration assez important, encore plus étant donné le nombre d’étranger à Genève, ce facteur d’intégration par le sport intéresse beaucoup les politiques en général. Concernant le Servette, quand on a dû passer devant la commission des finances pour le stade, toutes les questions qui nous étaient posées faisaient relation au Servette. Personne ne nous a demandé le nombre d’employé du stade ou autre information… Et tous les budgets qui ont été débloqué pour le Servette dans son pôle de formation sont passés assez rapidement et sans trop de problèmes. Personne au Grand Conseil n’oserait attaquer de front le Servette sans se faire taper dessus 

Julian Karembeu : C’est une bonne nouvelle !

Jean-Marc Guinchard : Je crois vraiment qu’il y a un soutien qui est fort. Les contacts que l’on a avec Thierry Apothéloz, ou avec Sami Kanaan et la maire de Lançy sont vraiment bons.

Julian Karembeu : Nous arrivons au terme de cette interview, je vous remercie de m’avoir reçu ! J’aimerais vous dire que l’on sent aujourd’hui un vrai projet commun entre la Fondation du Stade et le Servette FC et cela nous fait extrêmement plaisir. Trop longtemps le Servette FC n’a pas été soutenu et nul doute que tous les travaux entrepris aideront le club à grandir et les supporters à s’identifier encore plus à ce stade. vos paroles envers le SFC montre bien cette attachement à trouver des solutions : «Il est évident que ce ne doit pas être un simple locataire, c’est notre club résident, que nous voulons mettre en valeur. Bien sûr que nous allons trouver un accord en bonne intelligence. Notre région doit s’identifier à ce club et nous ferons ce que nous pourrons pour aller dans ce sens. Mais vous savez, l’intérêt du Servette FC est aussi le nôtre. Le but, c’est que tout le monde soit content. Nous avons tout à y gagner si Servette est heureux.»

Jean-Marc Guinchard : C’est gentil, j’apprécie beaucoup. Tant avec Didier Fischer que maintenant avec Pascal Besnard les choses se passent bien et même si nous ne sommes pas toujours d’accord sur tout. Entre personnes intelligentes et respectueuses, on arrive à trouver des solutions. Pour nous, le bien du Servette c’est notre priorité. Il faut qu’il se sentent bien ici.

Luc Rasca : Tout le monde veut aller dans la même direction, dans celui du travail et du respect. Et merci à Didier Fischer d’avoir remis le club sur les bons rails !

Julian Karembeu : Et c’est ce chemin, ensemble, qui mènera le Servette sur le chemin du succès . Merci encore pour votre accueil, bonne suite et à Bientôt !

Jean-Marc Guinchard : Merci à vous, c’était un plaisir, vous serez toujours le bienvenu au Stade de Genève !

Julian Karembeu


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